Jean-François de Troy
Le Banquet d'Esther
Huile sur toile
49.5 x 55.5 cm.
19 1/2 x 21 7/8 in.
19 1/2 x 21 7/8 in.
Fils et élève du portraitiste François de Troy (1645-1730), Jean-François de Troy suit très jeune les cours de l’Académie et obtient un second prix au concours de 1697. Il gagne Rome deux ans plus tard et, grâce à l’appui du marquis de Villacerf, surintendant des bâtiments, obtient une place de pensionnaire à l’Académie de France alors dirigée par René- Antoine Houasse (1645-1710). Il voyage à travers toute l’Italie et ne revient en France, qu’à la demande de son père, il a alors vingt-sept ans. Il est agréé et reçu à l’Académie en 1708, avec « Niobé et ses enfants percés de flèches par Diane et Apollon ». Il mènera dès lors une brillante carrière officielle. En 1728, il réalise le décor des appartements du financier Samuel Bernard et peint pour l’hôtel de M. de la Live de Jully un ensemble de trente-six oeuvres. On lui doit également la coupole et le tableau d’autel de la chapelle seigneuriale de Passy, et l’on sait qu’il participa en 1734, avec Boucher (1703-1770) et Natoire (1700-1777), à la décoration de la nouvelle chambre de la reine à Versailles. En 1737, il reçoit le titre de secrétaire du Roi, puis en janvier 1738 celui de Directeur de l’Académie de France à Rome. Lors de ce second séjour en Italie, durant lequel il rencontre le marquis de Marigny, futur directeur des bâtiments, Jean-François de Troy termine une suite de sept tableaux de l’histoire d’Esther, destinés à servir de modèles à la manufacture des Gobelins, et entreprend une deuxième suite de tapisseries représentant l’histoire de Jason, qu’il exécute en trois ans et expose au Salon de 1748. Il termina sa carrière à Rome où il s’éteint en 1752.
« Assuérus mit la couronne royale sur la tête d’Esther et la fit reine à la place de Vasthi. Puis pour tous ses ministres et serviteurs le roi organisa un grand banquet, le banquet d’Esther » (Esther .II, p. 17-18).
Cette esquisse fait probablement partie de la série d’études préparatoires pour les cartons à tapisseries de l’Histoire d’Esther. IL s’agirait d’un essai tardif pour compléter la série de sept tapisseries. Ainsi d’après la correspondance de Jean-François de Troy, il y aurait eu un élargissement de la commande. Le 31 mars 1745, il écrit à Philibert Orry, surintendant des bâtiments : « Je viens de recevoir une lettre de M. Gabriel par laquelle il me marque que le grand cabinet de Madame la Dauphine est orné avec la tenture d’Esther, et que, faute de deux pièces ou d’une grande, on n’a pas pu orner le fond de la chambre. Comme cette histoire est susceptible de plusieurs beaux sujets, peut-être qu’en cherchant soigneusement on pourrait trouver un ou deux de ceux qui n’ont point été traitez dans la première. Si vous me donnez vos ordres pour l’exécuter, j’en choisirois un ou dux qui pourroient paraître les plus intéressas et j’y travaillerois aussitôt que vous me donneriez vos ordres ». (Anatole de Montaiglon et Jules-joseph Guiffrey, Correspondances des directeurs de l’Académie de France à Rome avec les surintendants des bâtiments, Paris, t.X, 1900, p. 81.)
Philibert Orry rejeta la proposition de de Troy dans la réponse qu’il lui fit. Il y explique qu’il se contentera pour remplir la chambre de la Dauphine d’élargir l’une des pièces de la tenture. Il est donc fort probable que notre esquisse ait été réalisée par de Troy à sa propre initiative. On perçoit ici, dans le traitement rapide du sujet, à la fois la légèreté des rehauts de blanc et l’extrême variété de couleurs soutenues dans la gamme chaude de rouges, de roses et de jaunes où les bleus vifs de quelques vêtements et surtout les verts des frondaisons apportent un contraste. On peut admirer l’expression fugitive des lignes. Cette toile est une parfaite représentation de la grande liberté d’exécution qui caractérise l’art de Jean-François de Troy.
