Antoine-Marie Mélotte
La Bataille des Amazones, d'après Rubens, et La Victoire de César sur Pompée (La Bataille de Pharsale ?), Liège, 1753
Panneaux de bois sculpté (probablement en poirier verni)
H. 76 cm ; L. 160 cm
H. 29 7/8 in ; W. 63 in
H. 29 7/8 in ; W. 63 in
Ces deux imposants bas-reliefs en bois sculpté constituent un témoignage particulièrement précoce et ambitieux de l'art d'Antoine-Marie Mélotte. Conçus comme une paire, ils opposent un épisode de la mythologie antique,...
Ces deux imposants bas-reliefs en bois sculpté constituent un témoignage particulièrement précoce et ambitieux de l'art d'Antoine-Marie Mélotte. Conçus comme une paire, ils opposent un épisode de la mythologie antique, La Bataille des Amazones, à un sujet historique romain, La Victoire de César sur Pompée, probablement identifiable à la bataille de Pharsale. Par leur format panoramique, la densité exceptionnelle des figures, la précision du modelé et la virtuosité avec laquelle Mélotte parvient à créer des effets de profondeur dans une faible épaisseur de bois, ils se rapprochent volontairement de la peinture d'histoire. Le Journal encyclopédique ou universel les décrivait dès 1757 comme deux bas-reliefs représentant « plus de six cents figures d'une recherche et d'une étude admirables ».
Né à Liège en 1722, Mélotte s'était très tôt spécialisé dans la sculpture sur bois. Son œuvre comprend aussi bien de délicates statues religieuses destinées aux églises de la ville que de rares et somptueux bas-reliefs, considérés comme des objets aussi précieux et recherchés que des tableaux. Il s'inscrivait ainsi dans une tradition liégeoise particulièrement raffinée du relief sculpté en bois, incarnée avant lui par son maître Jean Simon Cognoulle (1687–1744). En 1742, Cognoulle avait lui-même réalisé une série de six reliefs inspirés du cycle de l'Histoire d'Alexandre peint par Charles Le Brun (1619–1690) pour Louis XIV un siècle auparavant ; ces tableaux monumentaux, peints entre 1660 et 1673, sont aujourd'hui conservés au musée du Louvre et furent notamment gravés par Gérard Audran (1640–1703). Les reliefs de Cognoulle connurent un tel prestige qu'ils furent acquis par Louis XV. Charles de Lorraine acheta quant à lui à la veuve du sculpteur, pour la somme considérable de 300 souverains d'or, plusieurs reliefs représentant des scènes bibliques.
Mélotte et les modèles de Charles Le Brun
Souhaitant atteindre la stature de son maître, Mélotte entreprit à son tour une série de six bas-reliefs d'après l'Histoire d'Alexandre de Charles Le Brun. Achevée en 1761, cette série fut acquise en 1768 par l'impératrice Catherine II de Russie pour le palais de Marbre à Saint-Pétersbourg et est aujourd'hui conservée au musée de l'Ermitage. Parmi ces œuvres figurent notamment Le Passage du Granique et La Défaite de Porus. En 1772, le prince-évêque de Liège François-Charles de Velbrück (1711–1784) commanda à Mélotte une seconde série de reliefs d'après le même cycle de Le Brun pour sa résidence de campagne à Seraing. Exécutés en poirier non verni et de dimensions légèrement inférieures, ces reliefs sont aujourd'hui exposés au musée archéologique de la ville de Liège, le Grand Curtius. Avec le cycle de Le Brun, Mélotte démontra une maîtrise technique exceptionnelle, qui lui permit de transposer dans le bois les ambitions et les effets de la grande peinture d'histoire.
