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Odilon Redon, Femme de profil, vers 1901-1905

Odilon Redon

Femme de profil, vers 1901-1905
Huile sur papier marouflé sur panneau parqueté
52 x 49.7 cm.
20 1/2 x 19 5/8 in.
Demande d'information
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Les œuvres d'Odilon Redon occupent une place singulière dans l'histoire de l'art. Elles donnent l'impression d'évoluer continuellement, comme des formes en transformation dans l'espace de la toile. Une figure peut se métamorphoser en fleur, en éclat coloré ou en simple trace lumineuse. Cette capacité de mutation confère aux images de Redon une vitalité particulière, la même qu'elles possédaient à l'état d'idée dans l'imaginaire du peintre. « Au centre de mon œuvre – écrivait l'artiste – il y a une petite porte qui s'ouvre sur un mystère. » Dans le cas de notre tableau, cette « petite porte » s'ouvre sur un profil féminin, qui semble émerger comme un pistil au centre d'un grand coquelicot. Les visages de Redon sont presque toujours des profils : partiellement reconnaissables, ils demeurent enveloppés de mystère, comme si nous ne pouvions en sonder qu'une infime portion. Une œuvre comparable à la nôtre par son sujet et sa composition est Fleur illuminée, conservée au Staatliche Museen de Berlin [fig.1] et datée vers 1900. Même profil inscrit dans une fleur ; on y retrouve également le motif de la coiffe, récurrent dans les œuvres de Redon de la première décennie du XXe siècle, appliqué à des visages féminins comme masculins, ainsi dans Moine lisant (ou Alsace) [fig.2], conservé au Kunstmuseum de Winterthur, en Suisse. La comparaison avec ces œuvres, outre qu'elle permet de dater notre tableau des cinq premières années du siècle, montre aussi combien Redon est présent dans les plus prestigieuses collections du monde. Son œuvre est représentative du symbolisme français, dont il devint l'une des figures majeures grâce au livre de Joris-Karl Huysmans, À Rebours (1884), texte fondateur du mouvement. Le protagoniste, le raffiné Des Esseintes, se retire dans sa villa loin de la ville, plongé dans un univers artificiel où les œuvres de Redon, aux côtés de celles de Gustave Moreau, nourrissent son imagination et le consolent par leur beauté. L'œuvre provient de la collection du marchand Roger Imbert, où elle entra en 1930. Elle y côtoyait deux autres œuvres de Redon, Vase de fleurs et l'huile sur carton Les Yeux clos, toutes deux issues de la collection de Robert de Domecy, grand ami et mécène de l'artiste. Le Musée d'Orsay conserve aujourd'hui les splendides panneaux décoratifs que Redon réalisa pour la salle à manger du château de Domecy-sur-le-Vault. Il est fort probable que cette œuvre provienne, avec les deux autres, de cette même prestigieuse collection. Odilon Redon naît le 20 avril 1840 à Bordeaux, d'une famille revenue de Louisiane, où son père avait tenté sa chance. L'époque est alors marquée par la monarchie de Juillet de Louis-Philippe d'Orléans et par les premières transformations industrielles et coloniales de la France. La culture française de ces années est dominée par des figures majeures comme Gustave Flaubert (1821-1880) et Charles Baudelaire (1821-1867), dont Les Fleurs du mal (1857) impressionneront profondément Redon en influençant son œuvre. L'artiste se nourrit aussi de la lecture d'Edgar Allan Poe (1809-1849), et admire Eugène Delacroix (1798-1863) et Richard Wagner (1813-1883). De constitution fragile, sujet à des crises d'épilepsie, Redon passe son enfance au domaine de Peyrelebade dans le Médoc, auprès d'un vieil oncle. Cette solitude marque son imaginaire, nourri de paysages et de grands arbres qu'il dessinera inlassablement. L'absence maternelle – sa mère Marie-Odile reste une figure effacée – contribue sans doute à faire de la figure féminine, dans son œuvre, une présence à la fois mystérieuse et insaisissable. À sept ans, Redon rejoint Bordeaux, puis Paris. Élève peu adapté au système scolaire, il se passionne pour le dessin, copie des lithographies et fréquente des maîtres qui marqueront sa formation : l'aquarelliste Stanislas Gorin (1824-1874), le botaniste Armand Clavaud (1828-1890), et surtout Rodolphe Bresdin (1822-1885), graveur visionnaire dont l'univers étrange impressionne le jeune artiste. Grâce à lui, Redon découvre Dürer (1471-1528) et Rembrandt (1606-1669), dont il retiendra l'usage dramatique de la lumière. Dans les années 1860, après un bref passage auprès de Jean-Léon Gérôme (1824-1904), Redon entreprend des voyages en Belgique, en Hollande, en Angleterre et à Venise, mais c'est surtout la découverte des Pyrénées qui le marque. Après la guerre de 1870, il s'installe à Montparnasse, tout en revenant chaque été à Peyrelebade, où naissent ses premiers Noirs : dessins et lithographies où surgissent visions, monstres et figures hallucinées. Redon fréquente alors les cercles symbolistes et littéraires : il rencontre Mallarmé, Huysmans, Debussy (1862-1918), Paul Valéry (1871-1945), Édouard Vuillard (1868-1940), Paul Gauguin et James McNeill Whistler (1834-1903). C'est le roman de Huysmans À Rebours (1884) qui contribue à sa célébrité, en présentant ses œuvres comme des visions nées de la maladie et du rêve. En 1880, il épouse Camille Falte, qui lui apporte équilibre et sérénité. Le couple
