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Hubert Robert, Les Cascatelles de Tivoli, vers 1777

Hubert Robert

Les Cascatelles de Tivoli, vers 1777
Huile sur toile
241 x 217 cm.
94 7/8 x 85 3/8 in.
Demande d'information
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La cascade et le temple de Tivoli comptent parmi les sites les plus représentés dans la peinture en Europe, depuis le XVIe siècle. Hubert Robert est un des principaux artistes qui ont assuré la diffusion du pittoresque du site, aux côtés de ses contemporains, aînés et amis, les peintres François Boucher, Joseph Vernet et le graveur Giovanni Battista Piranesi. Jusqu’à présent, le tableau de la collection Tapie ne possédait pas d’historique, ni de documents attestant l’origine de sa commande auprès de Robert. C’est grâce à son sujet et son format, qui en fait l’une des plus grandes et ambitieuses vues de Tivoli peintes par l’artiste, que nous proposons d’identifier ce tableau à celui appartenant au marquis de Bouthillier-Chavigny et exposé au Salon de 1777. Durant son séjour en Italie, de 1754 à 1765, Robert visite Tivoli à plusieurs reprises. Il y dessine à la sanguine les motifs les plus sublimes des sites naturels et ouvragés de Tivoli, dont les musées du Louvre et de Valence conservent quelques exemples. De retour à son atelier parisien, Robert emprunte les motifs de Tivoli dans les contre-épreuves de sanguine, les études remplissant ses carnets et les gravures de sa collection, afin de créer de nouvelles compositions. Quelques-unes sont présentées avec succès au Salon de 1769, 1771, 1773 et 17771. La version exposée en 1769, appartenant au comte de Saint-Florentin, s’inscrit dans la tradition de la peinture fluviale de Joseph Vernet, à qui Robert rend hommage (ill. 1). Cette toile représente les cascatelles dévalant le site accidenté de Tivoli, dominé par le pont, le temple de la sibylle, les ruines et le campanile de l’église San Giorgio et la villa Mécène. Des lavandières et des pêcheurs animent la scène composée sur un format horizontal qui est conservée sur la variation créée pour le comte de Stroganof en 1772 et exposée au Salon de l’année suivante (collection privée). Les deux toiles illustrent parfaitement le travail de reformulation d’un caprice réunissant les motifs les plus célèbres d’un lieu, où chaque personnage ou animal peut être substitué à un autre. La toile exposée au Salon de 1777 diffère radicalement des autres versions, d’une part par l’ampleur de ses dimensions et d’autre part, par la verticalité du format qui met en valeur le mouvement de la chute d’eau. Dans le livret du Salon, elle est décrite comme une « vue des environs de Tivoli, près de Rome. Ce tableau appartient à M. le marquis de Bouthillier. Il a 8 pieds de haut sur 7 de large ». Or, la toile du marquis qui n’a jamais pu être identifiée à ce jour pourrait correspondre au tableau de l’ancienne collection Tapie. En effet, les dimensions indiquées dans le livret équivalent à 2,60 mètre de hauteur sur 2,27, tandis que le tableau Tapie mesure actuellement 2,41 mètre sur 2,17. On peut supposer que, comme les fameux pendants du marquis de Laborde exécutés pour le château de Méréville, le tableau Tapie a été rétréci afin de se conformer aux proportions d’un nouvel intérieur. Signalons que nous avons écarté deux autres grandes versions de vues de Tivoli ne possèdant pas les mêmes dimensions que le tableau du Salon de 1777, tel le prestigieux tableau du duc de Choiseul, de 5 sur 4 pieds, vendu le 6 avril 1772, lot 142. Quant à l’immense tableau d’Armand de Nogaret, de 7 sur 10 pieds, vendu le 23 février 1778, lot 99, il n’atteint pas la hauteur de la version Tapie. Les catalogues de vente du vivant de Robert démontrent le succès des vues de Tivoli peintes par Robert qui ornent les salons ou les cabinets de Randon de Boisset, l’abbé de Gevigney, le ministre Calonne, Jean-Baptiste Laurent Boyer de Fonscolombes et l’abbé de Saint-Non. La toile du marquis de Bouthillier-Chavigny, figure militaire de premier plan et député de la noblesse lors de la Révolution française, se distingue par son vaste format vertical qui renforce la sensation d’immersion du spectateur. Celui-ci fait l’expérience d’une confrontation avec la nature dans son état le plus terrifiant. L’opposition entre la puissance de la cascade, la rapidité de sa chute sur des rochers accidentés et la petitesse des architectures se transformant inexorablement en ruine offre un spectacle sublime. Cette quête esthétique, pour rendre compte du poids de l’eau et ranimer le souvenir du bruit assourdissant des cascades pour le spectateur, s’accompagne de références chères à Robert. Comme à son habitude, l’artiste s’inspire des gravures à l’eau-forte de Piranesi et associe librement ici deux compositions tirées des Vedute di Rome : la planche 122 qui détaille le temple de la Sibylle et la planche 126 qui montre les cascatelles de Tivoli (ill. 2 et 3). L’admiration et la fascination de Robert pour Piranesi ne font aucun doute puisqu’on retrouve l'œuvre gravé du vénitien dans la collection du peintre. C’est d’ailleurs une traduction des contrastes obtenus par les noirs profonds de l’eau-forte et la réserve du papier que Robert réalise en peinture, par exemple, en employant des touches de blanc pour rendre compte de la fragmentation de l’eau sous l’effet de sa chute. La luxuriance de la végétation et le verdoiement des pierres sont révélateurs de l’atmosphère humide régnant autour du site. L’intérêt de Robert pour les sciences, et plus particulièrement la physique, pourrait surprendre tant il peint avec facilité, mêlant de nombreuses références artistiques et culturelles, pour son plaisir et surtout celui de ses collectionneurs érudits. Sarah Catala Janvier 2023