La Bataille des Amazones : Rubens comme modèle
Cette maîtrise était cependant déjà manifeste huit ans auparavant, en 1753, lorsque Mélotte, alors encore enregistré dans sa ville comme jeune artiste, choisit pour modèle la célèbre Bataille des Amazones de Pierre Paul Rubens (1577–1640), dont de magnifiques estampes circulaient alors dans toute l'Europe. Le relief présenté ici forme une paire avec La Victoire de César sur Pompée et constitue la première œuvre documentée de Mélotte. Les Amazones, peuple de femmes guerrières de la mythologie grecque, auraient parfois sectionné leur sein gauche afin de mieux tirer à l'arc, comme le montre l'un des corps tombés dans la composition. Elles étaient conduites par leur reine Thalestris qui, selon la légende, était amoureuse d'Alexandre le Grand. Le choix de Rubens comme source d'inspiration, de même que celui de Le Brun, trouve une origine directe dans l'enseignement de Simon Cognoulle. Une dizaine d'années auparavant, celui-ci avait en effet été le premier à sculpter une Bataille des Amazones d'après Rubens, aujourd'hui à Warwick Castle. Contrairement à Mélotte, qui cherche à donner davantage d'ampleur à la composition, Cognoulle en reprend très exactement la configuration. Son relief fut rapidement acquis par un riche collectionneur anglais et emporté en Angleterre. En exécutant à son tour ce même sujet, Mélotte cherchait sans doute également à séduire la clientèle des collectionneurs du Grand Tour.
Contrairement à son maître, Mélotte élargit la composition de Rubens afin d'en faire une vaste scène panoramique. Si le centre demeure extrêmement fidèle au modèle peint, les côtés sont enrichis de personnages supplémentaires. Les raccourcis sont spectaculaires : les jambes des chevaux se dressent, les corps s'effondrent, tandis que le regard est entraîné d'un côté à l'autre de la composition dans un mouvement explosif. Comme Rubens, Mélotte parvient à rendre plastiquement le fracas des armes et la violence du combat. Le modelé, d'une extrême précision, restitue jusqu'aux moindres détails des harnais des chevaux. Les figures se superposent afin de produire une double impression de violence et de profondeur, malgré la faible épaisseur du panneau. Avec cette version de La Bataille des Amazones, Mélotte ne se livre donc pas à un simple exercice d'imitation : il démontre toute l'étendue de son talent et rivalise directement avec son maître. En 1757, un visiteur émerveillé décrivit les deux reliefs de Mélotte dans le Journal encyclopédique ou universel : « Nous avons vu en 1753 sortir de l'atelier de ce jeune artiste deux bas-reliefs (…) ; l'un représentant la bataille des Amazones, et l'autre la victoire de César sur Pompée. Ils représentent plus de six cents figures d'une recherche et d'une étude admirables. »
La Victoire de César sur Pompée : histoire romaine et invention de Mélotte
En pendant à La Bataille des Amazones, Mélotte choisit de représenter une Victoire de César sur Pompée, opposant ainsi la mythologie à l'histoire. César, héros de la guerre des Gaules jouissant d'un immense prestige auprès du peuple romain, ramena ses redoutables légions vers Rome et demanda au Sénat de prolonger ses pouvoirs proconsulaires exceptionnels en 49 av. J.-C. Inquiet de ses ambitions hégémoniques, le Sénat refusa et lui ordonna de dissoudre son armée. César refusa à son tour et franchit avec ses troupes le Rubicon, frontière symbolique entre le nord et le sud de la péninsule italienne. Il menaçait ainsi directement la République romaine et déclencha la guerre civile. Son principal adversaire, le proconsul et général Pompée, demeura fidèle à Rome et se replia en Grèce. Il rassembla les légions restées fidèles au Sénat et, renforcé par des troupes provenant des territoires conquis en Syrie et en Anatolie, affronta l'armée de César à Pharsale en 48 av. J.-C. Inférieures en nombre mais particulièrement bien entraînées, les troupes de César remportèrent une victoire décisive qui devait finalement lui permettre de s'imposer à Rome.
