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Augustin Carrache (attribué à), Orphée et Eurydice, Bologne, vers 1592
Augustin Carrache (attribué à), Orphée et Eurydice, Bologne, vers 1592

Augustin Carrache (attribué à)

Orphée et Eurydice, Bologne, vers 1592
Terre cuite
H. 38 cm ; L. 25,3 cm
H. 15 in ; W. 10 in
Demande d'information
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Remarquable par sa composition picturale, son modelé raffiné et son canon féminin légèrement archaïque, ce bas-relief en terre cuite représente le poète Orphée et son amante Eurydice aux Enfers. Cette...
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Remarquable par sa composition picturale, son modelé raffiné et son canon féminin légèrement archaïque, ce bas-relief en terre cuite représente le poète Orphée et son amante Eurydice aux Enfers.

Cette identification est rendue possible grâce à une estampe réalisée d'après un dessin d'Augustin Carrache à Bologne, peu avant son départ pour Rome. La terre cuite reprend de la gravure la totalité de ses éléments, tant stylistiques qu'iconographiques. La mise en page présente un concentré de drame et d'action narrative, souligné par de magnifiques détails : le luth d'Orphée gît au premier plan, le poète est coiffé d'une couronne et vêtu d'un manteau, les rochers barrent la vue à l'arrière-plan, et les mains d'Eurydice, aux doigts allongés, effleurent doucement la peau d'Orphée, tandis que les flammes viennent s'enrouler autour de son corps pour la ramener aux Enfers.

La gravure appartient à la série des Lascivie (« les lascives »), ensemble de treize estampes à sujet biblique ou mythologique, autant de prétextes à des représentations de nus masculins et féminins, toujours sensuels et souvent érotiques. Outre Orphée et Eurydice, les Lascivie comprennent Loth et ses filles, Suzanne et les vieillards, Andromède captive, les Trois Grâces et Vénus corrigeant l'Amour, auxquelles furent ajoutées des gravures représentant des femmes nues accompagnées de satyres. Il n'est pas certain que ces estampes aient été dès le départ conçues comme une série ; elles furent plus probablement réunies dans un second temps par Augustin Carrache, comme le laisse penser le mélange de scènes profanes et de sujets bibliques. Cette association entre sensualité, représentations religieuses et scènes profanes suscita en 1592 le courroux du pape Clément VIII, ce qui ne fit qu'accroître la renommée des Lascivie.

Parmi les Lascivie, Orphée et Eurydice fut sans conteste l'estampe la plus populaire : on en dénombre aujourd'hui au moins douze exemplaires, tous conservés dans les plus prestigieuses collections d'art au monde. Il en existe également deux copies anciennes inversées, aux Fine Arts Museums de San Francisco et à la Biblioteca Nacional de España, à Madrid. La gravure existe en deux états ; seul le second porte la marque de son éditeur vénitien (« Venetiis Donati Rascicotti formis »).

Le succès remporté par cette gravure donna l'idée de la transposer en bas-relief, le type de sculpture se rapprochant le plus de la peinture ou du dessin. Notre Orphée et Eurydice en terre cuite est ainsi un véritable tableau en relief. Cette démarche n'a rien de surprenant lorsque l'on considère qu'Augustin Carrache, qui pratiquait plusieurs arts et avait une âme d'expérimentateur, apprit l'art du bas-relief auprès d'Alessandro Menganti (1531-1594), alors le sculpteur le plus important de Bologne, notamment connu pour ses magnifiques portraits pontificaux. L'intérêt poussé d'Augustin, d'Annibale et de Ludovico pour les possibilités artistiques qu'offrait l'art du bas-relief est particulièrement souligné par l'historien d'art du XVIIe siècle Giovanni Pietro Bellori (1613-1696) dans ses Vite de' pittori, scultori e architetti moderni : « À cette période, s'étant entiché de sculpture, il apprit l'art du bas-relief dans l'atelier d'Alessandro Menganti, sculpteur bolonais de grand mérite (…) ; le fait qu'il sache sculpter en relief incita ses frères à en profiter, au grand bénéfice de leur art. »

