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Pierre-Adrien Dalpayrat, Pichet anthropomorphe, circa 1893-1906

Pierre-Adrien Dalpayrat

Pichet anthropomorphe, circa 1893-1906
grès émaillé
15 x 20 cm.
5 7/8 x 7 7/8 in.
Demande d'information
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Rare témoignage de la collaboration entre Dalpayrat et son premier associé, Alphonse Voisin-Delacroix, notre pichet anthropomorphe à tête de faune s’inscrit dans le courant symboliste de l’époque. Débutée en 1892, l’association entre le céramiste et le sculpteur marque le point de départ de la grande carrière de Dalpayrat. Les premiers mois de l'année 1892 sont consacrés à la mise au point des procédés de fabrication, et en particulier des couvertes flammées rouge sang-de-bœuf, vert ou ivoire, qui feront la renommée du céramiste. Voisin-Delacroix conçoit les formes, les plus basiques comme les plus sculpturales, à l’instar de notre pichet. Adrien Dalpayrat semble rapidement maîtriser ses procédés techniques et doit être particulièrement satisfait des formes qu'il exécute pour qu'il écrive à son associé dans le courant de l'été 1892 : « Nous nous complétons d'une façon rare. » Forts de ces premiers résultats, les associés décident d'exposer à la Galerie Georges Petit au mois de décembre 1892 avec leur ami et peintre Chudant. Environ cinquante objets sont exposés dans la même salle que les peintures orientalistes de Chudant, « précieusement étalés sur des meubles d'art ou bien enfermés dans de vitrines décorées et sculptées par MM. Damon et Colin ». La variété des objets exposés témoigne déjà du large éventail de leur production, et le succès est au rendez-vous, largement relayé par la presse de l’époque. Les créations des associés sont ainsi à apprécier moins comme des objets usuels (vases, pichets, plats...) que comme de pures expressions artistiques colorées, des harmonies de couleurs que le feu a fait surgir sur la matière céramique. À l'instar des peintres et sculpteurs symbolistes, Dalpayrat et Voisin-Delacroix utilisent l'homme, l'animal et la nature dans leurs compositions. Ils se distinguent de nombre de leurs collègues par leur volonté de conférer à un simple vase un sens, un symbole, une idée métaphysique comme en témoignent les vases et vide-poche ornés d’animaux, de motifs végétaux. Dalpayrat est ainsi fasciné par les formes organiques, l’effet du temps sur les êtres et les choses vivants. Ces conséquences physiques deviennent sa préoccupation esthétique, qu'il s'agisse de la forme comme de la surface des objets qu'il conçoit. Il s'agit de sublimer les fruits de la nature, de montrer leur beauté intrinsèque en les figeant sous une glaçure sang-de-bœuf clairsemée de tâches jaunes, bleues, ou d'un gris anthracite. Le duo d’artiste prend fin prématurément en 1893 à la mort de Voisin-Delacroix mais Dalpayrat continuera de produire les formes imaginées par son ami. La production de grès artistiques, adulés par la critique, atteint son apogée à la fin des années 1890. Le critique d'art Louis de Fourcaud loue la beauté des œuvres exposées au Salon chaque année dans la Revue des arts décoratifs : « M. Dalpayrat et Mme Lesbros ont exposé ensemble des pots, des vases, des cruches où de beaux bleus et de beaux violets forment, avec un rouge de rare intensité, comme les effilés d'inégales franges ou comme des jaspures où les vives couleurs se sont mutuellement et splendidement éclaboussées ! » Un pichet du même modèle est conservé dans une collection privée et reproduit dans l’ouvrage d’Horst Makus (fig.1) : Fig. 1 : Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910), Pichet avec anse en forme de faune, circa 1893-1906, grès émaillé, H. 13 cm, collection particulière Pierre-Adrien Dalpayrat nait le 14 avril 1844 à Limoges. Il fréquente à partir de 1859 l'école de dessin, puis l'école pratique de peinture sur porcelaine de Limoges. Cette formation acquise, il entre à la faïencerie Jules Vieillard et Cie à Bordeaux, ville où il épouse Marie Tallerie le 17 mai 1866. En 1873, il quitte cette fabrique pour rentrer à Limoges où il est embauché chez Léon Sazerat (1831-1891). En 1874, il reprend la route et travaille aux faïenceries Ashwin à Valentine. Un an après, il entre à la faïencerie Fouquet à Toulouse. Sa fille Julie naquit dans cette ville en 1878. Il quitte cette faïencerie en 1876 ou en 1878 pour prendre la direction de la fabrique de François Blanc à Monaco. En 1885, il accompagne Léopold Magnat et sa femme. Ils quittent François Blanc et vont s'installer à Menton.Après le tremblement de terre de 1887 qui détruit leur atelier, il retourne chez Léon Sazerat à Limoges. En 1889, il ouvre sa propre faïencerie à Bourg-la-Reine. Il s'installe d'abord aux nos 5 et 7 Grande-Rue (actuels nos 31 et 33 avenue du Général-Leclerc), où se trouve également la fabrique de Jules Edouard et d'Ernest-Louis Carron1, puis ils annexeront le no 9. Il semble qu'il ait également demeuré au no 22 Grande-Rue pour déménager en 1895 au no 19. Vers 1889, il utilise le four de Jean-Charles Auboin (1731-1809) et de ses fils, autres faïenciers célèbres de Bourg-la-Reine, également