Élisabeth Sonrel
26 3/4 x 18 7/8 in.
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Cette aquarelle d’Élisabeth Sonrel rassemble de manière exemplaire les éléments qui définissent son univers artistique. Dans un paysage rocheux et marin trois Océanides occupent le premier plan, tandis que d’autres apparaissent à l’arrière-plan, à proximité d’une source lumineuse située au fond de la grotte. Les figures ne sont associées à aucun épisode mythologique précis. Sonrel utilise ici le thème des Océanides comme point de départ pour une composition consacrée à la figure féminine et à son rapport avec la nature. La composition repose sur le contraste entre les figures et le paysage qui les entoure. L'artiste utilise les irrégularités et les mouchetures du papier pour rendre la surface des rochers, de l’eau et de l’écume. Les tonalités sombres, bleues et vertes de la partie gauche contrastent avec les tons plus clairs et chauds de la partie droite. Les corps des Océanides, traités dans des nuances jaunes et dorées, se détachent de cet environnement tout en s’intégrant à la composition. Cette manière d’exploiter la surface du papier apparaît également dans d’autres œuvres de l’artiste. L’œuvre peut être rapprochée des grandes compositions symbolistes que Sonrel réalise à partir des années 1890, notamment les Âmes errantes 1893 (fig.1), les Esprits de l’Abîme, exposés au Salon des Artistes Français en 1899, et Arabian Nights. Une aquarelle intitulée Les Océanides figure parmi les œuvres présentées par Sonrel au Salon en 1903. Cette mention permet de proposer une datation autour de cette date, sans toutefois établir avec certitude qu’il s’agit de la présente feuille.
La figure féminine dans l’œuvre de Sonrel
La figure féminine occupe une place centrale dans l’ensemble de l’œuvre de Sonrel. Vierges, saintes, muses, fées, nymphes et figures issues d’un Moyen Âge imaginaire reviennent régulièrement dans ses peintures et ses aquarelles. Malgré la diversité de leurs sources, ces personnages partagent un certain nombre de caractéristiques : silhouettes allongées, attitudes retenues, importance accordée au costume et au décor, et absence fréquente d’action narrative. La femme devient ainsi l’un des principaux moyens par lesquels Sonrel développe son langage symboliste. Cette approche distingue en partie son œuvre d’une autre représentation de la femme largement diffusée dans l’art symboliste de la fin du XIXe siècle : celle de la femme fatale. Le thème de la sirène, en particulier, avait souvent été associé à la séduction et au danger. Dans Les Océanides, Sonrel ne développe pas cet aspect du sujet. Les figures n’interagissent pas avec le spectateur et aucune présence masculine ne vient établir une relation de séduction ou de menace. Elles sont représentées entre elles, dans un espace qui leur est propre. Comme dans de nombreuses autres œuvres de Sonrel, la figure féminine est davantage associée à la contemplation et au monde naturel qu’à un récit dramatique. Le motif de la sirène est ainsi traité comme celui d’une nymphe marine plutôt que comme celui d’une séductrice.