Contemporain de Bellori, l'historien d'art bolonais Carlo Cesare Malvasia (1616-1693) nous apprend qu'Augustin Carrache éprouvait une profonde affection et une grande admiration pour Menganti, qu'il surnommait le « Michel-Ange inconnu ». Un passage de la biographie d'Augustin que Malvasia publie en 1678 dans sa Felsina pittrice, vite de' pittori bolognesi souligne l'importance qu'Augustin accordait à l'apprentissage de cet art : « Désirant en même temps apprendre l'art de la sculpture, Carrache fréquenta aussi souvent qu'il le put l'atelier d'Alessandro Menganti (…). Carrache éprouvait une telle estime pour Menganti qu'il l'appelait le Michel-Ange inconnu, et avait pour habitude de dire qu'au lieu de mener une vie tranquille et insouciante, Menganti aurait dû faire connaître son talent, afin que Bologne pût s'enorgueillir de posséder un excellent sculpteur. » Par la suite, les historiens d'art des XXe et XXIe siècles n'ont eu de cesse de souligner les rapprochements techniques et conceptuels entre les œuvres d'Augustin et l'art de la sculpture. Cette démarche tant intellectuelle qu'artistique s'inscrit dans ses recherches techniques et dans son rôle théorique au sein de l'Accademia degli Incamminati (« Académie de ceux qui sont en chemin »), qu'il fonda avec son frère et son cousin. Cette académie d'art, la première à naître en Italie, rassemblait des artistes de toutes obédiences, peintres aussi bien que sculpteurs, architectes, poètes et lettrés, et participait de leur intérêt pour tous les arts et pour leurs rapports entre eux.

Ainsi, s'il réside une certaine maladresse dans le raccourci de la jambe droite d'Orphée, elle provient avant tout de la volonté de donner une troisième dimension à un tableau, plus que de composer un bas-relief d'après une gravure. Un sculpteur traditionnel aurait choisi d'y remédier en s'écartant légèrement de la gravure, par exemple en faisant apparaître la totalité de la jambe ou en accentuant les rochers qui la dissimuleraient en partie. La stricte fidélité à la représentation en deux dimensions détermine notre bas-relief. De même, l'artiste a choisi de modeler en fort relief le violon posé au sol, car il est un élément iconographique important ; son raccourci se révéla ainsi plus ardu que s'il avait figuré comme un élément secondaire fondu dans le décor, choix qui aurait logiquement dû être adopté étant donné la difficulté de réalisation. Là encore, l'idée de la transposition en trois dimensions importe davantage que le résultat formel. Par ailleurs, l'aspect légèrement archaïque du visage d'Eurydice, ainsi que le visage très individualisé d'Orphée, montrent tout ce qu'Augustin Carrache doit à Menganti.

Notre bas-relief est donc un témoignage rare et exceptionnel de la pratique de la sculpture par Augustin Carrache, ainsi que des échanges que les Carrache souhaitaient instaurer entre les arts. La gravure fit une impression durable sur les artistes, comme en témoignent un plat en majolique du XVIIe siècle, un groupe sculpté de Camillo Pacetti (1758-1826) ou encore une œuvre de Giulio Gabrielli (1832-1910). Toutes ces œuvres sont inversées par rapport à la gravure originale ; elles ont donc toutes été réalisées d'après des copies de cette gravure. De même, une gravure attribuée à Michel Corneille l'Ancien (1602-1662), conservée à la Royal Academy of Arts de Londres, présente d'importantes variantes : ses dimensions sont plus importantes, la jambe gauche d'Orphée est cette fois très lisible, un paysage arboré apparaît à l'arrière-plan, les flammes se font moins terribles et la technique d'exécution est totalement différente. Cette gravure d'inspiration, et non de restitution, est elle aussi un hommage à un chef-d'œuvre, et non sa copie littérale. En effet, aucun artiste n'aurait pris le risque de copier littéralement l'œuvre d'Augustin Carrache pour en faire commerce sans son accord, et de s'attirer ainsi son courroux ou celui de sa famille et de ses mécènes. Les dessins et gravures d'Augustin, en particulier les Lascivie, furent une source d'inspiration essentielle pour les Carrache, notamment pour leurs fresques du palais Farnèse. Leur renommée et leur position dominante dans le milieu artistique romain et du nord de l'Italie, à travers leur académie comme à travers leurs mécènes, faisaient leur célébrité autant qu'elles les protégeaient. Les artistes pouvaient en revanche librement réaliser des études et des œuvres inspirées des originaux ; notre terre cuite montre une telle fidélité à la gravure qu'elle ne peut entrer dans aucune de ces deux catégories. Notre Orphée et Eurydice en terre cuite marque un tournant dans l'art du bas-relief, qui ne se veut plus une simple scène sculptée mais une composition picturale, indépendante et décorative.