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The Tivoli waterfall and temple have been among the most depicted sites in European painting since the 16th century. Hubert Robert was one of the main artists responsible for disseminating the picturesque character of the site, alongside his contemporaries, elders and friends, the painters François Boucher, Joseph Vernet and the engraver Giovanni Battista Piranesi. Until now, the painting in the Tapie collection has had no history, no documents attesting to the origin of its commission from Robert. It is thanks to its subject and format, which make it one of the largest and most ambitious views of Tivoli painted by the artist, that we propose to identify this painting with the one belonging to the Marquis de Bouthillier-Chavigny and exhibited at the Salon of 1777. During his stay in Italy from 1754 to 1765, Robert visited Tivoli on several occasions. There, he drew in red chalk the most sublime motifs of Tivoli's natural and man-made sites, some examples of which are preserved in the Louvre and Valence museums. Back in his Paris studio, Robert borrowed the Tivoli motifs from the sanguine back-proofs, studies filling his notebooks and engravings in his collection, to create new compositions. Some of these were successfully exhibited at the Salon in 1769, 1771, 1773 and 17771. The version exhibited in 1769, belonging to the Comte de Saint-Florentin, follows in the tradition of river painting by Joseph Vernet, to whom Robert pays homage (ill. 1). The painting depicts cascatelles tumbling down the rugged Tivoli site, dominated by the bridge, the Temple of the Sibyl, the ruins and campanile of the Church of San Giorgio and the Villa Mecena. Washerwomen and fishermen enliven the scene composed on a horizontal format, which is preserved on the variation created for Count Stroganof in 1772 and exhibited at the following year's Salon (private collection). These two canvases perfectly illustrate the reformulation of a caprice that brings together the most famous motifs of a place, where each character or animal can be substituted for another. The painting exhibited at the Salon of 1777 differs radically from the other versions, both in terms of its size and the verticality of its format, which emphasizes the movement of the waterfall. In the Salon booklet, it is described as a "vue des environs de Tivoli, près de Rome. This painting belongs to Mr. Marquis de Bouthillier. It is 8 feet high and 7 feet wide". However, the Marquis' painting, which has never been identified to date, could correspond to the painting in the former Tapie collection. Indeed, the dimensions given in the booklet are equivalent to 2.60 meters high by 2.27, whereas the Tapie painting actually measures 2.41 meters by 2.17. We can assume that, like the Marquis de Laborde's famous pendants for the Château de Méréville, the Tapie painting has been shrunk to conform to the proportions of a new interior. It should be noted that we have excluded two other large versions of views of Tivoli that do not have the same dimensions as the 1777 Salon painting, such as the prestigious painting by the Duc de Choiseul, measuring 5 by 4 feet, sold on April 6, 1772, lot 142. As for the immense painting by Armand de Nogaret, measuring 7 by 10 feet, sold on February 23, 1778, lot 99, it does not reach the height of the Tapie version. Sales catalogs from Robert's lifetime demonstrate the success of his views of Tivoli, which adorned the salons or cabinets of Randon de Boisset, the Abbé de Gevigney, the minister Calonne, Jean-Baptiste Laurent Boyer de Fonscolombes and the Abbé de Saint-Non. The painting by the Marquis de Bouthillier-Chavigny, a leading military figure and member of parliament for the nobility during the French Revolution, is distinguished by its vast vertical format, which reinforces the viewer's sense of immersion. The viewer experiences nature at its most terrifying. The contrast between the power of the waterfall, the rapidity of its fall onto the rugged rocks and the smallness of the architectures inexorably transforming into ruins offers a sublime spectacle. This aesthetic quest, to convey the weight of water and revive the memory of the deafening sound of waterfalls for the viewer, is accompanied by references dear to Robert's heart. As usual, the artist drew inspiration from Piranesi's etchings, and here freely combines two compositions from Vedute di Rome: plate 122, which details the Temple of the Sibyl, and plate 126, which shows the cascades of Tivoli (ills. 2 and 3). Robert's admiration and fascination for Piranesi are unmistakable, since the engraved work by the Venetian can be found in the painter's collection. It is a translation of the contrasts obtained by the deep blacks of etching and the reserve of paper that Robert achieves in painting, for example, by using touches of white to convey the fragmentation of water as it falls. The lushness of the vegetation and the greenness of the stones are indicative of the humid atmosphere surrounding the site. Robert's interest in science, and physics in particular, may come as a surprise, given the ease with which he paints, mixing numerous artistic and cultural references for his own pleasure and that of his erudite collectors. Sarah Catala January 2023
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Provenance

Probablement marquis Charles-Léon de Bouthillier-Chavigny de Beaujeu ; vente Bernard Tapie, Paris, Artus, 6 juillet 2022, lot 91.

Expositions

Probablement Salon de 1777 : « n° 80. Vue des environs de Tivoli, près de Rome. Ce tableau appartient à M. le marquis de Bouthillier. Il a 8 pieds de haut sur 7 de large ».
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