installés aux nos 31 et 33, et qui travaillent avec Pardoux, autre céramiste de Bourg-la-Reine, célèbre pour ses grès flambés jaspés. Il emploie son épouse, Marie Tallerse, et leurs enfants Albert, Adolphe, Hippolyte et Paul. Il acquiert une maîtrise du travail du grès et donne son nom au « rouge Dalpayrat ». Cette nuance fit sa renommée internationale. Il l'obtient en utilisant l'oxyde de cuivre et en maîtrisant l’atmosphère, la durée de cuisson, ainsi que la température pour obtenir des effets inédits d'une teinte rouge sang de bœuf. En 1892, il signe un premier contrat de collaboration avec le sculpteur Alphonse Voisin-Delacroix (1857-1893) et un second prévoyant une exclusivité réciproque pour une durée de douze ans. Il remporte un grand succès lors de l'exposition de ses œuvres à la galerie Georges Petit. En 1893, il fait la connaissance de la suédoise Agnès de Frumerie (1896-1937) avec qui il va collaborer quelque temps, mais les différences de caractère vont mettre un terme rapide à cette collaboration. Cette même année, il participe à l'Exposition universelle de 1893 à Chicago. La collaboration avec Voisin-Delacroix va cesser brusquement à la suite de la mort du sculpteur, le 2 avril 1893. Adrien Dalpayrat est successivement membre du jury à l'exposition du Progrès à Paris en 1893, à l'exposition du Livre en 1894, à l'exposition du Travail en 1895, remporte une médaille d'or à l'exposition industrielle de Marseille en 1893, un diplôme d'honneur à l'exposition des Amis des arts décoratifs de Nantes en 1896 ainsi qu'à l'exposition de la Céramique et des Arts du feu à Paris l'année suivante. Le céramiste prend ainsi pleinement part au renouveau des arts que connaissent alors l'Europe et plus largement le monde occidental. Ses pièces ne sont pas seulement exposées en France, mais à Bruxelles lors de l'exposition annuelle de « La Libre Esthétique » en 1895, à Liège la même année, à Saint-Pétersbourg en 1896 ou encore à Moscou en 1897. Il bénéficie d'un réseau de revendeurs de plus en plus important, parmi lesquels Siegfried Bing (1838-1905) qui ouvre la galerie L'Art nouveau en décembre 1895 à Paris, rue de Provence. Après la mort de Voisin-Delacroix, il s'associe alors jusqu'en 1901 à Adèle Lesbros, qui lui apporte un soutien financier. Également collaborateur de Jean Coulon à partir de 1894, il connaît un beau succès avec ses grès flammés estampillés « à la Grenade ». Malgré cela, son entreprise connaît des difficultés financières récurrentes, ce qui l'oblige à orienter sa production vers des faïences plus classiques. Il reçoit une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1900, ainsi que les insignes de chevalier de la Légion d'honneur. Il s'adjoint la collaboration de deux grands orfèvres, les joailliers parisiens Ernest Cardeilhac et Keller avec qui il va produire des pièces montées en bronze doré. Malgré cela, l'entreprise connaît toujours des difficultés et doit fermer en 1906. Pierre-Adrien Dalpayrat se retire alors dans sa ville natale où il meurt le 10 août 1910.
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A rare example of the collaboration between Dalpayrat and his first partner, Alphonse Voisin-Delacroix, our frog inkwell is part of the Symbolist movement of the time. Begun in 1892, the partnership between the ceramist and the sculptor marked the starting point of Dalpayrat's great career. The first months of 1892 were devoted to perfecting the manufacturing processes, and particularly the sanguine-red, green and ivory flamed glazes for which the ceramist was so famous. Voisin-Delacroix designs shapes, from the most basic to the most sculptural, like our inkwell. Adrien Dalpayrat quickly seems to have mastered his technical processes and must be particularly pleased with the shapes he creates for him to write to his associate in the summer of 1892: “We complement each other in a rare way.” Encouraged by these initial results, the partners decided to exhibit at the Galerie Georges Petit in December 1892, together with their friend and painter Chudant. Around fifty objects were exhibited in the same room as Chudant's orientalist paintings, “preciously displayed on art furniture or enclosed in showcases decorated and sculpted by Messrs Damon and Colin”. The variety of objects on display already testifies to the wide range of their production, and the show was a great success, widely reported by the press of the time. The associates' creations are therefore to be appreciated less as everyday objects (vases, pitchers, dishes...) than as pure, colorful artistic expressions, harmonies of color that fire has brought to bear on the ceramic material. Like the Symbolist painters and sculptors, Dalpayrat and Voisin-Delacroix use man, animal and nature in their compositions. They differed from many of their colleagues in their desire to give a simple vase a meaning, a symbol, a metaphysical idea, as demonstrated by the vases and voids decorated with animals and sometimes macabre scenes. The artistic duo came to a premature end in 1893 with the death of Voisin-Delacroix, but Dalpayrat continued to produce the shapes imagined by