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François-Marius Granet, Vue de la Villa Farnesina, du Palazzo Corsini alla Lungara et de San Pietro in Montorio à Rome, vers 1806-1807

François-Marius Granet

Vue de la Villa Farnesina, du Palazzo Corsini alla Lungara et de San Pietro in Montorio à Rome, vers 1806-1807
Huile sur papier filigrané (fleur de lys), marouflé sur panneau
37 x 51.5 cm
14 5/8 x 20 1/4 in
Demande d'information
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Cette splendide huile sur papier marouflé sur panneau, représentant une vue du Palazzo Corsini alla Lungara, de la Villa Farnesina et de l'église San Pietro in Montorio, dans le Trastevere,...
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Cette splendide huile sur papier marouflé sur panneau, représentant une vue du Palazzo Corsini alla Lungara, de la Villa Farnesina et de l'église San Pietro in Montorio, dans le Trastevere, constitue une redécouverte importante au sein du corpus de François-Marius Granet et s'inscrit pleinement dans le goût raffiné du premier néoclassicisme et des voyageurs européens cultivés qui parcouraient l'Italie à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Les vues de Rome comptaient alors parmi les sujets de prédilection : elles associaient le charme du passé et des antiquités classiques à celui de paysages naturels perçus comme préservés, empreints de suggestions spirituelles, et étaient souvent exécutées comme souvenirs de voyage. Ce genre pictural fut largement développé par des maîtres actifs dans l'entourage de l'Académie de France à Rome, tels que François-André Vincent, Pierre-Henri de Valenciennes et Simon Denis, qui inaugurèrent, à la fin du XVIIIe siècle, une nouvelle approche de la peinture de paysage, fondée sur l'observation et la représentation directes de la nature et de ses variations atmosphériques, ainsi que sur une sensibilité renouvelée aux effets de lumière, répondant au désir des artistes de saisir la nature en plein air. La présente œuvre se distingue non seulement par la précision de son rendu, mais également par la netteté de la lumière, qui détache les architectures sur l'intense verdure de l'arrière-plan. Elle peut être rapprochée d'autres œuvres exécutées par l'artiste au cours de ses premières années romaines, notamment de la Vue depuis la Villa Malta.

La technique et le support méritent également d'être soulignés : l'huile sur papier est en effet caractéristique de la peinture « sur le motif », tandis que le papier porte un filigrane à la fleur de lys, suggérant une provenance liée à l'entourage de l'Académie de France et témoignant, plus largement, de la présence artistique française à Rome entre la fin du XVIIIe siècle et la première décennie du XIXe siècle — l'Académie de France ayant précisément quitté le Palazzo Mancini al Corso pour s'installer à la Villa Médicis en 1803.

La présente peinture constitue ainsi un parfait exemple de la production raffinée des artistes étrangers en Italie sous le Premier Empire (1804-1815), dans laquelle le regard du peintre-voyageur associe la discipline d'une formation académique à une sensibilité préromantique. Dans cette vue, l'artiste réunit trois édifices, choix relativement inhabituel : la Villa Farnesina, étape incontournable pour les artistes étrangers en raison des fresques de Raphaël et de son école ; le Palazzo Corsini alla Lungara, célèbre pour la prestigieuse collection du cardinal Neri Corsini, neveu du pape Clément XII, et qui avait auparavant été la résidence romaine de la reine Christine de Suède ; enfin, l'église San Pietro in Montorio, église de la Couronne d'Espagne à Rome, où des exemples majeurs de l'architecture et de la peinture de la Haute Renaissance côtoient des chefs-d'œuvre du premier Baroque.

