Entourage d'Andrea Brustolon
Unique paire de fauteuils ornée d'enfants musiciens et de télamons en ronde bosse sur un fond de décor naturaliste, Venise, premier quart du XVIIIe siècle
Bois sculpté et patiné (peuplier ?) ; garniture de velours
H. 102 cm ; L. 95 cm ; P. 78 cm
H. 40 1/8 in ; W. 37 3/8 in ; D. 30 3/4 in
H. 40 1/8 in ; W. 37 3/8 in ; D. 30 3/4 in
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Cette exceptionnelle paire de fauteuils, réalisée dans l'entourage d'Andrea Brustolon, compte parmi les témoignages les plus saisissants du raffinement atteint par les arts décoratifs vénitiens à l'aube du XVIIIe siècle....
Cette exceptionnelle paire de fauteuils, réalisée dans l'entourage d'Andrea Brustolon, compte parmi les témoignages les plus saisissants du raffinement atteint par les arts décoratifs vénitiens à l'aube du XVIIIe siècle. Par l'exubérance de leur sculpture, la richesse de leur répertoire figuratif et la virtuosité de leur exécution, ces sièges dépassent largement leur fonction pour devenir de véritables sculptures en bois, où figures humaines, feuillages et ornements semblent prendre vie et se déployer dans l'espace.
Le bois occupe une place singulière dans l'histoire et l'identité mêmes de Venise. La ville repose littéralement sur lui, tandis que les vastes forêts de la terre ferme vénitienne, s'étendant jusqu'aux sommets alpins du Cadore, fournirent pendant des siècles le matériau nécessaire aux navires qui firent de la Sérénissime l'une des grandes puissances maritimes de la Méditerranée. Cette connaissance profonde du matériau trouva également une expression exceptionnelle dans les arts décoratifs : entre les mains des sculpteurs et des ébénistes vénitiens, le bois devint le support d'une virtuosité capable de rivaliser avec la sculpture en marbre. Andrea Brustolon en fut, à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, l'un des interprètes les plus remarquables.
Nos fauteuils témoignent pleinement de cette culture du bois. Leur structure disparaît presque sous la profusion de la sculpture : figures humaines, petits musiciens, animaux et motifs végétaux s'intègrent aux montants et aux accotoirs jusqu'à devenir indissociables de l'architecture même du siège. L'ornement n'est plus simplement appliqué au meuble : il en constitue la structure. Les figures qui soutiennent les accotoirs, par leurs costumes, leurs physionomies et leur caractère exotique, témoignent également de la fascination vénitienne pour les mondes lointains, nourrie par des siècles d'échanges commerciaux et culturels avec la Méditerranée et l'Orient.
La présence des petits musiciens introduit enfin une autre dimension profondément liée à la culture vénitienne. À l'époque de Brustolon, Venise est l'une des grandes capitales musicales européennes, tandis qu'une importante tradition de lutherie s'y développe autour de maîtres tels que Matteo Goffriller et Domenico Montagnana. Les instruments représentés dans nos fauteuils sont ainsi bien davantage que de simples accessoires décoratifs : placés entre les mains des petits personnages qui animent les accotoirs, ils évoquent un monde dans lequel musique, théâtre, sculpture et arts décoratifs participent d'une même culture du spectacle, du raffinement et du plaisir.
Par leur structure et leur décor, nos fauteuils s'inscrivent directement dans l'univers d'Andrea Brustolon. La profusion du bois sculpté contraste avec la richesse de leur garniture : un velours vert ancien, probablement du XVIe siècle et donc remployé, est associé sur les dossiers à un cramoisi orné d'un décor végétal et floral doré, qui pourrait appartenir à la garniture ancienne des sièges. Le jeu entre ces étoffes précieuses et la sculpture sombre du bois accentue le caractère spectaculaire de l'ensemble et souligne sa vocation de mobilier d'apparat. Les fauteuils se rapprochent notamment du célèbre Fornimento Venier, vaste ensemble de mobilier sculpté réalisé pour la famille Venier et aujourd'hui conservé à Ca' Rezzonico à Venise. On y retrouve une même conception du meuble comme structure organique et sculpturale, où les éléments végétaux se mêlent aux figures humaines, ainsi que l'emploi de télamons et de petits personnages intégrés aux accotoirs. Le rapprochement s'étend à l'exceptionnel album de dessins de Brustolon conservé au Museo Civico de Belluno, véritable répertoire de figures et de solutions décoratives liées à son activité.