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Odilon Redon's works occupy a unique place in the history of art. They give the impression of continuously evolving, like forms transforming within the space of the canvas. A figure can metamorphose into a flower, a burst of color, or a simple luminous trace. This capacity for transformation gives Redon's images a particular vitality, the same they possessed as ideas in the artist's imagination. "At the center of my work - wrote the artist - there is a small door that opens onto a mystery." In the case of our painting, this "small door" opens onto a female profile, which seems to emerge like a pistil at the center of a large poppy. Redon's faces are almost always shown in profile: partially recognizable, they remain shrouded in mystery, as if we could only glimpse a tiny portion. A work comparable to ours in subject and composition is Fleur illuminée, conserved at the Staatliche Museen in Berlin [fig. 1] and dated around 1900. The same profile appears within a flower; the motif of the coif, recurrent in Redon's works from the first decade of the twentieth century, is also present, applied to both female and male faces, as in Moine lisant (ou Alsace) [fig. 2], conserved at the Kunstmuseum in Winterthur, Switzerland. The comparison with these works, besides allowing us to date our painting to the first five years of the century, also demonstrates how present Redon is in the world's most prestigious collections. His work is representative of French Symbolism, of which he became one of the major figures thanks to Joris-Karl Huysmans' book À Rebours (1884), a foundational text of the movement. The protagonist, the refined Des Esseintes, withdraws to his villa far from the city, immersed in an artificial universe where Redon's works, alongside those of Gustave Moreau, nourish his imagination and console him with their beauty. The work comes from the collection of the dealer Roger Imbert, where it entered in 1930. It was displayed alongside two other works by Redon, Vase de fleurs and the oil on board Les Yeux clos, both from the collection of Robert de Domecy, a close friend and patron of the artist. The Musée d'Orsay now preserves the splendid decorative panels that Redon created for the dining room of the Château de Domecy-sur-le-Vault. It is highly likely that this work, along with the other two, comes from the same prestigious collection. Odilon Redon was born on April 20, 1840, in Bordeaux, into a family that had returned from Louisiana, where his father had sought his fortune. The period was marked by the July Monarchy of Louis-Philippe d'Orléans and by France's early industrial and colonial transformations. French culture at the time was dominated by major figures such as Gustave Flaubert (1821–1880) and Charles Baudelaire (1821–1867), whose Les Fleurs du mal (1857) profoundly impressed Redon, influencing his work. The artist also read Edgar Allan Poe (1809–1849) and admired Eugène Delacroix (1798–1863) and Richard Wagner (1813–1883). Of fragile constitution and prone to epileptic seizures, Redon spent his childhood at the Peyrelebade estate in the Médoc, living with an elderly uncle. This solitude shaped his imagination, nourished by landscapes and large trees which he would draw tirelessly. The absence of his mother—Marie-Odile remained an elusive figure—likely contributed to making the female figure in his work both mysterious and elusive. At the age of seven, Redon moved to Bordeaux, and later to Paris. A student poorly suited to the school system, he developed a passion for drawing, copied lithographs, and studied with masters who would shape his formation: the watercolorist Stanislas Gorin (1824–1874), the botanist Armand Clavaud (1828–1890), and especially Rodolphe Bresdin (1822–1885), a visionary engraver whose strange universe deeply impressed the young artist. Through Bresdin, Redon discovered Dürer (1471–1528) and Rembrandt (1606–1669), from whom he absorbed the dramatic use of light. In the 1860s, after a brief period studying with Jean-Léon Gérôme (1824–1904), Redon traveled to Belgium, the Netherlands, England, and Venice, but it was above all the discovery of the Pyrenees that left a mark on him. After the Franco-Prussian War of 1870, he settled in Montparnasse while returning each summer to Peyrelebade, where his first Noirs emerged: drawings and lithographs in which visions, monsters, and hallucinatory figures appear. Redon then became involved in Symbolist and literary circles, meeting Mallarmé, Huysmans, Debussy (1862–1918), Paul Valéry (1871–1945), Édouard Vuillard (1868–1940), Paul Gauguin, and James McNeill Whistler (1834–1903). It was Huysmans' novel À Rebours (1884) that contributed to his fame, presenting his works as visions born of illness and dream. In 1880, he married Camille Falte, who brought him balance and serenity. The couple had two children: Jean, who died in infancy, and Arï Redon (1889–1972), who became the guardian of his father's legacy. Camille's figure inspired several of the artist's portraits, notably Les
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Provenance

Collection Roger Imbert ; collection privée, Paris, par descendance.

Literature

Cette œuvre sera incluse dans le prochain catalogue raisonné en préparation par le Wildenstein Plattner Institute
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