Augustin Carrache (Bologne, 1557 – Parme, 1602)

Frère aîné d'Annibale (1560-1609) et cousin de Ludovico (1555-1619), Augustin Carrache appartient à la famille d'artistes la plus célèbre de la fin du XVIe siècle, dont l'inventivité iconographique et le talent stylistique révolutionnèrent l'art pictural européen. Augustin est délibérément resté dans l'ombre de son frère Annibale, peintre de la voûte du palais Farnèse à Rome, préférant se concentrer sur son art de théoricien, de savant et d'expérimentateur. Il est ainsi aujourd'hui surtout connu pour ses dessins et ses gravures, arts qu'il réinventa grâce à de nouvelles techniques de rendu des traits et des atmosphères. Né à Bologne en 1557, ville universitaire portée sur la théorie et l'expérimentation, Augustin débute son apprentissage artistique auprès du graveur Domenico Tibaldi (1541-1583), puis des peintres Prospero Fontana (1512-1597) et Bartolomeo Passarotti (1529-1592), qui lui enseignent les principes stylistiques du maniérisme tardif. Il rejoint ensuite l'atelier du sculpteur Alessandro Menganti pour apprendre l'art du bas-relief, « au grand intérêt de son art et de celui de ses frères ». Il admire tant son maître qu'il le surnomme « il Michelangelo incognito » (« le Michel-Ange inconnu »), expression qui restera célèbre.

En 1582 et en 1589, Augustin effectue deux voyages à Venise. Il se lie d'amitié avec Véronèse (1528-1588) et le Tintoret (1518-1594), ce dernier devenant d'ailleurs le parrain de son fils Antonio, né en 1583, et suscite leur admiration en réalisant de magnifiques gravures d'après leurs chefs-d'œuvre. Ces deux séjours vénitiens sont entrecoupés d'allers-retours à Bologne et de travaux à Milan, Crémone et Parme pour de riches mécènes. En 1582, il fonde avec Annibale et Ludovico l'Accademia degli Incamminati, première académie d'art d'Italie, vouée à la formation des jeunes artistes, y compris dans les arts mineurs, à l'échange des savoirs pratiques et théoriques ainsi qu'aux débats intellectuels et savants. Augustin y acquiert une place importante grâce à sa grande culture artistique et humaniste : il étudie le latin et les auteurs antiques, l'histoire, l'anatomie et les mathématiques, et collectionne les livres, les monnaies anciennes et les gravures, qui seront une source inépuisable d'inspiration pour Annibale et pour lui. Jusqu'au milieu des années 1590, il grave, dessine et peint sans cesse ; il exécute des fresques, des retables et des portraits pour les familles princières du nord de l'Italie et de Rome. En 1597, Augustin rejoint à Rome son frère Annibale, occupé au décor de la galerie du palais Farnèse. De cette collaboration naissent des fresques extraordinaires, aux iconographies novatrices, faisant la synthèse stylistique entre l'harmonie de Raphaël, le coloris vénitien et la terribilità de Michel-Ange. À la suite de désaccords avec Annibale, Augustin quitte Rome et se rend, à l'invitation du duc Farnèse, à Parme, où il poursuit son travail de décorateur. Il y meurt en 1602, à l'âge de 44 ans.
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