Paire de bergères par Georges Jacob (1739-1814)
Provenance: collection Jacques Doucet; Galerie Georges Petit, Paris, 7 juin 1912, lot 295 (accompagnée d’une paire de canapés et d’une paire de fauteuils)
Chaque bergère présente une ceinture rectiligne reposant sur deux pieds antérieurs légèrement fuselés et deux pieds postérieurs incurvés vers l’arrière « à l’étrusque ». Les montants latéraux 7du dossier sont en forme de consoles et ponctués d’un enroulement à leur partie supérieure. Deux imposantes sphinges ailées, richement sculptées en ronde-bosse, composent les accotoirs et supports d’accotoirs.
D’une qualité extraordinaire, nos fauteuils figurent parmi les plus beaux exemples des premiers meubles de « l’égyptomanie » née sous le règne de Louis XVI.
L’aristocratie du XVIIIe siècle, en mal de voyages et d’exotisme, cherche à retrouver dans ses intérieurs les contrées lointaines. Parmi elles, l’Égypte des pharaons, à la frontière entre Orient et Antiquité classique, devient à la fin du siècle une importante source d’inspiration.
Le goût pour l’Égypte naît dans les années 1770, alors que les regards se tournent vers l’Antiquité. Les artistes qui voyagent en Italie y découvrent des vestiges de cette civilisation, comme le temple d’Isis à Pompéi. Piranèse, surtout, s’inspire très tôt de l’Égypte antique, et publie dans ses Diversi maniere di adornare i cammini, en 1769, le décor qu’il a réalisé pour le café anglais, place d’Espagne à Rome, associant figurations de dieux égyptiens, hiéroglyphes et pharaons.
Un des plus importants promoteurs de l’égyptomanie est Marie-Antoinette. Dès 1770, elle fait décorer le plafond de sa grande chambre au château de Versailles de sphinges ailées tenant les armes du royaume de France, sculptées par Antoine Rousseau (1710−1782). Sa passion discrète pour l’égyptomanie se retrouve au travers de son mobilier. La précieuse table à écrire réalisée par Adam Weisweiler en 1784 possède ainsi une ceinture ornée de deux sphinges ailées. Progressivement, les détails se font plus archéologiques : la paire de chenets livrée par Pierre Philippe Thomire (1751−1843) pour la chambre à coucher de la reine à Versailles en 1786 représente ainsi deux sphinx, la tête coiffée du némès. On retrouve ce même élément sur le mobilier livré par Jean-Baptiste Claude Sené (1748−1803) deux ans plus tard pour le cabinet de toilette de la reine à Saint-Cloud.
L’égyptomanie se renforce au tournant des années 1780–1790. En 1781 Georges Jacob livre pour le cabinet de la méridienne de Marie-Antoinette une paire de fauteuils « à la reine » en hêtre sculpté et doré, et ornés de sphinges.
Vers 1789–1790 il réalise pour le Grand Salon de la marquise de Marbeuf un mobilier composé de douze sièges. Les canapés et fauteuils meublants sont dotés d’une ornementation riche et monumentale : de grandes sphinges en ronde-bosse servent de support d’accotoir, leurs ailes s’étendant jusqu’au dossier. C’est probablement Jean-Démosthène Dugourc (1749−1825), dessinateur du roi, qui donne le modèle de ces sièges. Il intègre à ses dessins de nombreux éléments égyptiens, ensuite repris par ses contemporains.
La campagne d’Égypte menée par le général Bonaparte de 1798 à 1801 stimule encore les créateurs parisiens, qui se rendent eux-mêmes là-bas, comme Vivant Denon, ou qui s’inspirent des œuvres rapportées en France, comme Charles Percier (1764−1838) et Pierre Fontaine (1762−1853). Leurs recueils de gravures trahissent l’égyptomanie ambiante.
Un fauteuil de Georges Jacob, tout à faire similaire à nos bergères est conservé au Mobilier National.




