Pierre-Adrien Dalpayrat
Vase long avec montures, circa 1900
grès émaillé et étain
height 42.5 cm.
height 16 3/4 in.
height 16 3/4 in.
Parmi la production la plus rare de Dalpayrat, notre vase est un magnifique témoignage de l’Art Nouveau par Dalpayrat. Il combine une forme encore organique inspirée des coloquintes avec ce décor de « côtes » et une monture en étain tout en courbes et motifs floraux typiques de l’Art Nouveau, et présente surtout un émail « rouge sang de bœuf » si typique de Dalpayrat.
À l'instar des peintres et sculpteurs symbolistes, Dalpayrat utilise l'homme, l'animal et la nature dans ses compositions. Il se distinguent de nombre de ses collègues par sa volonté de conférer à un simple vase un sens, un symbole, une idée métaphysique comme en témoignent les vases et vide-poche ornés d’animaux, de motifs végétaux. Dalpayrat est ainsi fasciné par les formes organiques, l’effet du temps sur les êtres et les choses vivants. Ces conséquences physiques deviennent sa préoccupation esthétique, qu'il s'agisse de la forme comme de la surface des objets qu'il conçoit. Il s'agit de sublimer les fruits de la nature, de montrer leur beauté intrinsèque en les figeant sous une glaçure sang-de-bœuf clairsemée de tâches jaunes, bleues, ou d'un gris anthracite. La glaçure, recouvrant la forme, avec ses coulures, ses accidents, ses contrastes, forment le décor du vase.
Si la première révélation de l'art japonais pour les artistes parisiens fut l'estampe, la céramique fut sans doute l'autre enthousiasme français le plus fécond, notamment pour Dalpayrat. Les collections parisiennes qu'il visite présentent non seulement des pots, mais aussi des masques, comme celui exposé au musée de Sèvres dès 1876. En 1878, toujours à l'occasion de l'Exposition universelle, l'engouement pour le Japon se révèle, notamment pour les pièces de cérémonie du thé en grès, ce qui incite Pierre-Adrien Dalpayrat à créer des pièces aux formes végétales et animales. A partir des années 1890, céramistes et verriers créent un nouveau style, en rupture avec le passé. La céramique adopte des lignes organiques et asymétriques. Les accidents de cuisson, les effets de flamme et les coulures de glaçure créent des décors abstraits qui révolutionnent l'art du feu.
L’émail rouge sang de boeuf est l’une des signatures de Pierre-Adrien Dalpayrat, à tel point qu’on le nomme souvent « rouge Dalpayrat ». Le céramiste, que son travail à la frontière de l’art nouveau et de ceux d’Extrême-Orient a rendu célèbre, pouvait se vanter d’avoir percé le mystère de cette fascinante couleur, maîtrisée depuis des siècles par les Chinois. Il réussit en effet à obtenir cette teinte et ces effets flammés sur un grès pourtant très résistant, grâce à l’oxydation du cuivre ainsi qu’à une maîtrise parfaite de l’atmosphère et de la durée de cuisson. Au-delà du rouge apparaissent des nuances de vert ou de gris de plomb, qui offrent de la profondeur à la pièce. Cette invention sera plusieurs fois saluée, notamment aux Expositions universelles et au Salon de la Société nationale des beaux-arts, mais aussi à la galerie Georges Petit.
La production de grès artistiques, adulés par la critique, atteint son apogée à la fin des années 1890. Le critique d'art Louis de Fourcaud loue la beauté des œuvres exposées au Salon chaque année dans la Revue des arts décoratifs :
« M. Dalpayrat et Mme Lesbros ont exposé ensemble des pots, des vases, des cruches où de beaux bleus et de beaux violets forment, avec un rouge de rare intensité, comme les effilés d'inégales franges ou comme des jaspures où les vives couleurs se sont mutuellement et splendidement éclaboussées ! »
Vers la fin du XIXe siècle, Dalpayrat bénéficie d'un réseau croissant de marchands, dont Samuel Siegfried Bing (1838-1905), qui ouvre en décembre 1895 la galerie L'Art nouveau, rue de Provence à Paris. Soucieux d'abolir les frontières entre arts majeurs et arts mineurs, Siegfried Bing souhaite montrer l'incroyable élan créatif que reflètent les créations les plus récentes des sculpteurs, des peintres et des artisans d'Europe et des Etats-Unis. Celui qui s'est d'abord fait connaître en Europe et outre-Atlantique comme marchand spécialisé dans l'art asiatique entend désormais soutenir la création contemporaine. Adrien Dalpayrat fait naturellement partie des céramistes sélectionnés par Bing. A la demande de Samuel Siegfried Bing, plusieurs artistes, dont le designer Edward Colonna, l'orfèvre Ernest Cadeilhac, Alfred Féou et Keller, ont conçu des modèles et des montures métalliques pour les grès de Dalpayrat.