Contrairement à La Bataille des Amazones, ce second bas-relief ne dérive pas d'un tableau célèbre : Mélotte en invente lui-même la composition, se comportant ici comme un véritable peintre d'histoire. L'action s'organise autour d'un cavalier lancé au galop, tandis qu'un autre chute de sa monture qui se cabre. À droite, César conduit ses troupes dans une attitude évoquant la célèbre statue équestre antique de Marc Aurèle à Rome, tandis qu'à gauche Pompée prend la fuite. Mélotte puise cependant de nouveau dans l'univers de Rubens, notamment dans ses scènes de bataille et de chasse telles que La Mort de Decius Mus et La Chasse au tigre. Les étoffes agitées, les chevaux cabrés et l'extrême vivacité des gestes et des regards sont directement hérités de son œuvre. Un siècle auparavant, le peintre Nicolaes Berchem (1620–1683), lui-même tributaire de Rubens, s'était également tourné vers le maître anversois pour ses compositions historiques. Deux motifs sont communs à Berchem et à Mélotte : au premier plan, le cheval désarçonnant son cavalier et, au centre de la composition, un cheval blanc cabré. Au-delà de cette source commune, Mélotte introduit toutefois une dimension décorative absente chez Berchem. Le relief conserve également le souvenir de l'art versaillais transmis par Charles Le Brun : point de vue abaissé, composition allongée, profusion décorative de la nature encadrant la scène, multiplication de groupes créant une narration continue, paysage atmosphérique s'ouvrant au fond et, enfin, une science remarquable du détail.
Provenance ancienne
Selon le Journal encyclopédique ou universel, ces deux reliefs spectaculaires et raffinés furent acquis par un « général Brown ». Il pourrait s'agir du général George Browne (1698–1792), Irlandais né à Limerick, qui mena une carrière militaire brillante et extraordinaire sur le continent. Lors de la guerre de Succession d'Autriche, opposant la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies, l'Empire russe et les Habsbourg aux royaumes de Prusse, de France et d'Espagne, il combattit sous le commandement de Charles-Alexandre de Lorraine. En 1752, il participa aux combats en Bavière. Il fut ensuite capturé par les Turcs et réduit en esclavage à la cour de Constantinople, avant d'être libéré contre rançon par un ambassadeur français qui le reconnut. Il gagna ensuite Saint-Pétersbourg, où il révéla des secrets d'État découverts durant sa captivité. Catherine II lui accorda un titre de noblesse et le nomma gouverneur de Riga et de Livonie, provinces baltes où il demeura jusqu'à sa mort. Le même Journal encyclopédique ou universel rapporte que le général fut « si charmé [par les bas-reliefs] qu'il pensa ne pouvoir rien rapporter de plus rare en Angleterre pour en faire présent ». Il les offrit alors à Nathaniel Clements (1705–1777), financier irlandais talentueux, homme politique renommé et grand collectionneur, père de Robert Clements (1732–1804), premier comte de Leitrim. Au début du XIXe siècle, les reliefs furent installés dans la propriété familiale de Killadoon House, où ils sont demeurés jusqu'à aujourd'hui.
Antoine-Marie Mélotte (1722–1795)
Né à Liège en 1722, Antoine-Marie Mélotte commence très tôt son apprentissage auprès de Jean Simon Cognoulle (1687–1744), chanoine et sculpteur sur bois. En 1739, à l'âge de seize ans, il est mentionné dans les registres de la ville comme « charpentier », puis en 1746, à vingt-quatre ans, comme « marchand sculpteur ». Très impliqué dans la vie de sa cité, il exerce également plusieurs fonctions civiles importantes : il devient d'abord capitaine de la Garde en 1750, puis est nommé dix ans plus tard commissaire de la Cité. Mélotte développe une véritable émulation avec son maître et reprend souvent, quelques années après lui, les mêmes sujets afin de démontrer l'étendue de son propre talent. Ses six panneaux représentant l'Histoire d'Alexandre d'après Charles Le Brun comptent ainsi parmi ses chefs-d'œuvre ; considérés comme de véritables trésors, ils furent acquis en 1768 par Catherine II de Russie. Une seconde série, en poirier non verni et de dimensions légèrement inférieures, lui fut commandée en 1772 par le prince-évêque de Liège. Le sculpteur aborda également des sujets religieux. Il réalisa des bas-reliefs destinés à la dévotion privée, parmi lesquels une Déploration au pied de la Croix autrefois dans la collection Jean Iowa à Liège, ainsi que des retables illustrant la vie de sainte Barbe pour la collégiale Saint-Georges-et-Sainte-Ode d'Amay. Il sculpta également en haut-relief pour les églises de sa ville, notamment une Vierge de douleurs pour la collégiale Saint-Barthélemy de Liège. À partir de 1780, Mélotte expose régulièrement à la Société d'Émulation de Liège, fondée l'année précédente par le prince-évêque dans l'esprit des Lumières pour encourager les arts, les lettres et les sciences. Il continua à sculpter jusqu'à sa mort à Liège, à l'âge de soixante-treize ans.
