Alphonse Osbert
Invocation du soir, 1896
Huile sur panneau
75 x 64 cm.
29 1/2 x 25 1/4 in.
29 1/2 x 25 1/4 in.
Pour Alphonse Osbert, la peinture est conçue comme un refuge, un espace propice à la
ré exion silencieuse. Ses œuvres, baignées d’une lumière douce et enveloppante, invitent
le spectateur à une contemplation sereine, loin de l’agitation de la vie quotidienne. Par
ses compositions, l’artiste suggère que le silence est le terreau fertile de la pensée
profonde, offrant au peintre comme au spectateur un havre de paix favorable à
l’introspection.
Invocation du soir est l’une des œuvres qui révèle le plus pleinement le tempérament
artistique d’Osbert. Il y réunit les effets subtils de lumière qu’il avait longuement étudiés
en peignant en plein air dans la forêt de Forêt de Fontainebleau, avec un langage
chromatique plus libre et audacieux qui se développe dans les années de sa proximité
avec Georges Seurat. Ces éléments sont uni és par une sensibilité à la fois classique
dans son équilibre et profondément symboliste dans son intention poétique.
On y voit une gure presque spectrale se tenant sur la rive d’un euve, avec à ses pieds
une grande lyre. La mélancolie du soleil déjà disparu, la préciosité des derniers rayons de
lumière et la présence d’une gure de muse accompagnée d’une lyre évoquant
l’imaginaire orphique sont autant d’éléments caractéristiques de l’univers poétique de
l’artiste. Le titre même, Invocation du soir, renvoie au thème ancien des hymnes à la Nuit,
invocations adressées à la déesse Nyx, perçue dans l’Antiquité comme la force
primordiale qui enveloppe le monde et apporte avec elle les rêves, le repos et la quiétude.
Alphonse Osbert. Biographie
Alphonse Osbert naît à Paris le mars . Il est le ls de Jean-Auguste Osbert,
éditeur d’estampes et de photographies originaire de Normandie. Son enfance se déroule
dans un environnement culturel riche, largement lié à la profession de son père. En ,
une visite au Louvre éveille chez lui le désir de devenir peintre. Réformé du service
militaire pour raisons de santé, il est admis en à l’École des Beaux-Arts de Paris, où
il étudie dans l’atelier d’Henri Lehmann, fervent défenseur du classicisme et ancien
élève d’Ingres. Lehmann insiste sur l’importance du dessin et de la netteté du contour, ce
qui provoque des désaccords avec Osbert, davantage attiré par la couleur. Dans l’atelier
de Lehmann, il se lie d’amitié avec Georges Seurat, Edmond Aman-Jean et Albert Lynch.
En , Osbert commence sa carrière de peintre. À cette époque, il est encore in uencé
par le style de Léon Bonnat, qu’il connaissait personnellement et qui lui prodiguait des
conseils, sans avoir toutefois été son maître. Il reçoit également le soutien du peintre
Fernand Cormon, qui encourageait ses élèves à peindre en plein air. Entre et ,
Osbert manifeste un intérêt croissant pour la nature et entreprend plusieurs voyages en
Normandie, notamment à Diélette, où il étudie les paysages sauvages et les vagues, dans
un esprit rappelant les œuvres de Gustave Courbet et de James McNeill Whistler. Il
expérimente également le pointillisme sous l’in uence de son ami Seurat.
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Dans les années , Osbert se rapproche du mouvement symboliste et participe à
plusieurs manifestations artistiques telles que le Salon de la Rose+Croix, la galerie Le
Barc de Boutteville et le Salon des Cent. Il se lie d’amitié avec Joséphin Péladan,
fondateur du Salon de la Rose+Croix, et réalise plusieurs œuvres symbolistes, telles que
Fraîcheur matinale et Mystère du soir, aujourd’hui conservées au Musée d'Orsay. Il
organise également des réunions dans son atelier du rue Alain-Chartier à Vaugirard, où
se retrouvent des personnalités comme Alfred Jarry et Georges Seurat pour des concerts,
des lectures et des séances.