Un vase très similaire mais non monté est conservé dans la collection de Peter Marino :
Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910), Vase, circa 1896-1900, grès émaillé, H. 42,5 cm,
Collection Peter Marino
Pierre-Adrien Dalpayrat nait le 14 avril 1844 à Limoges. Il fréquente à partir de 1859 l'école de dessin, puis l'école pratique de peinture sur porcelaine de Limoges. Cette formation acquise, il entre à la faïencerie Jules Vieillard et Cie à Bordeaux, ville où il épouse Marie Tallerie le 17 mai 1866. En 1873, il quitte cette fabrique pour rentrer à Limoges où il est embauché chez Léon Sazerat (1831-1891). En 1874, il reprend la route et travaille aux faïenceries Ashwin à Valentine.
Un an après, il entre à la faïencerie Fouquet à Toulouse. Sa fille Julie naquit dans cette ville en 1878. Il quitte cette faïencerie en 1876 ou en 1878 pour prendre la direction de la fabrique de François Blanc à Monaco. En 1885, il accompagne Léopold Magnat et sa femme. Ils quittent François Blanc et vont s'installer à Menton.Après le tremblement de terre de 1887 qui détruit leur atelier, il retourne chez Léon Sazerat à Limoges.
En 1889, il ouvre sa propre faïencerie à Bourg-la-Reine. Il s'installe d'abord aux nos 5 et 7 Grande-Rue (actuels nos 31 et 33 avenue du Général-Leclerc), où se trouve également la fabrique de Jules Edouard et d'Ernest-Louis Carron1, puis ils annexeront le no 9. Il semble qu'il ait également demeuré au no 22 Grande-Rue pour déménager en 1895 au no 19. Vers 1889, il utilise le four de Jean-Charles Auboin (1731-1809) et de ses fils, autres faïenciers célèbres de Bourg-la-Reine, également installés aux nos 31 et 33, et qui travaillent avec Pardoux, autre céramiste de Bourg-la-Reine, célèbre pour ses grès flambés jaspés. Il emploie son épouse, Marie Tallerse, et leurs enfants Albert, Adolphe, Hippolyte et Paul.
Il acquiert une maîtrise du travail du grès et donne son nom au « rouge Dalpayrat ». Cette nuance fit sa renommée internationale. Il l'obtient en utilisant l'oxyde de cuivre et en maîtrisant l’atmosphère, la durée de cuisson, ainsi que la température pour obtenir des effets inédits d'une teinte rouge sang de bœuf. En 1892, il signe un premier contrat de collaboration avec le sculpteur Alphonse Voisin-Delacroix (1857-1893) et un second prévoyant une exclusivité réciproque pour une durée de douze ans. Il remporte un grand succès lors de l'exposition de ses œuvres à la galerie Georges Petit. En 1893, il fait la connaissance de la suédoise Agnès de Frumerie (1896-1937) avec qui il va collaborer quelque temps, mais les différences de caractère vont mettre un terme rapide à cette collaboration.
Cette même année, il participe à l'Exposition universelle de 1893 à Chicago. La collaboration avec Voisin-Delacroix va cesser brusquement à la suite de la mort du sculpteur, le 2 avril 1893. Il s'associe alors jusqu'en 1901 à Adèle Lesbros, qui lui apporte un soutien financier. Également collaborateur de Jean Coulon à partir de 1894, il connaît un beau succès avec ses grès flammés estampillés « à la Grenade ». Malgré cela, son entreprise connaît des difficultés financières récurrentes, ce qui l'oblige à orienter sa production vers des faïences plus classiques. Le 16 avril 1898, il marie sa fille, Julie à Paul Martial Dalpayrat, un cousin miroitier, à la mairie de Bourg-la-Reine.