Né à Liège en 1722, Mélotte s'était très tôt spécialisé dans la sculpture sur bois. Son œuvre comprend aussi bien de délicates statues religieuses destinées aux églises de la ville que de rares et somptueux bas-reliefs, considérés comme des objets aussi précieux et recherchés que des tableaux. Il s'inscrivait ainsi dans une tradition liégeoise particulièrement raffinée du relief sculpté en bois, incarnée avant lui par son maître Jean Simon Cognoulle (1687–1744). En 1742, Cognoulle avait lui-même réalisé une série de six reliefs inspirés du cycle de l'Histoire d'Alexandre peint par Charles Le Brun (1619–1690) pour Louis XIV un siècle auparavant ; ces tableaux monumentaux, peints entre 1660 et 1673, sont aujourd'hui conservés au musée du Louvre et furent notamment gravés par Gérard Audran (1640–1703). Les reliefs de Cognoulle connurent un tel prestige qu'ils furent acquis par Louis XV. Charles de Lorraine acheta quant à lui à la veuve du sculpteur, pour la somme considérable de 300 souverains d'or, plusieurs reliefs représentant des scènes bibliques.
Mélotte et les modèles de Charles Le Brun
Souhaitant atteindre la stature de son maître, Mélotte entreprit à son tour une série de six bas-reliefs d'après l'Histoire d'Alexandre de Charles Le Brun. Achevée en 1761, cette série fut acquise en 1768 par l'impératrice Catherine II de Russie pour le palais de Marbre à Saint-Pétersbourg et est aujourd'hui conservée au musée de l'Ermitage. Parmi ces œuvres figurent notamment Le Passage du Granique et La Défaite de Porus. En 1772, le prince-évêque de Liège François-Charles de Velbrück (1711–1784) commanda à Mélotte une seconde série de reliefs d'après le même cycle de Le Brun pour sa résidence de campagne à Seraing. Exécutés en poirier non verni et de dimensions légèrement inférieures, ces reliefs sont aujourd'hui exposés au musée archéologique de la ville de Liège, le Grand Curtius. Avec le cycle de Le Brun, Mélotte démontra une maîtrise technique exceptionnelle, qui lui permit de transposer dans le bois les ambitions et les effets de la grande peinture d'histoire.
La Bataille des Amazones : Rubens comme modèle
Cette maîtrise était cependant déjà manifeste huit ans auparavant, en 1753, lorsque Mélotte, alors encore enregistré dans sa ville comme jeune artiste, choisit pour modèle la célèbre Bataille des Amazones de Pierre Paul Rubens (1577–1640), dont de magnifiques estampes circulaient alors dans toute l'Europe. Le relief présenté ici forme une paire avec La Victoire de César sur Pompée et constitue la première œuvre documentée de Mélotte. Les Amazones, peuple de femmes guerrières de la mythologie grecque, auraient parfois sectionné leur sein gauche afin de mieux tirer à l'arc, comme le montre l'un des corps tombés dans la composition. Elles étaient conduites par leur reine Thalestris qui, selon la légende, était amoureuse d'Alexandre le Grand. Le choix de Rubens comme source d'inspiration, de même que celui de Le Brun, trouve une origine directe dans l'enseignement de Simon Cognoulle. Une dizaine d'années auparavant, celui-ci avait en effet été le premier à sculpter une Bataille des Amazones d'après Rubens, aujourd'hui à Warwick Castle. Contrairement à Mélotte, qui cherche à donner davantage d'ampleur à la composition, Cognoulle en reprend très exactement la configuration. Son relief fut rapidement acquis par un riche collectionneur anglais et emporté en Angleterre. En exécutant à son tour ce même sujet, Mélotte cherchait sans doute également à séduire la clientèle des collectionneurs du Grand Tour.
