François Fontelle
Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche costumés en chevalier Roger et Angélique, Versailles, 1664
Marbre blanc
Louis XIV : H. 52 cm ; L. 39 cm ; P. 20 cm – Marie-Thérèse : H. 54,5 cm ; L. 37 cm ; P. 20 cm
Louis XIV: H. 20 1/2 in ; W. 15 3/8 in ; D. 7 7/8 in – Marie-Thérèse: H. 21 1/2 in ; W. 14 5/8 in ; D. 7 7/8 in
Louis XIV: H. 20 1/2 in ; W. 15 3/8 in ; D. 7 7/8 in – Marie-Thérèse: H. 21 1/2 in ; W. 14 5/8 in ; D. 7 7/8 in
Nos bustes présentent un couple revêtu de costumes richement ornés, tandis que leurs visages semblent être de fidèles portraits. Des portraits peints et dessinés permettent en effet d'identifier ces précieux...
Nos bustes présentent un couple revêtu de costumes richement ornés, tandis que leurs visages semblent être de fidèles portraits. Des portraits peints et dessinés permettent en effet d'identifier ces précieux bustes en marbre comme le jeune roi Louis XIV et son épouse, la reine Marie-Thérèse d'Autriche, vers 1664.
L'iconographie de nos bustes est cependant bien singulière, loin des représentations solennelles et majestueuses qui fondent l'iconographie royale de Louis XIV. Le roi et la reine sont ici richement costumés : Louis XIV porte une coiffe à l'orientale, des boucles d'oreille, une ceinture ouvragée et un large collier orné d'un soleil rayonnant. Un voile sur sa chevelure ornée de perles, Marie-Thérèse porte une longue robe plissée et est enserrée par des chaînes. Les portraits sont sculptés avec un luxe de détails, soulignant les différentes étoffes, les rangs de perles et les bijoux précieux. Leur relative étroitesse d'épaules, encore caractéristique du style Louis XIII, laisse penser qu'ils devaient être placés sous niche, au sein d'un décor architectural. Ce style de transition entre le style Louis XIII et le classicisme versaillais qui marquera le règne de Louis XIV, ainsi que la fantaisie encore permise dans la représentation de l'image du roi, permettent de dater ces bustes du début des années 1660.
Reste à comprendre leur iconographie fabuleuse. Le goût de Louis XIV pour le théâtre, les ballets et les costumes est largement documenté ; le roi pratiquait la danse avec ardeur, suivait l'enseignement de Pierre Beauchamp, maître de ballet et compositeur, et se produisit en public pour la première fois à l'âge de treize ans. En 1653, âgé de quinze ans, il endosse le rôle régalien du Soleil levant dans le Ballet royal de la Nuit. La représentation publique au théâtre du Petit-Bourbon est un événement important de la cour, auquel assistent Anne d'Autriche et le cardinal Mazarin. Louis XIV s'émancipe ainsi de la Régence et se présente comme un personnage public, tout en mettant en scène de manière allégorique, à travers son incarnation du soleil, son pouvoir absolu sur le monde. Jusqu'en 1670, le roi monte régulièrement sur scène, que ce soit en « ardent » (c'est-à-dire entouré de flammes), en Égyptien lors de la première représentation du Mariage forcé de Molière et Lully le 29 janvier 1664, ou encore en Renaud dans le ballet Les Amours déguisés de Lully, dans lequel la reine Marie-Thérèse tint le rôle de Proserpine. Le roi participe en tout à vingt-sept ballets, en plus des fêtes costumées et des bals masqués qu'il donne à sa cour.
