Auguste Delaherche
Grand vase “Plumes de paon”, circa 1890
grès émaillé
43.8 x 29.6 cm.
17 1/4 x 11 5/8 in.
17 1/4 x 11 5/8 in.
Notre vase, façonné en grès tourné, combine décor peint et gravé sur un engobe blanc, enrichi par une gamme subtile d’émaux aux tonalités de bleus et un vernis plombifère craquelé, teinté de vert. L’éclat miroitant, lisse et translucide de la couleur vitrifiée par la cuisson offre une véritable parure aux motifs, rapprochant cette pièce de la somptuosité des faïences persanes. Classique et élégante, la forme balustre du vase Plumes de paon est soulignée par les éléments du décor, disposés sur trois registres.
L’aspect craquelé du vernis, la couleur pâle de l’engobe, la fraîcheur des coloris évoquent la préparation fragile de certaines fresques crétoises. Le thème du paon inspira au cours des deux décennies suivantes nombre d’éditeurs de papiers peints ou de textiles, ainsi que les bijoutiers Art nouveau. À la manière des Japonais, Delaherche a isolé le motif de la plume et l’a répété en frise huit fois sur le tour de la panse, en alternant sa hauteur. C’est dans ce rapport étroit et rigoureux entre la matière et la forme que résident l’originalité et la force de son travail.
Si la première révélation de l’art japonais auprès des artistes parisiens fut l’estampe, la céramique reste sans conteste l’autre enthousiasme français le plus fécond, notamment pour Delaherche. Les collections parisiennes qu’il a pu visiter ne présentaient pas seulement des pots, mais aussi des masques, comme celui que le musée de Sèvres présente dès 1876. En 1878, là encore pour l’Exposition Universelle l’engouement du japonisme se révèle, notamment pour des pièces de cérémonies du thé en grès, qui confortent Delaherche dans ses recherches. Dès les années 1890 les céramistes et les verriers créent un style nouveau, en rupture avec le passé. Les céramiques adoptent des lignes organiques et asymétriques. Les accidents de cuisson, les effets de flammes et les coulures d’émail forment des décors abstraits qui révolutionnent les arts du feu.
Le modèle de notre vase fut créé en vue de son exposition à l’Exposition Universelle de 1889.
Cette année-là il se distingua à l’Exposition universelle avec des grès décorés : des vases à grandes anses qui semblent surgir telles des tiges. Deux versions du vase Plumes de paon étaient exposées au centre de son stand. Delaherche remporta la médaille d’or et s’imposa comme l’un des plus grands artistes de l’époque, au moment même où triomphaient Ernest Chaplet avec son vase Mei-Ping et Émile Gallé avec son vase Orphée.
La production de Delaherche, céramiste prolifique, compte 22.500 pièces. Il a par ailleurs conçu et réalisé des décors intérieurs (cheminées, frises murales de salle à manger, lambris) et extérieurs (carreaux, plaques, épis de faîtage). La collection du Musée des Arts Décoratifs – quatre-vingt-dix œuvres – est représentative de l’ensemble de sa carrière.
Notre vase fait partie des modèles rares du céramiste et représente un jalon important dans sa carrière. Le musée des Arts Décoratifs conserve l’exemplaire crée pour l’Exposition Universelle de 1889 (fig. 1), modèle que l’on retrouve également au Musée de Limoges (fig. 2). Le Musée d’Orsay conserve lui une variante de ce vase paon (fig. 3) :
Fig. 1 : Auguste Delaherche, Vase « Plumes de paon », 1889, grès émaillé, H. 38 cm, présenté à l’Exposition Universelle de Paris en 1889, Musée des Arts Décoratifs, Paris
Fig. 2 : Auguste Delaherche, Vase, circa 1889, grès émaillé, Fig 3. : Auguste Delaherche, Vase, 1889,
Musée national Adrien Dubouché, Limoges grès émaillé, H. 38 cm, Musée d’Orsay, Paris
Auguste Delaherche (1857-1940)
Fils de Camille Lefébure et d'Eugène-Félix Delaherche, manufacturier à Beauvais, Auguste Delaherche entre en 1877 à l'École nationale des arts décoratifs de Paris, où il reçoit l'enseignement d'Edmond Lechevallier-Chevignard (1825-1902), chargé de l'atelier d'« applications décoratives » et du dessin depuis 1874, et de l'architecte Anthime-Marin Delarocque (1836-1929). Comme dessinateur, avec Lechevallier-Chavignard il collabore à la restauration des vitraux d'Ecouen puis à la création des verrières de la chapelle du château de Chantilly.