Contrairement à son maître, Mélotte élargit la composition de Rubens afin d'en faire une vaste scène panoramique. Si le centre demeure extrêmement fidèle au modèle peint, les côtés sont enrichis de personnages supplémentaires. Les raccourcis sont spectaculaires : les jambes des chevaux se dressent, les corps s'effondrent, tandis que le regard est entraîné d'un côté à l'autre de la composition dans un mouvement explosif. Comme Rubens, Mélotte parvient à rendre plastiquement le fracas des armes et la violence du combat. Le modelé, d'une extrême précision, restitue jusqu'aux moindres détails des harnais des chevaux. Les figures se superposent afin de produire une double impression de violence et de profondeur, malgré la faible épaisseur du panneau. Avec cette version de La Bataille des Amazones, Mélotte ne se livre donc pas à un simple exercice d'imitation : il démontre toute l'étendue de son talent et rivalise directement avec son maître. En 1757, un visiteur émerveillé décrivit les deux reliefs de Mélotte dans le Journal encyclopédique ou universel : « Nous avons vu en 1753 sortir de l'atelier de ce jeune artiste deux bas-reliefs (…) ; l'un représentant la bataille des Amazones, et l'autre la victoire de César sur Pompée. Ils représentent plus de six cents figures d'une recherche et d'une étude admirables. »
La Victoire de César sur Pompée : histoire romaine et invention de Mélotte
En pendant à La Bataille des Amazones, Mélotte choisit de représenter une Victoire de César sur Pompée, opposant ainsi la mythologie à l'histoire. César, héros de la guerre des Gaules jouissant d'un immense prestige auprès du peuple romain, ramena ses redoutables légions vers Rome et demanda au Sénat de prolonger ses pouvoirs proconsulaires exceptionnels en 49 av. J.-C. Inquiet de ses ambitions hégémoniques, le Sénat refusa et lui ordonna de dissoudre son armée. César refusa à son tour et franchit avec ses troupes le Rubicon, frontière symbolique entre le nord et le sud de la péninsule italienne. Il menaçait ainsi directement la République romaine et déclencha la guerre civile. Son principal adversaire, le proconsul et général Pompée, demeura fidèle à Rome et se replia en Grèce. Il rassembla les légions restées fidèles au Sénat et, renforcé par des troupes provenant des territoires conquis en Syrie et en Anatolie, affronta l'armée de César à Pharsale en 48 av. J.-C. Inférieures en nombre mais particulièrement bien entraînées, les troupes de César remportèrent une victoire décisive qui devait finalement lui permettre de s'imposer à Rome.
Contrairement à La Bataille des Amazones, ce second bas-relief ne dérive pas d'un tableau célèbre : Mélotte en invente lui-même la composition, se comportant ici comme un véritable peintre d'histoire. L'action s'organise autour d'un cavalier lancé au galop, tandis qu'un autre chute de sa monture qui se cabre. À droite, César conduit ses troupes dans une attitude évoquant la célèbre statue équestre antique de Marc Aurèle à Rome, tandis qu'à gauche Pompée prend la fuite. Mélotte puise cependant de nouveau dans l'univers de Rubens, notamment dans ses scènes de bataille et de chasse telles que La Mort de Decius Mus et La Chasse au tigre. Les étoffes agitées, les chevaux cabrés et l'extrême vivacité des gestes et des regards sont directement hérités de son œuvre. Un siècle auparavant, le peintre Nicolaes Berchem (1620–1683), lui-même tributaire de Rubens, s'était également tourné vers le maître anversois pour ses compositions historiques. Deux motifs sont communs à Berchem et à Mélotte : au premier plan, le cheval désarçonnant son cavalier et, au centre de la composition, un cheval blanc cabré. Au-delà de cette source commune, Mélotte introduit toutefois une dimension décorative absente chez Berchem. Le relief conserve également le souvenir de l'art versaillais transmis par Charles Le Brun : point de vue abaissé, composition allongée, profusion décorative de la nature encadrant la scène, multiplication de groupes créant une narration continue, paysage atmosphérique s'ouvrant au fond et, enfin, une science remarquable du détail.