Ainsi, du 7 au 12 mai 1664, toute la cour est réunie à Versailles pour Les Plaisirs de l'île enchantée. Le thème est tiré d'un épisode du Roland furieux de l'Arioste, dans lequel le chevalier Roger, retenu prisonnier dans un palais de plaisirs par la magicienne Alcine, parvient à s'enfuir pour délivrer de ses chaînes Angélique, reine d'Orient prisonnière d'un monstre. Pendant ces six jours de fêtes somptueuses se succèdent sans interruption défilés d'animaux exotiques, parades déguisées, tournois de chevalerie, jeux, feux d'artifice, ménagerie exotique, concerts de Jean-Baptiste Lully et représentations théâtrales organisées par Molière. Outre le divertissement de la cour, ces festivités ont pour but de construire le mythe de la personne du roi. L'identification du roi et de son palais de Versailles à un monde fabuleux est formulée dès les premières lignes du recueil : « C'est un château qu'on peut nommer palais enchanté, tant les ajustements de l'art ont bien secondé les soins que la Nature a pris pour le rendre parfait. (…) L'or et le marbre y disputent de beauté et d'éclat. » Au premier jour des festivités, le roi, déguisé en chevalier Roger, prend la tête d'un carrousel ; un magnifique char d'Apollon, les comédiens et les membres de la haute noblesse défilent à sa suite.
Lors de ces festivités qui réunissent quelque six cents invités issus de la noblesse, le roi organise, physiquement et symboliquement, la cour autour de sa personne et démontre son pouvoir absolu sur chacun de ses sujets. Afin d'en garder la mémoire, un recueil de quatorze gravures d'Israël Silvestre accompagnées de textes de Félibien ainsi que les livrets des spectacles sont publiés par ordre du roi, tandis que les gazettes s'en font l'écho.
Pour mener à bien ces festivités grandioses, le département des Menus Plaisirs du roi, chargé d'organiser et de produire les fêtes de la cour, s'associe aux Bâtiments du roi, qui administrent les travaux et le mécénat. Cette puissante organisation, entièrement tournée vers la célébration de la personne royale, structure pour la première fois et de manière moderne l'économie et la production des divertissements. Les moyens déployés pour cette semaine de fêtes furent considérables, comme en témoignent les représentations du char d'Apollon conduit par le Temps, qui suivait le roi déguisé en Roger lors du carrousel de la première journée.
Nos bustes, destinés à compléter, ou peut-être à commémorer, le magnifique décor érigé pour Les Plaisirs de l'île enchantée, sont de la main d'un sculpteur et décorateur employé aux Menus Plaisirs du roi. Ils sont caractéristiques de la première école versaillaise sous Louis XIV, marquant la transition avec le style Louis XIII. L'étroitesse des épaules et la fantaisie encore permise dans la représentation du roi permettent de les dater du début des années 1660. François Fontelle effectua la majeure partie de sa carrière à Versailles sous le règne de Louis XIV, au service des Menus Plaisirs du roi ; le musée du château de Versailles conserve de lui deux médaillons en marbre représentant le roi et le peintre Antoine Meusnier.
L'iconographie de nos bustes est cependant bien singulière, loin des représentations solennelles et majestueuses qui fondent l'iconographie royale de Louis XIV. Le roi et la reine sont ici richement costumés : Louis XIV porte une coiffe à l'orientale, des boucles d'oreille, une ceinture ouvragée et un large collier orné d'un soleil rayonnant. Un voile sur sa chevelure ornée de perles, Marie-Thérèse porte une longue robe plissée et est enserrée par des chaînes. Les portraits sont sculptés avec un luxe de détails, soulignant les différentes étoffes, les rangs de perles et les bijoux précieux. Leur relative étroitesse d'épaules, encore caractéristique du style Louis XIII, laisse penser qu'ils devaient être placés sous niche, au sein d'un décor architectural. Ce style de transition entre le style Louis XIII et le classicisme versaillais qui marquera le règne de Louis XIV, ainsi que la fantaisie encore permise dans la représentation de l'image du roi, permettent de dater ces bustes du début des années 1660.