his friend. Dalpayrat's critically acclaimed artistic stoneware production reached its peak in the late 1890s. Art critic Louis de Fourcaud praised the beauty of the works exhibited at the Salon each year in the Revue des arts décoratifs: “M. Dalpayrat and Mme Lesbros exhibited together pots, vases, jugs where beautiful blues and purples form, with a red of rare intensity, like the tapers of unequal bangs or like jaspures where the vivid colors have mutually and splendidly splashed!” A pitcher of the same model is kept in a private collection and reproduced in Horst Makus' book (fig. 1): Fig. 1: Pierre-Adrien Dalpayrat (1844–1910), Pitcher with handle in the shape of a faun, circa 1893–1906, glazed stoneware, H. 13 cm, private collection Pierre-Adrien Dalpayrat was born on April 14, 1844, in Limoges. From 1859, he attended the drawing school, then the practical school of porcelain painting in Limoges. After completing his training, he joined the Jules Vieillard et Cie earthenware factory in Bordeaux, where he married Marie Tallerie on May 17, 1866. In 1873, he left the factory to return to Limoges, where he was hired by Léon Sazerat (1831-1891). In 1874, he hit the road again, working at the Ashwin earthenware factory in Valentine. A year later, he joined the Fouquet earthenware factory in Toulouse. His daughter Julie was born there in 1878. He left Fouquet in 1876 or 1878 to manage François Blanc's factory in Monaco. In 1885, he accompanied Léopold Magnat and his wife. They left François Blanc and moved to Menton. After the earthquake of 1887 destroyed their workshop, he returned to Léon Sazerat in Limoges. In 1889, he opened his own earthenware factory in Bourg-la-Reine. He first set up shop at nos. 5 and 7 Grande-Rue (now nos. 31 and 33 avenue du Général-Leclerc), where Jules Edouard and Ernest-Louis Carron's1 factory was also located, before moving to no. 9. It seems that he also lived at no. 22 Grande-Rue, before moving to no. 19 in 1895. Around 1889, he used the kiln of Jean-Charles Auboin (1731-1809) and his sons, other famous Bourg-la-Reine earthenware makers, also located at nos. 31 and 33, who worked with Pardoux, another Bourg-la-Reine ceramist, famous for his flamed, mottled stoneware. He employs his wife, Marie Tallerse, and their children Albert, Adolphe, Hippolyte and Paul. He mastered stoneware and gave his name to “Dalpayrat red”. This shade made him internationally famous. He obtained it by using copper oxide and mastering the atmosphere, firing time and temperature to obtain unprecedented ox-blood red effects. In 1892, he signed a first collaboration contract with the sculptor Alphonse Voisin-Delacroix (1857-1893), and a second providing for mutual exclusivity for twelve years. His exhibition at the Galerie Georges Petit was a great success. In 1893, he met the Swedish artist Agnès de Frumerie (1896-1937), with whom he collaborated for some time, but their differences of character soon put an end to the collaboration. That same year, he took part in the 1893 Exposition Universelle in Chicago. The collaboration with Voisin-Delacroix ended abruptly following the sculptor's death on April 2, 1893. Adrien Dalpayrat was a member of the jury at the Progrès exhibition in Paris in 1893, at the Book exhibition in 1894, at the Labor exhibition in 1895, won a gold medal at the Marseille industrial exhibition in 1893, an honorary diploma at the Friends of Decorative Arts exhibition in Nantes in 1896 and at the Ceramics and Fire Arts exhibition in Paris the following year. The ceramist thus played a full part in the revival of the arts that was taking place in Europe and the wider Western world. His pieces were exhibited not only in France, but also in Brussels at the annual “La Libre Esthétique” exhibition in 1895, in Liège the same year, in St. Petersburg in 1896 and in Moscow in 1897. He benefited from a growing network of dealers, including Siegfried Bing (1838-1905), who opened the gallery L'Art nouveau in December 1895 on rue de Provence in Paris. After the death of Voisin-Delacroix, he went into partnership with Adèle Lesbros, who provided him with financial support until 1901. Also collaborating with Jean Coulon from 1894, he enjoyed great success with his flamed stoneware stamped “à la Grenade”. Despite this, his company experienced recurring financial difficulties, forcing him to shift production to more classical earthenware. He was awarded a gold medal at the 1900 Universal Exhibition, as well as the insignia of Chevalier de la Légion d'Honneur. He enlisted the help of two great goldsmiths, the Parisian jewelers Ernest Cardeilhac and Keller, with whom he produced pieces mounted in gilded bronze. Despite this, the company continued to experience difficulties and was forced to close in 1906. Pierre-Adrien Dalpayrat retired to his hometown, where he died on August 10, 1910.
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Provenance

collection particulière

Literature

Horst Makus & al., Adrien Dalpayrat – Céramique française de l’Art Nouveau, 1998, Arnoldsche, , n. 84, p. 142
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