Un moment important dans la biographie de l’artiste est sa rencontre avec Pierre Puvis
de Chavannes, dont l’in uence marque profondément l’évolution de son art. Au contact
de Puvis, Osbert découvre la peinture décorative monumentale, un domaine qui lui
permet d’obtenir d’importantes commandes publiques, notamment les fresques des
thermes de Vichy ( g. ). Son art devient alors résolument décoratif, dif cile à classer, et
imprégné d’une atmosphère méditative. Il continue d’exposer et de participer activement
à la vie artistique parisienne jusqu’à sa mort, le août à Paris.
FIG. Alphonse Osbert, Peintures murales pour l’établissement thermal
de Vichy, vers
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For Alphonse Osbert, painting is conceived as a refuge, a space conducive to silent
re ection. His works, bathed in a soft and enveloping light, invite the viewer to serene
contemplation, far removed from the agitation of everyday life. Through his
compositions, the artist suggests that silence is the fertile ground of deep thought,
offering both painter and viewer a haven of peace favourable to introspection.
Invocation du soir is among the works that most fully reveal Osbert’s artistic temperament.
In it he brings together the subtle effects of light he had long studied while painting en
plein air in the forest of Fontainebleau with a freer, more daring chromatic language that
developed in the years of his proximity to Georges Seurat. These elements are uni ed by
a sensibility that is at once classical in its composure and profoundly Symbolist in its
poetic intention.
Here we see an almost spectral gure standing on the bank of a river, with a large lyre at
her feet. The melancholy of the already vanished sun, the preciousness of the last rays of
light, and the presence of a muse-like gure accompanied by a lyre recalling Orphic
imagery are all elements typical of the artist’s poetic universe. Even the title, Invocation du
soir, evokes the ancient theme of hymns to the Night, invocations addressed to the
goddess Nyx, perceived in antiquity as the primordial force that envelops the world and
brings with it dreams, rest, and quietude.
Alphonse Osbert. Biography
Alphonse Osbert was born in Paris on March , , the son of Jean-Auguste Osbert, a
publisher of engravings and photographs from Normandy. His childhood was marked by
a rich cultural environment, largely due to his father's profession. In , a visit to the
Louvre sparked his desire to become a painter. Exempted from military service for health
reasons, he was admitted in to the École des Beaux-Arts in Paris, where he studied
under Henri Lehmann, a staunch defender of classicism and a former pupil of Ingres.
Lehmann emphasized the importance of drawing and clear contours, which led to
disagreements with Osbert, who was more drawn to color. At Lehmann’s studio, he
formed friendships with Georges Seurat, Edmond Aman-Jean, and Albert Lynch.
In , Osbert began his career as a painter. At this time, he was still in uenced by the
style of Léon Bonnat, an artist he knew personally, who gave him advice, although he was
not his teacher. He was also supported by the painter Fernand Cormon, who encouraged
his students to paint outdoors. Between and , Osbert grew increasingly
interested in nature, undertaking trips to Normandy, particularly to Diélette, where he
studied the wild landscapes and waves, reminiscent of the works of Courbet and
Whistler. He also experimented with pointillism, in uenced by his friend Seurat. In the
s, Osbert became associated with the Symbolist movement, participating in events
such as the Salon de la Rose+Croix, Le Barc de Boutteville, and the Salon des Cent. He
formed a friendship with Joséphin Péladan, founder of the Salon de la Rose+Croix, and
created Symbolist works such as Fraîcheur matinale and Mystère du soir, now housed in
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the Musée d'Orsay. He also held meetings at his studio at rue Alain-Chartier in
Vaugirard, where personalities like Alfred Jarry and Georges Seurat gathered for
concerts, readings, and seances. An important moment in the artist's biography was his
meeting with Pierre Puvis de Chavannes, whose in uence deeply shaped his artistic
evolution. Under Puvis’s guidance, Osbert discovered monumental decorative painting, a
eld that enabled him to secure prestigious public commissions, such as the frescoes at
the Vichy baths ( g. ). His art then became resolutely decorative, dif cult to classify, and
imbued with a meditative atmosphere. He continued to exhibit and actively participate in
the Parisian art scene until his death on August , , in Paris.
FIG. Alphonse Osbert, Mural paintings for the Vichy Thermal Establishment, c.
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