Il commence à produire de la céramique d'art en 1883, attiré par la tradition céramique beauvaisine, dont son oncle paternel, grand collectionneur, détient des pièces majeures : cette année-là, il rencontre Ludovic Pilleux, céramiste de la manufacture de L'Italienne, commune de Goincourt, près de Beauvais, et travaille dans son atelier. En 1886-1887, il est dessinateur et chef de service de la galvanoplastie de la maison Christofle.
En 1887, à l'exposition des arts décoratifs de Paris, il reçoit une première médaille d'or, puis une deuxième, lors de l'exposition universelle de 1889.
Par la suite, il est exposé à la galerie de Samuel Bing, « L'Art japonais », puis reprend, rue Blomet, l’atelier parisien du céramiste Ernest Chaplet où sa production prend place durant sept années. Le peintre Eugène Courboin exécute un portrait de lui dans cet atelier en 1891: tout comme Chaplet, il engage la pratique du grès dans une voie nouvelle en renonçant aux décors gravés.
En 1891-1892, il s'installe au hameau d'Armentières, commune de Lachapelle-aux-Pots, près de Beauvais puis, en 1894, il y fait construire sa maison et son atelier « Les Sables Rouges », par son ami l'architecte Genuys. En 1896, Le Penseur, un encrier composé avec Alexandre Charpentier, est envoyé à la deuxième exposition de la Libre Esthétique et remarqué par Madeleine Octave Maus.
En tant que membre de la Société nationale des beaux-arts, il expose dans les différents salons parisiens et expositions internationales. En juin 1899, il rejoint la Société nouvelle de peintres et de sculpteurs, avec une première exposition collective à la galerie Georges Petit à Paris en mars 1900.
Ami du peintre Henri Le Sidaner, il lui conseille de s'installer à Gerberoy (Oise), à une quinzaine de kilomètres de son atelier de La Chapelle-aux-Pots.
À partir de 1904, il produit des œuvres beaucoup plus libres, parfois asymétriques, directement inspirées de son imagination.
Auguste Delaherche meurt le 27 juin 1940 en son domicile dans le 7e arrondissement de Paris.
Our vase, crafted from turned stoneware, combines painted and engraved decoration on a white slip, enriched by a subtle range of blue-toned glazes and a cracked lead glaze tinted with green. The smooth, translucent sheen of the vitrified color offers a veritable adornment to the motifs, bringing this piece closer to the sumptuousness of Persian faience. Classic and elegant, the baluster shape of the Peacock Feathers vase is highlighted by the decorative elements, arranged in three registers.
The crackled appearance of the glaze, the pale color of the slip, and the freshness of the colors evoke the fragile preparation of certain Cretan frescoes. Over the next two decades, the peacock theme inspired many wallpaper and textile designers, as well as Art Nouveau jewelers. In the Japanese style, Delaherche isolated the feather motif and repeated it eight times in a frieze around the body of the vase, alternating its height. It is in this close and rigorous relationship between material and form that the originality and strength of his work lie.
Si la première révélation de l’art japonais auprès des artistes parisiens fut l’estampe, la céramique reste sans conteste l’autre enthousiasme français le plus fécond, notamment pour Delaherche. Les collections parisiennes qu’il a pu visiter ne présentaient pas seulement des pots, mais aussi des masques, comme celui que le musée de Sèvres présente dès 1876. En 1878, là encore pour l’Exposition Universelle l’engouement du japonisme se révèle, notamment pour des pièces de cérémonies du thé en grès, qui confortent Delaherche dans ses recherches. Dès les années 1890 les céramistes et les verriers créent un style nouveau, en rupture avec le passé. Les céramiques adoptent des lignes organiques et asymétriques. Les accidents de cuisson, les effets de flammes et les coulures d’émail forment des décors abstraits qui révolutionnent les arts du feu.