Il reçoit une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1900, ainsi que les insignes de chevalier de la Légion d'honneur. Il s'adjoint la collaboration de deux grands orfèvres, les joailliers parisiens Ernest Cardeilhac et Keller avec qui il va produire des pièces montées en bronze doré. Malgré cela, l'entreprise connaît toujours des difficultés et doit fermer en 1906. Pierre-Adrien Dalpayrat se retire alors dans sa ville natale où il meurt le 10 août 1910.
One of Dalpayrat’s rarest pieces, our vase is a magnificent example of Dalpayrat’s Art Nouveau style. It combines an organic shape inspired by coloquintes with a “ribbed” design and a pewter mount featuring the curves and floral motifs typical of Art Nouveau, and—above all—boasts the “oxblood red” enamel so characteristic of Dalpayrat.
Like the Symbolist painters and sculptors, Dalpayrat uses humans, animals, and nature in his compositions. He stands out from many of his colleagues in his desire to give a simple vase meaning, symbolism, and a metaphysical idea, as evidenced by his vases and trinket dishes decorated with animals and plant motifs. Dalpayrat was fascinated by organic forms and the effect of time on living beings and things. These physical consequences became his aesthetic concern, whether in terms of the form or the surface of the objects he designed. The aim was to sublimate the fruits of nature, to show their intrinsic beauty by freezing them under a blood-red glaze dotted with yellow, blue, or anthracite gray spots. The glaze, covering the form with its drips, accidents, and contrasts, formed the decoration of the vase.
While the first revelation of Japanese art for Parisian artists was the print, ceramics was undoubtedly the other most fruitful French enthusiasm, particularly for Dalpayrat. The Parisian collections he visited featured not only pots, but also masks, such as the one exhibited at the Sèvres Museum in 1876. In 1878, again on the occasion of the Universal Exhibition, the craze for Japan became apparent, particularly for stoneware tea ceremony pieces, which inspired Pierre-Adrien Dalpayrat to create pieces with plant and animal forms. From the 1890s onwards, ceramists and glassmakers created a new style that broke with the past. Ceramics adopted organic and asymmetrical lines. Firing accidents, flame effects, and glaze drips created abstract decorations that revolutionized the art of fire.
The blood-red enamel is one of Pierre-Adrien Dalpayrat's signature features, so much so that it is often referred to as “Dalpayrat red.” The ceramist, who became famous for his work at the crossroads of Art Nouveau and Far Eastern art, could boast of having unlocked the mystery of this fascinating color, mastered for centuries by the Chinese. He succeeded in obtaining this shade and these flamed effects on a very resistant stoneware, thanks to the oxidation of copper and a perfect mastery of the atmosphere and firing time. Beyond the red, shades of green or lead gray appear, giving the piece depth. This invention was praised on several occasions, notably at the World's Fairs and the Salon de la Société nationale des beaux-arts, as well as at the Georges Petit gallery.
The production of artistic stoneware, adored by critics, reached its peak in the late 1890s. Art critic Louis de Fourcaud praised the beauty of the works exhibited at the Salon each year in the Revue des arts décoratifs:
"Mr. Dalpayrat and Mrs. Lesbros exhibited together pots, vases, and jugs in which beautiful blues and purples, together with a red of rare intensity, form what look like uneven fringes or jasper where the bright colors have splashed each other splendidly! "
Towards the end of the 19th century, Dalpayrat benefited from a growing network of dealers, including Samuel Siegfried Bing (1838-1905), who opened the L'Art Nouveau gallery on Rue de Provence in Paris in December 1895. Keen to break down the barriers between the major and minor arts, Siegfried Bing wanted to showcase the incredible creative energy reflected in the latest works by sculptors, painters, and artisans from Europe and the United States. Having first made a name for himself in Europe and across the Atlantic as a dealer specializing in Asian art, he now sought to support contemporary creation. Adrien Dalpayrat was naturally among the ceramists selected by Bing. At the request of Samuel Siegfried Bing, several artists, including designer Edward Colonna, goldsmith Ernest Cadeilhac, Alfred Féou, and Keller, designed models and metal mounts for Dalpayrat's stoneware.
