Pierre-Adrien Dalpayrat
Masque de jeune garçon, vers 1892
grès
19.5 x 19 cm.
7 5/8 x 7 1/2 in.
7 5/8 x 7 1/2 in.
Un doux regard vers le ciel, une bouche délicatement entrouverte, la chevelure ceinte d’un bonnet, le jeune homme que représente notre masque est, comme l’indique la signature au dos, le fruit de la collaboration entre Dalpayrat et André Louis Adolphe Laoust, sculpteur français.
Si la première révélation de l’art japonais auprès des artistes parisiens fut l’estampe, la céramique reste sans conteste l’autre enthousiasme français le plus fécond, notamment pour Dalpayrat. Les collections parisiennes qu’il a pu visiter ne présentaient pas seulement des pots, mais aussi des masques, comme celui que le musée de Sèvres présente dès 1876. En 1878, là encore pour l’Exposition Universelle l’engouement du japonisme se révèle, notamment pour des pièces de cérémonies du thé en grès, qui confortent Pierre-Adrien Dalpayrat à créer des pièces aux formes végétales et animales. Dès les années 1890 les céramistes et les verriers créent un style nouveau, en rupture avec le passé. Les céramiques adoptent des lignes organiques et asymétriques. Les accidents de cuisson, les effets de flammes et les coulures d’émail forment des décors abstraits qui révolutionnent les arts du feu.
Tout comme Carriès, Dalpayrat s’intéresse à « l’inquiétante étrangeté » que représente les masques à la fois de l’art médiéval gothique, du théatre japonais ou de la Commedia del Arte mais aussi des sculpteurs épris de physiognomonie, comme Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783), qui ont étudié tant les grimaces du visage humain que ses analogies avec le monde animal.
Mais les masques, ou figures, constituent également pour Dalpayrat un nouveau champ commercial, ouvert lorsqu’il s’associe à Adèle Lesbros. Ainsi en 1894, lors de sa première grande exposition à la Galerie Georges Petit, la Revue des Arts Décoratifs remarque la diversification de la production. Dans Le Monde artiste, Pierre Sandoz loue les travaux des deux associés qui « ont créé de toutes pièces un style moderne et d'une personnalité rare ». Il remarque entre autres des « masques qui ont l'apparence de bronzes patinés merveilleusement » ou une « adorable tête d'enfant à l'expression si douce, si vraiment innocente, émergent d'entre un fouillis d'étoffes savamment rendues ». « Cette fois, M. Dalpayrat, plus sûr de ses moyens, n'a pas hésité à demander à la sculpture son aide et sa collaboration. » Le Musée national de la Céramique à Sèvres fait l'acquisition d'une de ces têtes, probablement à la suite de cette exposition. L’année suivante, il présentera un masque représentant une tête de Kabyle.
Masques et têtes d'enfants constituent des sujets que Jean Carriès et les céramistes qui gravitent autour de lui, ont également beaucoup employé à la même période.
Laoust ici fournit à Dalpayrat, comme il a l’habitude de fournir également Sèvres, un modèle de personnage très proche d’un de ses grands succès : Lully enfant (fig 1 et 2).
Fig. 1 : André Louis Adolphe Laoust (1843-1924), Fig. 2 : André Louis Adolphe Laoust (1843-1924),
Lully enfant, 1902, porcelaine dure, H. 50 cm, Lully enfant (détail), 1884-1886, bronze, H. 60 cm,
Lille, Palais des Beaux-Arts collection particulière
Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910), Masque de jeune fille, circa 1893-1906, grès émaillé, H. 18 cm, collection J.P.H., Suisse
Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910), Masque de Dante, circa 1893-1906, grès émaillé, H. 18 cm,
collection particulière
Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910), Mascaron, grès émaillé gris à patine verte, 21 x 19 x 7,7 cm, signé en creux au dos, cachet à la grenade éclatée, Musée de Reims.
André Louis Adolphe Laoust est un sculpteur français né le 16 septembre 1843 à Douai et mort le 7 mai 1924 à Paris. Élève du sculpteur François Jouffroy à l’École des beaux-arts de Paris, André Laoust expose au Salon de 1868 et devient membre de la Société des artistes français en 1885. Avec des membres de sa famille, il crée en 1874 les Ateliers Laoust qui ont employé plusieurs dizaines de personnes durant plusieurs générations. Il obtient une médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1889 pour le Chanteur indien, Ganaï. Laoust conçoit des sculptures pour la Manufacture de Sèvres entre 1891 et 1905. Il est professeur de sculpture aux écoles académiques de Douai de 1892 à 1901. Il obtient une médaille d’argent en modelage aux concours des écoles académiques en 1893.
