Lars Kinsarvik
Paire de fauteuils dragestil, Norvège, vers 1900
Bois sculpté et peint polychrome
Cette remarquable paire de fauteuils de Lars Kinsarvik incarne l'une des expressions les plus accomplies du dragestil, le « style du dragon », mouvement qui chercha à doter la Norvège...
Cette remarquable paire de fauteuils de Lars Kinsarvik incarne l'une des expressions les plus accomplies du dragestil, le « style du dragon », mouvement qui chercha à doter la Norvège d'un langage artistique propre au moment où l'Europe inventait les différentes expressions de l'Art nouveau. Alors que les artistes belges, français ou écossais élaboraient un vocabulaire moderne fondé sur la ligne organique et les formes végétales, les créateurs norvégiens choisirent de puiser dans leur propre histoire afin de construire une esthétique nationale capable d'exprimer l'identité du pays.
Cette ambition trouva un puissant écho dans deux découvertes archéologiques majeures : celle du navire funéraire de Gokstad en 1880, puis celle du tombeau d'Oseberg au début du XXe siècle. Comme les fouilles de Pompéi et d'Herculanum avaient offert aux artistes européens un répertoire inépuisable de formes antiques, ces découvertes révélèrent à la Norvège un patrimoine artistique presque oublié. Les sculptures des navires vikings, les dragons, les créatures fantastiques et les motifs entrelacés, auxquels s'ajoutaient les extraordinaires décors sculptés des stavkirker, les églises médiévales en bois, fournirent aux artistes un vocabulaire ornemental spécifiquement norvégien. Le dragestil naquit précisément de cette rencontre entre la volonté de créer un art résolument moderne et la redécouverte d'un passé national, quelques années avant l'indépendance de la Norvège en 1905.
Parmi les principaux représentants de ce renouveau, Lars Kinsarvik occupe une place essentielle. Héritier de la tradition du rosemaling, la peinture décorative populaire pratiquée par son père, il ne cherche jamais à reproduire fidèlement les modèles anciens. Il les transforme au contraire en un langage personnel où la monumentalité des formes, la richesse de la sculpture et une polychromie éclatante confèrent au mobilier une force expressive nouvelle. Les dragons des stavkirker, les ornements des navires vikings et les traditions populaires du Hardanger fusionnent ainsi dans une œuvre qui dépasse la simple reconstitution historique pour devenir l'une des expressions les plus originales de l'Art nouveau norvégien. Ces deux fauteuils illustrent parfaitement cette synthèse. Leur silhouette évoque les sièges d'apparat médiévaux, tandis que leurs hauts dossiers développent un décor sculpté dominé par deux figures humaines et organisé autour d'un motif rappelant le Mjölnir, le marteau de Thor, symbole de protection dans la mythologie nordique. Plus qu'un hommage au passé, ils traduisent la volonté de créer un mobilier profondément contemporain, capable de faire revivre l'héritage viking dans une esthétique entièrement nouvelle.
Lars Kinsarvik (1846-1925)
Né à Kinsarvik, dans le Hardanger, le 8 septembre 1846, Lars Kinsarvik est le fils de Trond Larsson Hus, artisan et peintre décorateur. Formé au dessin à Bergen, il mène une carrière d'une remarquable diversité comme sculpteur sur bois, peintre, décorateur, musicien, poète, journaliste et conférencier. Figure majeure du mouvement norvégianiste, il devient le principal représentant du dragestil appliqué au mobilier et aux arts décoratifs. Entre 1907 et 1915, il réalise avec son atelier le décor sculpté et peint de treize églises de la région de Bergen, avant de perdre progressivement la vue à la suite d'une maladie oculaire. Il s'éteint dans son village natal le 21 juin 1925. Présentées aux Expositions universelles de Paris de 1889 et de 1900, les créations de Kinsarvik contribuèrent à faire connaître le dragestil bien au-delà de la Scandinavie. Ses œuvres sont aujourd'hui conservées notamment au Nasjonalmuseet d'Oslo, au Victoria and Albert Museum de Londres, au musée d'Orsay et au Hardanger Folkemuseum, où elles témoignent du rôle fondamental qu'il joua dans la naissance d'un style national norvégien.
Cette ambition trouva un puissant écho dans deux découvertes archéologiques majeures : celle du navire funéraire de Gokstad en 1880, puis celle du tombeau d'Oseberg au début du XXe siècle. Comme les fouilles de Pompéi et d'Herculanum avaient offert aux artistes européens un répertoire inépuisable de formes antiques, ces découvertes révélèrent à la Norvège un patrimoine artistique presque oublié. Les sculptures des navires vikings, les dragons, les créatures fantastiques et les motifs entrelacés, auxquels s'ajoutaient les extraordinaires décors sculptés des stavkirker, les églises médiévales en bois, fournirent aux artistes un vocabulaire ornemental spécifiquement norvégien. Le dragestil naquit précisément de cette rencontre entre la volonté de créer un art résolument moderne et la redécouverte d'un passé national, quelques années avant l'indépendance de la Norvège en 1905.
Parmi les principaux représentants de ce renouveau, Lars Kinsarvik occupe une place essentielle. Héritier de la tradition du rosemaling, la peinture décorative populaire pratiquée par son père, il ne cherche jamais à reproduire fidèlement les modèles anciens. Il les transforme au contraire en un langage personnel où la monumentalité des formes, la richesse de la sculpture et une polychromie éclatante confèrent au mobilier une force expressive nouvelle. Les dragons des stavkirker, les ornements des navires vikings et les traditions populaires du Hardanger fusionnent ainsi dans une œuvre qui dépasse la simple reconstitution historique pour devenir l'une des expressions les plus originales de l'Art nouveau norvégien. Ces deux fauteuils illustrent parfaitement cette synthèse. Leur silhouette évoque les sièges d'apparat médiévaux, tandis que leurs hauts dossiers développent un décor sculpté dominé par deux figures humaines et organisé autour d'un motif rappelant le Mjölnir, le marteau de Thor, symbole de protection dans la mythologie nordique. Plus qu'un hommage au passé, ils traduisent la volonté de créer un mobilier profondément contemporain, capable de faire revivre l'héritage viking dans une esthétique entièrement nouvelle.
Lars Kinsarvik (1846-1925)
Né à Kinsarvik, dans le Hardanger, le 8 septembre 1846, Lars Kinsarvik est le fils de Trond Larsson Hus, artisan et peintre décorateur. Formé au dessin à Bergen, il mène une carrière d'une remarquable diversité comme sculpteur sur bois, peintre, décorateur, musicien, poète, journaliste et conférencier. Figure majeure du mouvement norvégianiste, il devient le principal représentant du dragestil appliqué au mobilier et aux arts décoratifs. Entre 1907 et 1915, il réalise avec son atelier le décor sculpté et peint de treize églises de la région de Bergen, avant de perdre progressivement la vue à la suite d'une maladie oculaire. Il s'éteint dans son village natal le 21 juin 1925. Présentées aux Expositions universelles de Paris de 1889 et de 1900, les créations de Kinsarvik contribuèrent à faire connaître le dragestil bien au-delà de la Scandinavie. Ses œuvres sont aujourd'hui conservées notamment au Nasjonalmuseet d'Oslo, au Victoria and Albert Museum de Londres, au musée d'Orsay et au Hardanger Folkemuseum, où elles témoignent du rôle fondamental qu'il joua dans la naissance d'un style national norvégien.