Le choix de ces monuments n'est pas fortuit. Située entre le Trastevere et le Janicule, cette vue témoigne d'un désir d'exploration picturale qui dépasse les limites formelles des vedute romaines les plus célèbres. Nous sommes en effet dans le Trastevere, quartier alors périphérique, marqué par la présence de villas, de lieux de villégiature et de couvents, mentalement et spirituellement éloigné du caractère institutionnel du centre de Rome et, de ce fait, davantage propice à l'évocation d'une atmosphère paisible et informelle. Granet manifeste ici, comme d'autres artistes de son temps, la volonté de dépasser les représentations canoniques de la Ville éternelle, sans pour autant renoncer à la présence de lieux emblématiques de son histoire culturelle. Ce goût pour une Rome plus intime et moins monumentale, mais néanmoins ponctuée d'édifices importants au milieu des jardins, des arbres et du fleuve, reflète une sensibilité nouvelle, qui recherche la beauté non seulement dans l'architecture et les vestiges de l'Antiquité, mais également dans la lumière, la nature, les variations atmosphériques et le paysage suburbain.

François-Marius Granet (1775–1849)
François-Marius Granet séjourna à Rome de 1802 à 1824. Comme pour de nombreux artistes français de son temps, le séjour romain constitua une étape essentielle de sa formation, lui offrant la possibilité de se confronter directement à l'héritage de l'Antiquité classique, de la Renaissance et du Baroque. Pour Granet, cette longue présence dans la ville ne fut pas seulement formatrice : elle fut décisive dans l'élaboration de son identité artistique. Une part considérable de sa production la plus significative appartient à ces années romaines, durant lesquelles il se consacra avec une sensibilité particulière à la représentation des intérieurs d'églises, des scènes de la vie quotidienne et, surtout, des vues de la ville. Ses œuvres témoignent d'un regard attentif, presque méditatif, capable de saisir la spiritualité des lieux et l'atmosphère intemporelle de la Rome de son époque. Par cette synthèse entre l'observation de la nature et l'introspection poétique, Granet s'imposa comme l'une des figures majeures parmi les artistes étrangers actifs dans la Ville entre la fin du XVIIIe siècle et le premier quart du XIXe siècle, contribuant de manière originale à la définition d'un langage pictural associant tradition classique et nouvelles aspirations romantiques. Plus qu'un simple peintre, François-Marius Granet fut également un observateur attentif de son époque, comme en témoignent les pages de ses écrits consacrées à ses années romaines. Il en ressort une fascination complexe, parfois ambiguë, pour Rome : une ville monumentale, chargée d'histoire et des gloires du passé, mais simultanément marquée par l'abandon, les ruines et le sentiment d'un présent décadent. Cette perception ambivalente conduisit Granet non seulement à immortaliser les grands chefs-d'œuvre de l'art et de l'architecture, mais également à explorer les lieux les plus cachés et secrets de la ville, attiré autant par ses trésors que par ses paysages et ses quartiers plus populaires, tels que le Trastevere, Testaccio ou encore la Campagne romaine au-delà des murs.

Son témoignage est d'autant plus précieux qu'il documente un moment fondamental de transition dans l'histoire de la peinture européenne : Granet assiste au lent déclin de la peinture académique et à l'émergence d'une nouvelle sensibilité picturale, plus intime, « bourgeoise » au sens où elle s'affranchit progressivement des conventions de l'Ancien Régime et s'oriente vers la modernité. Dans ce contexte, son œuvre acquiert une valeur emblématique : Granet incarne la figure d'un artiste à la charnière du Néoclassicisme et du Romantisme, capable de considérer le passé avec révérence tout en saisissant, voire en anticipant, les signes d'une époque nouvelle. En ce sens, il devient un témoin privilégié non seulement de la fin d'une saison artistique, mais également de la Rome pontificale pré-risorgimentale, assoupie, comme retirée du cours du temps et encore attachée à un imaginaire archaïque, mais bientôt bouleversée par les grandes transformations politiques et culturelles du XIXe siècle.
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Provenance

Collection privée

Literature

Inédit ; nous remercions le Professeur Anna Ottani Cavina d'avoir confirmé l'attribution et proposé une datation vers 1806-1807.
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