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Paris, époque Louis XIV, Grand bureau plat à huit pieds, Vers 1695-1700

Paris, époque Louis XIV

Grand bureau plat à huit pieds, Vers 1695-1700
Marqueterie en première partie de laiton et d’écaille brune; ébène ; bronze doré
H. 78,5 cm ; L. 165,5 cm ; P. 80 cm
H. 30 7/8 in ; W. 65 1/8 in ; D. 31 1/2 in
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Le bureau, marqueté toutes faces, repose sur huit pieds en console disposés en diagonale et joints, par groupe de quatre, au moyen d’une entretoise en X. Ils sont chacun ponctués...
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Le bureau, marqueté toutes faces, repose sur huit pieds en console disposés en diagonale et joints, par groupe de quatre, au moyen d’une entretoise en X. Ils sont chacun ponctués d’un pied toupie en bronze doré, et couronnés d’un chapiteau plat mouluré de section carrée et de même matière.

Le meuble comporte en façade un tiroir central de forme légèrement concave, flanqué de triglyphes garnis de laiton, et de deux caissons latéraux, aux côtés internes convexes, contenant chacun trois tiroirs fermant à clef, aux façades également convexes.

Des consoles inversées, de section rectiligne, soulignent, dans l’axe des pieds, chaque angle du bureau. Le plateau, rectangulaire et garni d’un maroquin lie-de-vin à liseré doré, est bordé d’un puissant quart-de-rond mouluré de bronze, à l’image des panneaux fixés sur les petits côtés.

Le bureau est intégralement décoré d’une luxuriante marqueterie de type Boulle en première partie à base de laiton et d’écaille brune (Caret). Le dessin extrêmement riche et fleuri de ce décor puise notamment ses sources dans l’œuvre de Jean I Bérain (1640-1711), Dessinateur des Menus Plaisirs du Roi, dont les modèles gravés marquèrent, tant en France qu’en Europe, l’ensemble des arts décoratifs des années 1690-1710.

Les premiers « bureaux » appelés aussi « tables en bureau », et dont le nom provient de l’ancienne table couverte de bure, n’apparurent pas en France avant 16681.

Ce n’est qu’en 1672-1673 qu’un « bureau » fut pour la première fois mentionné dans l’inventaire général du Mobilier de la Couronne. A la fin des années 1680, se généralisèrent les bureaux à huit pieds groupés latéralement par quatre par des traverses d’entrejambe, comportant des caissons latéraux à tiroirs, et une partie centrale en retrait souvent fermée d’un vantail. Ces bureaux, généralement étroits, furent communément appelés « bureaux Mazarin », une désignation erronée qui, selon Lunsing Scheurleer, remonterait seulement au XIXe siècle.

Notre meuble appartient sans conteste à ce type de bureau qui perdura jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, mais il s’en singularise en revanche par sa taille beaucoup plus importante.

Son architecture et la composition de ses marqueteries présentent des similitudes avec d’autres bureaux fabriqués entre 1690 et 1700. Ces meubles semblent provenir du même atelier d’ébénisterie, ou du moins d’avoir été l’objet d’un même groupe de marqueteurs exerçant leur art pour le compte de plusieurs ateliers parisiens de la période. On retrouve ainsi par exemple une structure similaire à celle de notre meuble et un décor proche sur un bureau à huit pieds en console, mais plus étroit et avec un caisson central, aujourd’hui conservé dans les collections du Bayerisches Nationalmuseum, à Munich (inv. BNM R 3893).

Les marqueteurs spécialisés dans de tels décors utilisaient généralement des cartons semblables dont ils variaient les motifs et les formes dans le but d’obtenir des œuvres différentes. Au vu de sa qualité d’exécution et de décor, notre bureau fut probablement l’œuvre d’un atelier d’ébénistes et de marqueteurs comptant parmi les meilleurs en activité à Paris à la fin du XVIIe siècle. Très peu de maîtres capables d’une telle production ont été étudiés. L’un d’eux, Bernard I Van Risamburgh (vers 1660-1738), fut probablement l’auteur d’un groupe de bureaux présentant des décors marquetés bien caractéristiques, composés de rinceaux et de branchages en laiton et écaille teintée rouge semés de personnages, d’animaux, de vases, de fruits et de fleurs en placage d’ivoire, de nacre, d’étain, de cuivre et de corne colorée en bleu, vert et rouge. Ce groupe comprend notamment le fameux bureau de Maximilien II Emmanuel de Bavière conservé dans les collections du J. Paul Getty Museum, à Malibu, ou encore le bureau appartenant à S.M. la reine d’Angleterre, au château de Windsor.

Notre bureau peut être plus spécifiquement rapproché de l’œuvre d’un autre ébéniste de renom : Nicolas Sageot (1666-1731, maître en 1706), spécialisé dans la marqueterie de cuivre et d’écaille teintée en brun ou en rouge, qui exerça Grande-Rue du Faubourg-Saint-Antoine, à l’enseigne du Soufflet Royal. A un moment où la pratique de l’estampille était encore extrêmement rare – ce qui explique que la plupart des meubles de cette période soient anonymes - Sageot apposa la sienne sur plusieurs de ses oeuvres.

Sageot connut une remarquable prospérité : en 1712, année de son mariage, il déclara posséder 12.000 livres de biens, essentiellement en marchandises, somme pour le moins importante pour un ébéniste. Au moment de sa cessation d’activité, il vendit le 26 juillet 1720 pour 16.000 livres de meubles en marqueterie de cuivre et d’écaille - armoires à dôme, commodes et bureaux - à Léonard Prieur, Marchand Mercier Grossier Joaillier Privilégié suivant la Cour. Le 26 août suivant, il céda l’ensemble de son stock de bois – planches de sapin, de chêne et de tilleul - au marchand Claude-François Mainguet pour la forte somme de 12.000 livres qui atteste de sa prospérité à la fin de sa carrière.

La production de Sageot fut particulièrement cohérente, et concerna pour l’essentiel des grandes armoires à dôme à deux vantaux vitrés ou non, des commodes et des bureaux à huit pieds. Les décors - la plupart à sujets arabesques et figuratifs dans le goût de Bérain - étaient pour l’essentiel composés de marqueteries de cuivre et d’écailles teintes en brun ou en rouge.

Il convient cependant de rester prudent quand à une attribution. La marqueterie de cuivre et d’écaille était à la mode aux alentours des années 1700, et il existait à Paris plusieurs ateliers capables de produire des meubles de la qualité de notre bureau. Mais la plupart de ces ateliers restent méconnus aujourd’hui faute d’études approfondies.
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