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Trapani, milieu du XVIIe siècle, Miroir de Trapani, Milieu du XVIIe siècle

Trapani, milieu du XVIIe siècle

Miroir de Trapani, Milieu du XVIIe siècle
Corail ; émail ; bronze doré ; glace
H. 41,5 cm ; L. 32 cm ; P. 3 cm
H. 16 3/8 in ; W. 12 5/8 in ; D. 1 1/8 in
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• Serge Roche, Miroirs, Galeries et Cabinets de Glaces, Paris, 1956, p. 19, fig. 3 et p. 23, fig. 5. • Enzo Tartamella, Corallo, Storia e arte dal XV al...
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• Serge Roche, Miroirs, Galeries et Cabinets de Glaces, Paris, 1956, p. 19, fig. 3 et p. 23, fig. 5.

• Enzo Tartamella, Corallo, Storia e arte dal XV al XIX secolo, Palerme, 1985.

Expositions relatives au corail de Trapani :

• Coralli-talismani sacri e profani, Trapani, Museo regionale Pepoli, 1986.

• Splendori di Sicilia, Arti Decorative dal Rinascimento al Barocco, Palerme, Albergo dei Poveri, 2001.

Ce miroir constitue un précieux témoignage des modèles de décor mis au point par les artisans de Trapani au XVIIe siècle. De forme rectangulaire, il présente une large bordure de bronze doré incrustée sur toute sa surface de petits éléments de corail en forme de gouttes et rythmée, au centre et aux angles de chacun de ses quatre côtés de rosaces au cœur émaillé blanc.

Une glace oblongue occupe la partie centrale de l’objet, enchâssée dans une moulure de bronze incisée d’une frise de chevrons émaillés blanc.

Un cadre en doucine borde l’extérieur de l’ensemble, semé de frises de gouttes de corail, et doublé d’un étroit bandeau plat orné de chevrons émaillés blanc similaires à ceux de la moulure sertissant la glace. Fixées au pourtour de ce bandeau, d’amples palmettes feuillagées et ajourées, rehaussées d’émail blanc, alternent rosaces et têtes de chérubins ailés en demi ronde-bosse, le tout traité en corail.

Une patère, doublée d’un anneau de fixation et flanquée d’une tête de chérubin en corail, double la palmette centrale en haut du miroir. Le revers de celui-ci formé d’une plaque de bronze affiche un très riche décor ciselé composé d’un compartiment central oblong enfermant une croix, le monogramme IHS, signifiant IESUS HOMINUM SALVATOR, et un cœur d’où émanent trois pointes. D’amples fleurons à enroulements animent le pourtour.

De tout temps, le corail exerça une fascination au moins équivalente à celle des pierres précieuses. L’Antiquité en faisait déjà un large emploi, mais c'est surtout à l’époque médiévale que cette matière commença à être exploitée avec une ampleur et une diversité inconnues jusqu'alors. Elle devint un véritable enjeu éco­nomique et gagna des champs d'investigation autres que le strict domaine artistique, inté­ressant également le monde spirituel ou encore ceux de l'alchimie et de la pharmacologie.

Naples, Torre del Greco, mais surtout Trapani, en Sicile, devinrent les principales plaques tournantes de ce commerce de luxe qui fascina à l’échelle européenne tant les princes que les prélats, et fit la renommée des cabinets de curiosité les plus célèbres.

Située dans la partie occidentale de la Sicile, en face des îles Egades, la ville côtière de Trapani, ancienne Drepanon, acquit toute sa notoriété grâce à ses fameux ateliers spécialisés dans le travail du corail qui, du XVIe au XVIIIe siècle, créèrent des œuvres à base de bronze, de cuivre ou de laiton doré, argenté ou émaillé, souvent recouvertes de feuilles d'argent émaillées de couleurs verte et rouge, et systématique­ment incrustées de corail. Le musée Pepoli, à Trapani, conserve ainsi une exceptionnelle collection d'autels, de groupes de personnages, de statuettes, de miroirs et autres objets rehaussés de corail, d'ivoire et de nacre, datés pour la plupart du XVIIe siècle. Des œuvres de Trapani figurent dans le trésor de la cathédrale de Palerme. Le musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, conserve un vase éton­nant au corps polylobé de cuivre recouvert sur toute sa surface de petits morceaux de corail et flanqué sur la panse d'un angelot de cuivre doré en demi ronde-bosse. Des collections privées parmi les plus prestigieuses possèdent également de tels objets : citons notamment celles du roi d'Espagne, de la famille Doria, des comtes de Schönborn, à Pommersfelden, des princes de Ligne ou plus récemment celle de la famille Whitaker. Le corail utilisé à Trapani était péché à proximité. Dès l’Antiquité, Dioscoride mentionnait l'existence de bancs corallifères en Sicile, notamment autour de Syracuse. De nombreux auteurs évoquent également les coraux de la Mer Ligurienne, ainsi que ceux que l'on trouvait près des côtes calabraises, de l'île de Capri, à proximité de Naples, du Mont Argentario, en Toscane, ainsi qu’au large des côtes française, de la Corse et de la Sardaigne.