Son and student of renowned portraitist François de Troy (1645-1730), Jean-François de Troy attended classes at the Académie at a very early age, and won a second prize at the 1697 contest. He departs to Rome two years later, and with the support of marquis de Villacerf, surintendant des bâtiments, becomes an artist in residence at the Académie de France, led by René-Antoine Houasse (1645-1710). He travels throughout Italy before returning to France upon the request of his father, at the age of twenty seven. He is received into the Académie in 1708, with « Niobé et ses enfants percés de flèches par Diane et Apollon » (Diane and Apollo piercing Niobe and her children with their arrows). His official career then took a very successful turn. In 1728, he painted the décor of the apartments of financier Samuel Bernard and created for the hôtel of M. de la Live de Jully a set of thirty six paintings. He also produced the dome and altar painting of the seigneurial Chapel of Passy, and is known to have participated in the decoration of the new bedroom of the queen at Versailles in 1734, with Boucher (1703-1770) and Natoire (1700-1777). In 1737, he receives the title of Secretary to the King, and in January of 1738, the title of Director of the Académie de France in Rome. During this second stay in Italy, Jean-François de Troy met the marquis de Marigny, future directeur des bâtiments, and put a final touch to seven paintings and models for the manufacture des Gobelins, depicting the story of Esther. He also started a second set of tapestries illustrating the story of Jason, completed in three years and exhibited at the Salon in 1748. His career ended in Rome where he died in 1752.
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« Assuérus mit la couronne royale sur la tête d’Esther et la fit reine à la place de Vasthi. Puis
pour tous ses ministres et serviteurs le roi organisa un grand banquet, le banquet d’Esther » (Ahasuerus placed the royal crown on Esther’s head and proclaimed her queen to replace Vasthi. Then the king offered a great banquet in Esther’s honor, the banquet of Esther, for all his nobles and servants.(Esther .II, p. 17-18).
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This work most likely belongs to the set of preparatory studies for the tapestry cartoons illustrating the Story of Esther, and could be a deferred project completing the set of seven tapestries. According to correspondence written by Jean-François de Troy to Philibert Orry, surintendant des bâtiments, the commission would have been extended. On March 31, 1745, he wrote: « Je viens de recevoir une lettre de M. Gabriel par laquelle il me marque que le grand cabinet de Madame la Dauphine est orné avec la tenture d’Esther, et que, faute de deux pièces ou d’une grande, on n’a pas pu orner le fond de la chambre. Comme cette histoire est susceptible de plusieurs beaux sujets, peut-être qu’en cherchant soigneusement on pourrait trouver un ou deux de ceux qui n’ont point été traitez dans la première. Si vous me donnez vos ordres pour l’exécuter, j’en choisirois un ou dux qui pourroient paraître les plus intéressas et j’y travaillerois aussitôt que vous me donneriez vos ordres ». (“I have just received a letter from M. Gabriel informing me that the cabinet of Madame la Dauphine is embellished with a tapestry of Esther, and, two more pieces or a large one not being available, it has not been possible to adorn the back of the bedroom. Since this story has produced several delightful themes, it would be possible, through diligent research, to find one or two which have not been used for the first set. If you allow me, I could choose one or two of the most interesting ones to work on as soon as you will order me to”). (Anatole de Montaiglon and Jules-joseph Guiffrey, Correspondence between the directors of the Académie de France in Rome and the surintendants des bâtiments, Paris, t.X, 1900, p. 81.)
Philibert Orry rejected de Troy’s proposal in his response, explaining that in order to expand the bedroom of the Dauphine, it would be sufficient to enlarge one of the draperies. Thus it is very likely that de Troy independently made the decision to create our painting.
The observer can admire, within the brisk treatment of the subject, the delicate white highlights merging with the extensive variety of sustained colors in warm nuances of red, pinks and yellow, distinct from the bright blue palette of the garments combined with the strongly contrasting greens of the foliage. The fugitive expression of the lines is admirable. This canvas perfectly reflects the great freedom of execution typical of the art of Jean-François de Troy.