A very similar vase, though unmounted, is part of Peter Marino's collection:
Pierre-Adrien Dalpayrat (1844–1910), Vase, circa 1896–1900, glazed stoneware, H. 42.5 cm,
Peter Marino Collection
Pierre-Adrien Dalpayrat was born on April 14, 1844, in Limoges. From 1859, he attended the drawing school, then the practical school of porcelain painting in Limoges. After completing his training, he joined the Jules Vieillard et Cie earthenware factory in Bordeaux, where he married Marie Tallerie on May 17, 1866. In 1873, he left the factory to return to Limoges, where he was hired by Léon Sazerat (1831-1891). In 1874, he hit the road again, working at the Ashwin earthenware factory in Valentine.
A year later, he joined the Fouquet earthenware factory in Toulouse. His daughter Julie was born there in 1878. He left Fouquet in 1876 or 1878 to manage François Blanc's factory in Monaco. In 1885, he accompanied Léopold Magnat and his wife. They left François Blanc and moved to Menton. After the earthquake of 1887 destroyed their workshop, he returned to Léon Sazerat in Limoges.
In 1889, he opened his own earthenware factory in Bourg-la-Reine. He first set up shop at nos. 5 and 7 Grande-Rue (now nos. 31 and 33 avenue du Général-Leclerc), where Jules Edouard and Ernest-Louis Carron's1 factory was also located, before moving to no. 9. It seems that he also lived at no. 22 Grande-Rue, before moving to no. 19 in 1895. Around 1889, he used the kiln of Jean-Charles Auboin (1731-1809) and his sons, other famous Bourg-la-Reine earthenware makers, also located at nos. 31 and 33, who worked with Pardoux, another Bourg-la-Reine ceramist, famous for his flamed, mottled stoneware. He employs his wife, Marie Tallerse, and their children Albert, Adolphe, Hippolyte and Paul.
He mastered stoneware and gave his name to “Dalpayrat red”. This shade made him internationally famous. He obtained it by using copper oxide and mastering the atmosphere, firing time and temperature to obtain unprecedented ox-blood red effects. In 1892, he signed a first collaboration contract with the sculptor Alphonse Voisin-Delacroix (1857-1893), and a second providing for mutual exclusivity for twelve years. His exhibition at the Galerie Georges Petit was a great success. In 1893, he met the Swedish artist Agnès de Frumerie (1896-1937), with whom he collaborated for some time, but their differences of character soon put an end to the collaboration.
That same year, he took part in the 1893 Exposition Universelle in Chicago. The collaboration with Voisin-Delacroix ended abruptly following the sculptor's death on April 2, 1893. Adrien Dalpayrat was a member of the jury at the Progrès exhibition in Paris in 1893, at the Book exhibition in 1894, at the Labor exhibition in 1895, won a gold medal at the Marseille industrial exhibition in 1893, an honorary diploma at the Friends of Decorative Arts exhibition in Nantes in 1896 and at the Ceramics and Fire Arts exhibition in Paris the following year. The ceramist thus played a full part in the revival of the arts that was taking place in Europe and the wider Western world. His pieces were exhibited not only in France, but also in Brussels at the annual “La Libre Esthétique” exhibition in 1895, in Liège the same year, in St. Petersburg in 1896 and in Moscow in 1897. He benefited from a growing network of dealers, including Siegfried Bing (1838-1905), who opened the gallery L'Art nouveau in December 1895 on rue de Provence in Paris.
After the death of Voisin-Delacroix, he went into partnership with Adèle Lesbros, who provided him with financial support until 1901. Also collaborating with Jean Coulon from 1894, he enjoyed great success with his flamed stoneware stamped “à la Grenade”. Despite this, his company experienced recurring financial difficulties, forcing him to shift production to more classical earthenware.
He was awarded a gold medal at the 1900 Exposition Universelle, as well as the insignia of Chevalier de la Légion d'Honneur. He enlisted the help of two great goldsmiths, the Parisian jewelers Ernest Cardeilhac and Keller, with whom he produced pieces mounted in gilded bronze. Despite this, the company continued to experience difficulties and was forced to close in 1906. Pierre-Adrien Dalpayrat retired to his hometown, where he died on August 10, 1910.