Nos fauteuils ne reprennent cependant aucun de ces modèles à l'identique, mais en combinent librement différents éléments. Les télamons, les figures allongées des accotoirs et surtout les petits musiciens rappellent plusieurs créations de Brustolon, tandis que leurs instruments et leurs attitudes présentent de nombreuses variations. Cette circulation et cette recomposition des motifs orientent vers un artiste appartenant à son entourage, parfaitement familier de son vocabulaire mais capable de l'interpréter avec une réelle liberté. Les feuillages peuvent également être rapprochés de ceux des célèbres fauteuils aux signes du zodiaque aujourd'hui conservés au Palazzo del Quirinale, tandis que les proportions générales trouvent des parallèles dans la paire de fauteuils datée vers 1700 de la National Gallery of Victoria à Melbourne. L'ensemble de ces comparaisons permet de situer nos fauteuils dans le premier quart du XVIIIe siècle, au plus près de la production de Brustolon et de son atelier.
Andrea Brustolon (1662-1732)
Né à Belluno en 1662 dans une famille de sculpteurs sur bois, Andrea Brustolon reçut ses premiers enseignements de son père, Jacopo, avant de rejoindre Venise en 1677 et l'atelier du sculpteur génois Filippo Parodi. Il séjourna ensuite à Rome, où la découverte de la sculpture du Bernin et de son école contribua à enrichir sa formation. De retour à Venise, il développa une activité particulièrement brillante au service de grandes familles patriciennes, notamment les Venier, les Correr et les Pisani, pour lesquelles il réalisa certains des ensembles de mobilier sculpté les plus spectaculaires du baroque vénitien. Chez Brustolon, la frontière entre mobilier et sculpture tend à disparaître : branches, feuillages, animaux, putti et figures humaines envahissent la structure même des sièges et des consoles, transformant des objets fonctionnels en véritables compositions sculptées. Le monumental Fornimento Venier, aujourd'hui à Ca' Rezzonico, constitue l'expression la plus célèbre de cette conception, tandis que les douze fauteuils aux signes du zodiaque provenant de la Villa Pisani à Stra et aujourd'hui conservés au Palazzo del Quirinale témoignent de l'extraordinaire inventivité de son œuvre à maturité. Revenu définitivement dans sa ville natale, Brustolon poursuivit parallèlement une importante activité de sculpture religieuse jusqu'à sa mort à Belluno en 1732.
Le bois occupe une place singulière dans l'histoire et l'identité mêmes de Venise. La ville repose littéralement sur lui, tandis que les vastes forêts de la terre ferme vénitienne, s'étendant jusqu'aux sommets alpins du Cadore, fournirent pendant des siècles le matériau nécessaire aux navires qui firent de la Sérénissime l'une des grandes puissances maritimes de la Méditerranée. Cette connaissance profonde du matériau trouva également une expression exceptionnelle dans les arts décoratifs : entre les mains des sculpteurs et des ébénistes vénitiens, le bois devint le support d'une virtuosité capable de rivaliser avec la sculpture en marbre. Andrea Brustolon en fut, à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, l'un des interprètes les plus remarquables.
Nos fauteuils témoignent pleinement de cette culture du bois. Leur structure disparaît presque sous la profusion de la sculpture : figures humaines, petits musiciens, animaux et motifs végétaux s'intègrent aux montants et aux accotoirs jusqu'à devenir indissociables de l'architecture même du siège. L'ornement n'est plus simplement appliqué au meuble : il en constitue la structure. Les figures qui soutiennent les accotoirs, par leurs costumes, leurs physionomies et leur caractère exotique, témoignent également de la fascination vénitienne pour les mondes lointains, nourrie par des siècles d'échanges commerciaux et culturels avec la Méditerranée et l'Orient.