Provenance ancienne
Selon le Journal encyclopédique ou universel, ces deux reliefs spectaculaires et raffinés furent acquis par un « général Brown ». Il pourrait s'agir du général George Browne (1698–1792), Irlandais né à Limerick, qui mena une carrière militaire brillante et extraordinaire sur le continent. Lors de la guerre de Succession d'Autriche, opposant la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies, l'Empire russe et les Habsbourg aux royaumes de Prusse, de France et d'Espagne, il combattit sous le commandement de Charles-Alexandre de Lorraine. En 1752, il participa aux combats en Bavière. Il fut ensuite capturé par les Turcs et réduit en esclavage à la cour de Constantinople, avant d'être libéré contre rançon par un ambassadeur français qui le reconnut. Il gagna ensuite Saint-Pétersbourg, où il révéla des secrets d'État découverts durant sa captivité. Catherine II lui accorda un titre de noblesse et le nomma gouverneur de Riga et de Livonie, provinces baltes où il demeura jusqu'à sa mort. Le même Journal encyclopédique ou universel rapporte que le général fut « si charmé [par les bas-reliefs] qu'il pensa ne pouvoir rien rapporter de plus rare en Angleterre pour en faire présent ». Il les offrit alors à Nathaniel Clements (1705–1777), financier irlandais talentueux, homme politique renommé et grand collectionneur, père de Robert Clements (1732–1804), premier comte de Leitrim. Au début du XIXe siècle, les reliefs furent installés dans la propriété familiale de Killadoon House, où ils sont demeurés jusqu'à aujourd'hui.
Antoine-Marie Mélotte (1722–1795)
Né à Liège en 1722, Antoine-Marie Mélotte commence très tôt son apprentissage auprès de Jean Simon Cognoulle (1687–1744), chanoine et sculpteur sur bois. En 1739, à l'âge de seize ans, il est mentionné dans les registres de la ville comme « charpentier », puis en 1746, à vingt-quatre ans, comme « marchand sculpteur ». Très impliqué dans la vie de sa cité, il exerce également plusieurs fonctions civiles importantes : il devient d'abord capitaine de la Garde en 1750, puis est nommé dix ans plus tard commissaire de la Cité. Mélotte développe une véritable émulation avec son maître et reprend souvent, quelques années après lui, les mêmes sujets afin de démontrer l'étendue de son propre talent. Ses six panneaux représentant l'Histoire d'Alexandre d'après Charles Le Brun comptent ainsi parmi ses chefs-d'œuvre ; considérés comme de véritables trésors, ils furent acquis en 1768 par Catherine II de Russie. Une seconde série, en poirier non verni et de dimensions légèrement inférieures, lui fut commandée en 1772 par le prince-évêque de Liège. Le sculpteur aborda également des sujets religieux. Il réalisa des bas-reliefs destinés à la dévotion privée, parmi lesquels une Déploration au pied de la Croix autrefois dans la collection Jean Iowa à Liège, ainsi que des retables illustrant la vie de sainte Barbe pour la collégiale Saint-Georges-et-Sainte-Ode d'Amay. Il sculpta également en haut-relief pour les églises de sa ville, notamment une Vierge de douleurs pour la collégiale Saint-Barthélemy de Liège. À partir de 1780, Mélotte expose régulièrement à la Société d'Émulation de Liège, fondée l'année précédente par le prince-évêque dans l'esprit des Lumières pour encourager les arts, les lettres et les sciences. Il continua à sculpter jusqu'à sa mort à Liège, à l'âge de soixante-treize ans.