Reste à comprendre leur iconographie fabuleuse. Le goût de Louis XIV pour le théâtre, les ballets et les costumes est largement documenté ; le roi pratiquait la danse avec ardeur, suivait l'enseignement de Pierre Beauchamp, maître de ballet et compositeur, et se produisit en public pour la première fois à l'âge de treize ans. En 1653, âgé de quinze ans, il endosse le rôle régalien du Soleil levant dans le Ballet royal de la Nuit. La représentation publique au théâtre du Petit-Bourbon est un événement important de la cour, auquel assistent Anne d'Autriche et le cardinal Mazarin. Louis XIV s'émancipe ainsi de la Régence et se présente comme un personnage public, tout en mettant en scène de manière allégorique, à travers son incarnation du soleil, son pouvoir absolu sur le monde. Jusqu'en 1670, le roi monte régulièrement sur scène, que ce soit en « ardent » (c'est-à-dire entouré de flammes), en Égyptien lors de la première représentation du Mariage forcé de Molière et Lully le 29 janvier 1664, ou encore en Renaud dans le ballet Les Amours déguisés de Lully, dans lequel la reine Marie-Thérèse tint le rôle de Proserpine. Le roi participe en tout à vingt-sept ballets, en plus des fêtes costumées et des bals masqués qu'il donne à sa cour.
Ainsi, du 7 au 12 mai 1664, toute la cour est réunie à Versailles pour Les Plaisirs de l'île enchantée. Le thème est tiré d'un épisode du Roland furieux de l'Arioste, dans lequel le chevalier Roger, retenu prisonnier dans un palais de plaisirs par la magicienne Alcine, parvient à s'enfuir pour délivrer de ses chaînes Angélique, reine d'Orient prisonnière d'un monstre. Pendant ces six jours de fêtes somptueuses se succèdent sans interruption défilés d'animaux exotiques, parades déguisées, tournois de chevalerie, jeux, feux d'artifice, ménagerie exotique, concerts de Jean-Baptiste Lully et représentations théâtrales organisées par Molière. Outre le divertissement de la cour, ces festivités ont pour but de construire le mythe de la personne du roi. L'identification du roi et de son palais de Versailles à un monde fabuleux est formulée dès les premières lignes du recueil : « C'est un château qu'on peut nommer palais enchanté, tant les ajustements de l'art ont bien secondé les soins que la Nature a pris pour le rendre parfait. (…) L'or et le marbre y disputent de beauté et d'éclat. » Au premier jour des festivités, le roi, déguisé en chevalier Roger, prend la tête d'un carrousel ; un magnifique char d'Apollon, les comédiens et les membres de la haute noblesse défilent à sa suite.
Lors de ces festivités qui réunissent quelque six cents invités issus de la noblesse, le roi organise, physiquement et symboliquement, la cour autour de sa personne et démontre son pouvoir absolu sur chacun de ses sujets. Afin d'en garder la mémoire, un recueil de quatorze gravures d'Israël Silvestre accompagnées de textes de Félibien ainsi que les livrets des spectacles sont publiés par ordre du roi, tandis que les gazettes s'en font l'écho.
Pour mener à bien ces festivités grandioses, le département des Menus Plaisirs du roi, chargé d'organiser et de produire les fêtes de la cour, s'associe aux Bâtiments du roi, qui administrent les travaux et le mécénat. Cette puissante organisation, entièrement tournée vers la célébration de la personne royale, structure pour la première fois et de manière moderne l'économie et la production des divertissements. Les moyens déployés pour cette semaine de fêtes furent considérables, comme en témoignent les représentations du char d'Apollon conduit par le Temps, qui suivait le roi déguisé en Roger lors du carrousel de la première journée.
Nos bustes, destinés à compléter, ou peut-être à commémorer, le magnifique décor érigé pour Les Plaisirs de l'île enchantée, sont de la main d'un sculpteur et décorateur employé aux Menus Plaisirs du roi. Ils sont caractéristiques de la première école versaillaise sous Louis XIV, marquant la transition avec le style Louis XIII. L'étroitesse des épaules et la fantaisie encore permise dans la représentation du roi permettent de les dater du début des années 1660. François Fontelle effectua la majeure partie de sa carrière à Versailles sous le règne de Louis XIV, au service des Menus Plaisirs du roi ; le musée du château de Versailles conserve de lui deux médaillons en marbre représentant le roi et le peintre Antoine Meusnier.