Pierre-Adrien Dalpayrat nait le 14 avril 1844 à Limoges. Il fréquente à partir de 1859 l'école de dessin, puis l'école pratique de peinture sur porcelaine de Limoges. Cette formation acquise, il entre à la faïencerie Jules Vieillard et Cie à Bordeaux, ville où il épouse Marie Tallerie le 17 mai 1866. En 1873, il quitte cette fabrique pour rentrer à Limoges où il est embauché chez Léon Sazerat (1831-1891). En 1874, il reprend la route et travaille aux faïenceries Ashwin à Valentine.
Un an après, il entre à la faïencerie Fouquet à Toulouse. Sa fille Julie naquit dans cette ville en 1878. Il quitte cette faïencerie en 1876 ou en 1878 pour prendre la direction de la fabrique de François Blanc à Monaco. En 1885, il accompagne Léopold Magnat et sa femme. Ils quittent François Blanc et vont s'installer à Menton.Après le tremblement de terre de 1887 qui détruit leur atelier, il retourne chez Léon Sazerat à Limoges.
En 1889, il ouvre sa propre faïencerie à Bourg-la-Reine. Il s'installe d'abord aux nos 5 et 7 Grande-Rue (actuels nos 31 et 33 avenue du Général-Leclerc), où se trouve également la fabrique de Jules Edouard et d'Ernest-Louis Carron1, puis ils annexeront le no 9. Il semble qu'il ait également demeuré au no 22 Grande-Rue pour déménager en 1895 au no 19. Vers 1889, il utilise le four de Jean-Charles Auboin (1731-1809) et de ses fils, autres faïenciers célèbres de Bourg-la-Reine, également installés aux nos 31 et 33, et qui travaillent avec Pardoux, autre céramiste de Bourg-la-Reine, célèbre pour ses grès flambés jaspés. Il emploie son épouse, Marie Tallerse, et leurs enfants Albert, Adolphe, Hippolyte et Paul.
Il acquiert une maîtrise du travail du grès et donne son nom au « rouge Dalpayrat ». Cette nuance fit sa renommée internationale. Il l'obtient en utilisant l'oxyde de cuivre et en maîtrisant l’atmosphère, la durée de cuisson, ainsi que la température pour obtenir des effets inédits d'une teinte rouge sang de bœuf. En 1892, il signe un premier contrat de collaboration avec le sculpteur Alphonse Voisin-Delacroix (1857-1893) et un second prévoyant une exclusivité réciproque pour une durée de douze ans. Il remporte un grand succès lors de l'exposition de ses œuvres à la galerie Georges Petit. En 1893, il fait la connaissance de la suédoise Agnès de Frumerie (1896-1937) avec qui il va collaborer quelque temps, mais les différences de caractère vont mettre un terme rapide à cette collaboration.
Cette même année, il participe à l'Exposition universelle de 1893 à Chicago. La collaboration avec Voisin-Delacroix va cesser brusquement à la suite de la mort du sculpteur, le 2 avril 1893.
Adrien Dalpayrat est successivement membre du jury à l'exposition du Progrès à Paris en 1893, à l'exposition du Livre en 1894, à l'exposition du Travail en 1895, remporte une médaille d'or à l'exposition industrielle de Marseille en 1893, un diplôme d'honneur à l'exposition des Amis des arts décoratifs de Nantes en 1896 ainsi qu'à l'exposition de la Céramique et des Arts du feu à Paris l'année suivante. Le céramiste prend ainsi pleinement part au renouveau des arts que connaissent alors l'Europe et plus largement le monde occidental. Ses pièces ne sont pas seulement exposées en France, mais à Bruxelles lors de l'exposition annuelle de « La Libre Esthétique » en 1895, à Liège la même année, à Saint-Pétersbourg en 1896 ou encore à Moscou en 1897. Il bénéficie d'un réseau de revendeurs de plus en plus important, parmi lesquels Siegfried Bing (1838-1905) qui ouvre la galerie L'Art nouveau en décembre 1895 à Paris, rue de Provence.