Ce corail de la Méditerranée, appelé Corallium rubrum, est un corail de couleur rouge de différentes nuances, pouvant aller jusqu'à des colorations rose pâle. Péché entre trente et plus de cent cinquante mètres, il se présente sous la forme de bouquets hauts en moyenne de vingt à vingt-cinq centimètres et larges de dix à quinze. Le diamètre des rameaux varie de un à quinze millimètres. La technique usitée pour le travail de cette substance dure et calcaire commençait toujours par un choix judicieux du corail brut en fonction de sa forme, de sa couleur et de ses dimensions, suivant ce que l'on souhaitait en faire. Le débit se faisait dans la masse par sciage au moyen d'un bocfil, en ayant au préalable solidement collé à chaud la pièce de corail sur des supports de bois mêlés à du papier suifé pour lubri­fier la lame. Les incisions pouvaient se faire au moyen de petites tenailles et de limes. La pièce était modelée avec une meule. Puis dégrossie, ébauchée, elle passait dans les mains du graveur qui précisait et achevait son décor à l'aide de burins de différentes formes et dimensions. La dernière phase était celle du polissage au cours de laquelle le corail était détaché de son support de bois, puis immergé dans un bain d'eau oxygénée, avant d'être lissé avec de la ponce et de l'huile, brossé avec une préparation à base d'acide, puis lavé en eau courante.

Les pièces de forme ainsi obtenues étaient ensuite intégrées au décor des objets qui nécessitait l'intervention de plusieurs corps de métier, dont des menuisiers, des ébénistes, des fondeurs-ciseleurs, des orfèvres, des émailleurs, des marbriers ou encore des miroitiers.

De tels objets étaient souvent utilisés comme cadeaux diplomatiques offerts aux rois, princes, cardinaux et papes. L'un des plus mémorables de ces présents fut probablement la «Montagna di corallo », acquise le 19 novembre 1570, pour la somme d'environ mille scudi, par le vice-roi de Sicile, Don Francesco Ferdinando Avalos de Aquino, marquis de Pescara, qui l'offrit l'année suivante au roi d'Espagne Philippe II4. Un autre exemple tout aussi pres­tigieux fut le «Tempio di Santa Rosalia », orné de vingt-cinq statuettes de corail, qui fut offert par le Sénat de Palerme au pape Urbain VIII en 16315. De la fin du XVIe à la fin du XVIIIe siècle, des demandes pour des objets de plus en plus riches et élaborés affluèrent de toute l'Europe.

Ce succès contribua à transformer les artisans italiens en véritables artistes qui très rapidement, dès le XVIe siècle, exécutèrent dans leurs ateliers et avec virtuosité, des statuettes de la Vierge, de saints, des crucifix, des crèches, mais aussi quantité d’objets profanes tels que coffrets à bijoux, miroirs, plateaux, vases, chandeliers, etc.

L’origine mythologique du corail - sang de la tête coupée de Méduse dont il aurait conservé les fabuleux pouvoirs à la source de ses croyances thérapeutiques et propitiatoires - ou sa symbolique chrétienne - sang du christ matérialisé par des perles en forme de gouttes - qui fascina à travers les siècles, constituent sans aucun doute les principales sources explica­tives du succès de cette matière pour le moins précieuse.
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Provenance

Collection particulière

Literature

• Serge Roche, Miroirs, Galeries et Cabinets de Glaces, Paris, 1956, p. 19, fig. 3 et p. 23, fig. 5. • Enzo Tartamella, Corallo, Storia e arte dal XV al XIX secolo, Palerme, 1985.
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