Panthère par Pierre-Adrien Dalpayrat (1844-1910)
Bibliographie comparative :
Horst Makus, Adrien Dalpayrat Céramique française de l’Art Nouveau, Stuttgart, ARNOLDSCHE art publishers, 1998, p. 158, #115
Fruit d’une des nombreuses collaborations de Dalpayrat et des sculpteurs de son temps, notre panthère est un bel exemple du tempérament naturaliste de son œuvre. Ainsi c’est avec Désiré-Maurice Ferrary (1852-1904) qu’est créé le motif de la panthère. Nous connaissons également ce sujet sous la forme de vase, pièce éminemment importante dans la production de Dalpayrat et conservée au Metropolitan Museum of Art ou dans la collection de Peter Marino :
Notre panthère reprend la même attitude que ses « sœurs » du Metropolitan Museum, menaçante, prête à attaquer. Dalpayrat et Ferrary ont tenu à capter l’essence de l’animal, une grande expressivité, rehaussée par le contraste entre le grès émaillé mat et la terrasse émaillée des couleurs brillantes typiques du céramiste, notamment son célèbre rouge.
Nous connaissons deux autres versions, conservées en mains privées et reproduites dans l’ouvrage de Horst Makus.
À l’instar des peintres et sculpteurs symbolistes, Dalpayrat utilise l’homme, l’animal et la nature dans ses compositions. Il se distinguent de nombre de ses collègues par sa volonté de conférer à un simple vase un sens, un symbole, une idée métaphysique comme en témoignent les vases et vide-poche ornés d’animaux, de motifs végétaux. Dalpayrat est ainsi fasciné par les formes organiques, l’effet du temps sur les êtres et les choses vivants. Ces conséquences physiques deviennent sa préoccupation esthétique, qu’il s’agisse de la forme comme de la surface des objets qu’il conçoit. Il s’agit de sublimer les fruits de la nature, de montrer leur beauté intrinsèque en les figeant sous une glaçure sang-de-bœuf clairsemée de tâches jaunes, bleues, ou d’un gris anthracite. La glaçure, recouvrant la forme, avec ses coulures, ses accidents, ses contrastes, forment le décor du vase.
Si la première révélation de l’art japonais pour les artistes parisiens fut l’estampe, la céramique fut sans doute l’autre enthousiasme français le plus fécond, notamment pour Dalpayrat. Les collections parisiennes qu’il visite présentent non seulement des pots, mais aussi des masques, comme celui exposé au musée de Sèvres dès 1876. En 1878, toujours à l’occasion de l’Exposition universelle, l’engouement pour le Japon se révèle, notamment pour les pièces de cérémonie du thé en grès, ce qui incite Pierre-Adrien Dalpayrat à créer des pièces aux formes végétales et animales. A partir des années 1890, céramistes et verriers créent un nouveau style, en rupture avec le passé. La céramique adopte des lignes organiques et asymétriques. Les accidents de cuisson, les effets de flamme et les coulures de glaçure créent des décors abstraits qui révolutionnent l’art du feu.
L’émail rouge sang de boeuf est l’une des signatures de Pierre-Adrien Dalpayrat, à tel point qu’on le nomme souvent « rouge Dalpayrat ». Le céramiste, que son travail à la frontière de l’art nouveau et de ceux d’Extrême-Orient a rendu célèbre, pouvait se vanter d’avoir percé le mystère de cette fascinante couleur, maîtrisée depuis des siècles par les Chinois. Il réussit en effet à obtenir cette teinte et ces effets flammés sur un grès pourtant très résistant, grâce à l’oxydation du cuivre ainsi qu’à une maîtrise parfaite de l’atmosphère et de la durée de cuisson. Au-delà du rouge apparaissent des nuances de vert ou de gris de plomb, qui offrent de la profondeur à la pièce. Cette invention sera plusieurs fois saluée, notamment aux Expositions universelles et au Salon de la Société nationale des beaux-arts, mais aussi à la galerie Georges Petit.
La production de grès artistiques, adulés par la critique, atteint son apogée à la fin des années 1890. Le critique d’art Louis de Fourcaud loue la beauté des œuvres exposées au Salon chaque année dans la Revue des arts décoratifs :
« M. Dalpayrat et Mme Lesbros ont exposé ensemble des pots, des vases, des cruches où de beaux bleus et de beaux violets forment, avec un rouge de rare intensité, comme les effilés d’inégales franges ou comme des jaspures où les vives couleurs se sont mutuellement et splendidement éclaboussées ! »