Après la mort de Voisin-Delacroix, il s'associe alors jusqu'en 1901 à Adèle Lesbros, qui lui apporte un soutien financier. Également collaborateur de Jean Coulon à partir de 1894, il connaît un beau succès avec ses grès flammés estampillés « à la Grenade ». Malgré cela, son entreprise connaît des difficultés financières récurrentes, ce qui l'oblige à orienter sa production vers des faïences plus classiques.
Il reçoit une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1900, ainsi que les insignes de chevalier de la Légion d'honneur. Il s'adjoint la collaboration de deux grands orfèvres, les joailliers parisiens Ernest Cardeilhac et Keller avec qui il va produire des pièces montées en bronze doré. Malgré cela, l'entreprise connaît toujours des difficultés et doit fermer en 1906. Pierre-Adrien Dalpayrat se retire alors dans sa ville natale où il meurt le 10 août 1910.
With a gentle gaze toward the sky, a delicately parted mouth, and hair encircled by a cap, the young man depicted on our mask is, as indicated by the signature on the back, the result of a collaboration between Dalpayrat and André Louis Adolphe Laoust, a French sculptor.
While the first revelation of Japanese art to Parisian artists was the print, ceramics remains undoubtedly the other most fruitful French enthusiasm, particularly for Dalpayrat. The Parisian collections he visited featured not only pots, but also masks, such as the one presented by the Sèvres Museum in 1876. In 1878, once again for the Universal Exhibition, the craze for Japonism was evident, particularly for stoneware tea ceremony pieces, which encouraged Pierre-Adrien Dalpayrat to create pieces with plant and animal forms. From the 1890s onwards, ceramists and glassmakers created a new style that broke with the past. Ceramics adopted organic and asymmetrical lines. Firing accidents, flame effects, and glaze drips formed abstract decorations that revolutionized the arts of fire.
Like Carriès, Dalpayrat was interested in the “uncanny strangeness” represented by masks in medieval Gothic art, Japanese theater, and the Commedia dell'Arte, as well as by sculptors fascinated by physiognomy, such as Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783), who studied both the grimaces of the human face and its analogies with the animal world.
But masks, or figures, also represented a new commercial field for Dalpayrat, which opened up when he joined forces with Adèle Lesbros. In 1894, during his first major exhibition at the Galerie Georges Petit, the Revue des Arts Décoratifs noted the diversification of his production. In Le Monde artiste, Pierre Sandoz praised the work of the two partners who “created from scratch a modern style with a rare personality.” Among other things, he noted “masks that look like beautifully patinated bronzes” and an “adorable child's head with such a gentle, truly innocent expression, emerging from a jumble of skillfully rendered fabrics.” "This time, Mr. Dalpayrat, more confident in his abilities, did not hesitate to ask the sculptor for his help and collaboration. The National Ceramics Museum in Sèvres acquired one of these heads, probably as a result of this exhibition. The following year, he presented a mask representing a Kabyle head.
Masks and children's heads were subjects that Jean Carriès and the ceramists who gravitated around him also used extensively during the same period.
Here, Laoust provided Dalpayrat, as he also regularly supplied Sèvres, with a model of a character very similar to one of his greatest successes: Lully as a child (figs. 1 and 2).
Fig. 1 : André Louis Adolphe Laoust (1843-1924), Fig. 2 : André Louis Adolphe Laoust (1843-1924),
Lully as a child 1902, porcelain, H. 50 cm, Lully as a child (detail), 1884-1886, bronze, H. 60 cm,
Lille, Palais des Beaux-Arts private collection
Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910), Mask of a Young Girl, circa 1893-1906, glazed stoneware, H. 18 cm, J.P.H. Collection, Switzerland
Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910), Mask of Dante, circa 1893-1906, glazed stoneware, H. 18 cm,
private collection
Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910), Mascaron, gray glazed sandstone with green patina, 8.3 x 7.5 x 3 inches, signed on the back, stamped with a burst pomegranate, Reims Museum.
André Louis Adolphe Laoust was a French sculptor born on September 16, 1843, in Douai and died on May 7, 1924, in Paris. A student of sculptor François Jouffroy at the École des Beaux-Arts in Paris, André Laoust exhibited at the Salon of 1868 and became a member of the Société des Artistes Français in 1885. In 1874, he and members of his family founded the Ateliers Laoust, which employed dozens of people over several generations. He won a silver medal at the 1889 World's Fair for his sculpture Chanteur indien, Ganaï (Indian Singer, Ganaï). Laoust designed sculptures for the Manufacture de Sèvres between 1891 and 1905. He was a sculpture teacher at the academic schools in Douai from 1892 to 1901. He won a silver medal for modeling at the academic school competitions in 1893.