Le modèle de notre vase fut créé en vue de son exposition à l’Exposition Universelle de 1889.
Cette année-là il se distingua à l’Exposition universelle avec des grès décorés : des vases à grandes anses qui semblent surgir telles des tiges. Deux versions du vase Plumes de paon étaient exposées au centre de son stand. Delaherche remporta la médaille d’or et s’imposa comme l’un des plus grands artistes de l’époque, au moment même où triomphaient Ernest Chaplet avec son vase Mei-Ping et Émile Gallé avec son vase Orphée.
La production de Delaherche, céramiste prolifique, compte 22.500 pièces. Il a par ailleurs conçu et réalisé des décors intérieurs (cheminées, frises murales de salle à manger, lambris) et extérieurs (carreaux, plaques, épis de faîtage). La collection du Musée des Arts Décoratifs – quatre-vingt-dix œuvres – est représentative de l’ensemble de sa carrière.
Notre vase fait partie des modèles rares du céramiste et représente un jalon important dans sa carrière. Le musée des Arts Décoratifs conserve l’exemplaire crée pour l’Exposition Universelle de 1889 (fig. 1), modèle que l’on retrouve également au Musée de Limoges (fig. 2). Le Musée d’Orsay conserve lui une variante de ce vase paon (fig. 3) :
Fig. 1: Auguste Delaherche, “Peacock Feathers” vase, 1889, glazed stoneware, H. 38 cm, exhibited at the Universal Exhibition in Paris in 1889, Musée des Arts Décoratifs, Paris
Fig. 2 : Auguste Delaherche, Vase, circa 1889, glazed Fig 3. : Auguste Delaherche, Vase, 1889,
stoneware, National Museum Adrien Dubouché, glazed stoneware, H. 38 cm, Orsay Museum,
Limoges Paris
Auguste Delaherche (1857-1940)
The son of Camille Lefébure and Eugène-Félix Delaherche, a manufacturer in Beauvais, Auguste Delaherche entered the École nationale des arts décoratifs in Paris in 1877, where he was taught by Edmond Lechevallier-Chevignard (1825-1902), who was in charge of the “decorative applications” workshop " and drawing since 1874, and architect Anthime-Marin Delarocque (1836-1929). As a designer, he collaborated with Lechevallier-Chavignard on the restoration of the stained glass windows at Ecouen and then on the creation of the windows for the chapel at the Château de Chantilly.
He began producing ceramic art in 1883, attracted by the Beauvais ceramic tradition, of which his paternal uncle, a great collector, owned some major pieces. That year, he met Ludovic Pilleux, a ceramist at the L'Italienne factory in Goincourt, near Beauvais, and worked in his workshop. In 1886-1887, he was a designer and head of the electroplating department at Christofle.
In 1887, at the Paris Decorative Arts Exhibition, he received his first gold medal, followed by a second at the 1889 World's Fair.
He subsequently exhibited at Samuel Bing's gallery, “L'Art japonais,” then took over the Paris studio of ceramist Ernest Chaplet on Rue Blomet, where he worked for seven years. The painter Eugène Courboin painted a portrait of him in this studio in 1891: like Chaplet, he took stoneware in a new direction by abandoning engraved decorations.
In 1891-1892, he moved to the hamlet of Armentières, in the commune of Lachapelle-aux-Pots, near Beauvais, and in 1894, he had his friend, the architect Genuys, build his house and studio, “Les Sables Rouges,” there. In 1896, Le Penseur, an inkwell designed with Alexandre Charpentier, was sent to the second Libre Esthétique exhibition and noticed by Madeleine Octave Maus.
As a member of the Société nationale des beaux-arts, he exhibited in various Parisian salons and international exhibitions. In June 1899, he joined the Société nouvelle de peintres et de sculpteurs (New Society of Painters and Sculptors), with his first group exhibition at the Georges Petit gallery in Paris in March 1900.
A friend of the painter Henri Le Sidaner, he advised him to settle in Gerberoy (Oise), about fifteen kilometers from his studio in La Chapelle-aux-Pots.
From 1904 onwards, he produced much freer, sometimes asymmetrical works, directly inspired by his imagination.
Auguste Delaherche died on June 27, 1940, at his home in the 7th arrondissement of Paris.