La présence des petits musiciens introduit enfin une autre dimension profondément liée à la culture vénitienne. À l'époque de Brustolon, Venise est l'une des grandes capitales musicales européennes, tandis qu'une importante tradition de lutherie s'y développe autour de maîtres tels que Matteo Goffriller et Domenico Montagnana. Les instruments représentés dans nos fauteuils sont ainsi bien davantage que de simples accessoires décoratifs : placés entre les mains des petits personnages qui animent les accotoirs, ils évoquent un monde dans lequel musique, théâtre, sculpture et arts décoratifs participent d'une même culture du spectacle, du raffinement et du plaisir.
Par leur structure et leur décor, nos fauteuils s'inscrivent directement dans l'univers d'Andrea Brustolon. La profusion du bois sculpté contraste avec la richesse de leur garniture : un velours vert ancien, probablement du XVIe siècle et donc remployé, est associé sur les dossiers à un cramoisi orné d'un décor végétal et floral doré, qui pourrait appartenir à la garniture ancienne des sièges. Le jeu entre ces étoffes précieuses et la sculpture sombre du bois accentue le caractère spectaculaire de l'ensemble et souligne sa vocation de mobilier d'apparat. Les fauteuils se rapprochent notamment du célèbre Fornimento Venier, vaste ensemble de mobilier sculpté réalisé pour la famille Venier et aujourd'hui conservé à Ca' Rezzonico à Venise. On y retrouve une même conception du meuble comme structure organique et sculpturale, où les éléments végétaux se mêlent aux figures humaines, ainsi que l'emploi de télamons et de petits personnages intégrés aux accotoirs. Le rapprochement s'étend à l'exceptionnel album de dessins de Brustolon conservé au Museo Civico de Belluno, véritable répertoire de figures et de solutions décoratives liées à son activité.
Nos fauteuils ne reprennent cependant aucun de ces modèles à l'identique, mais en combinent librement différents éléments. Les télamons, les figures allongées des accotoirs et surtout les petits musiciens rappellent plusieurs créations de Brustolon, tandis que leurs instruments et leurs attitudes présentent de nombreuses variations. Cette circulation et cette recomposition des motifs orientent vers un artiste appartenant à son entourage, parfaitement familier de son vocabulaire mais capable de l'interpréter avec une réelle liberté. Les feuillages peuvent également être rapprochés de ceux des célèbres fauteuils aux signes du zodiaque aujourd'hui conservés au Palazzo del Quirinale, tandis que les proportions générales trouvent des parallèles dans la paire de fauteuils datée vers 1700 de la National Gallery of Victoria à Melbourne. L'ensemble de ces comparaisons permet de situer nos fauteuils dans le premier quart du XVIIIe siècle, au plus près de la production de Brustolon et de son atelier.
Andrea Brustolon (1662-1732)
Né à Belluno en 1662 dans une famille de sculpteurs sur bois, Andrea Brustolon reçut ses premiers enseignements de son père, Jacopo, avant de rejoindre Venise en 1677 et l'atelier du sculpteur génois Filippo Parodi. Il séjourna ensuite à Rome, où la découverte de la sculpture du Bernin et de son école contribua à enrichir sa formation. De retour à Venise, il développa une activité particulièrement brillante au service de grandes familles patriciennes, notamment les Venier, les Correr et les Pisani, pour lesquelles il réalisa certains des ensembles de mobilier sculpté les plus spectaculaires du baroque vénitien. Chez Brustolon, la frontière entre mobilier et sculpture tend à disparaître : branches, feuillages, animaux, putti et figures humaines envahissent la structure même des sièges et des consoles, transformant des objets fonctionnels en véritables compositions sculptées. Le monumental Fornimento Venier, aujourd'hui à Ca' Rezzonico, constitue l'expression la plus célèbre de cette conception, tandis que les douze fauteuils aux signes du zodiaque provenant de la Villa Pisani à Stra et aujourd'hui conservés au Palazzo del Quirinale témoignent de l'extraordinaire inventivité de son œuvre à maturité. Revenu définitivement dans sa ville natale, Brustolon poursuivit parallèlement une importante activité de sculpture religieuse jusqu'à sa mort à Belluno en 1732.