Pierre-Adrien Dalpayrat was born on April 14, 1844, in Limoges. From 1859, he attended the drawing school, then the practical school of porcelain painting in Limoges. After completing his training, he joined the Jules Vieillard et Cie earthenware factory in Bordeaux, where he married Marie Tallerie on May 17, 1866. In 1873, he left the factory to return to Limoges, where he was hired by Léon Sazerat (1831-1891). In 1874, he hit the road again, working at the Ashwin earthenware factory in Valentine.
A year later, he joined the Fouquet earthenware factory in Toulouse. His daughter Julie was born there in 1878. He left Fouquet in 1876 or 1878 to manage François Blanc's factory in Monaco. In 1885, he accompanied Léopold Magnat and his wife. They left François Blanc and moved to Menton. After the earthquake of 1887 destroyed their workshop, he returned to Léon Sazerat in Limoges.
In 1889, he opened his own earthenware factory in Bourg-la-Reine. He first set up shop at nos. 5 and 7 Grande-Rue (now nos. 31 and 33 avenue du Général-Leclerc), where Jules Edouard and Ernest-Louis Carron's1 factory was also located, before moving to no. 9. It seems that he also lived at no. 22 Grande-Rue, before moving to no. 19 in 1895. Around 1889, he used the kiln of Jean-Charles Auboin (1731-1809) and his sons, other famous Bourg-la-Reine earthenware makers, also located at nos. 31 and 33, who worked with Pardoux, another Bourg-la-Reine ceramist, famous for his flamed, mottled stoneware. He employs his wife, Marie Tallerse, and their children Albert, Adolphe, Hippolyte and Paul.
He mastered stoneware and gave his name to “Dalpayrat red”. This shade made him internationally famous. He obtained it by using copper oxide and mastering the atmosphere, firing time and temperature to obtain unprecedented ox-blood red effects. In 1892, he signed a first collaboration contract with the sculptor Alphonse Voisin-Delacroix (1857-1893), and a second providing for mutual exclusivity for twelve years. His exhibition at the Galerie Georges Petit was a great success. In 1893, he met the Swedish artist Agnès de Frumerie (1896-1937), with whom he collaborated for some time, but their differences of character soon put an end to the collaboration.
That same year, he took part in the 1893 Exposition Universelle in Chicago. The collaboration with Voisin-Delacroix ended abruptly following the sculptor's death on April 2, 1893. Adrien Dalpayrat was a member of the jury at the Progrès exhibition in Paris in 1893, at the Book exhibition in 1894, at the Labor exhibition in 1895, won a gold medal at the Marseille industrial exhibition in 1893, an honorary diploma at the Friends of Decorative Arts exhibition in Nantes in 1896 and at the Ceramics and Fire Arts exhibition in Paris the following year. The ceramist thus played a full part in the revival of the arts that was taking place in Europe and the wider Western world. His pieces were exhibited not only in France, but also in Brussels at the annual “La Libre Esthétique” exhibition in 1895, in Liège the same year, in St. Petersburg in 1896 and in Moscow in 1897. He benefited from a growing network of dealers, including Siegfried Bing (1838-1905), who opened the gallery L'Art nouveau in December 1895 on rue de Provence in Paris.
After the death of Voisin-Delacroix, he went into partnership with Adèle Lesbros, who provided him with financial support until 1901. Also collaborating with Jean Coulon from 1894, he enjoyed great success with his flamed stoneware stamped “à la Grenade”. Despite this, his company experienced recurring financial difficulties, forcing him to shift production to more classical earthenware.
He was awarded a gold medal at the 1900 Exposition Universelle, as well as the insignia of Chevalier de la Légion d'Honneur. He enlisted the help of two great goldsmiths, the Parisian jewelers Ernest Cardeilhac and Keller, with whom he produced pieces mounted in gilded bronze. Despite this, the company continued to experience difficulties and was forced to close in 1906. Pierre-Adrien Dalpayrat retired to his hometown, where he died on August 10, 1910.
