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France, époque Louis XIV, Console aux sphinges en bois sculpté et doré, Époque Louis XIV, vers 1700
France, époque Louis XIV, Console aux sphinges en bois sculpté et doré, Époque Louis XIV, vers 1700
France, époque Louis XIV, Console aux sphinges en bois sculpté et doré, Époque Louis XIV, vers 1700
France, époque Louis XIV, Console aux sphinges en bois sculpté et doré, Époque Louis XIV, vers 1700

France, époque Louis XIV

Console aux sphinges en bois sculpté et doré, Époque Louis XIV, vers 1700
Bois sculpté et doré ; marbre Rouge Royal
H. 81,5 cm ; L. 139,5 cm ; P. 58 cm
H. 32 1/8 in ; W. 54 7/8 in ; D. 22 7/8 in
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Chef-d’œuvre de sculpture ornementale en bois doré de l’époque Régence, cette console aux sphinges appartient à un corpus restreint de meubles inspirés de dessins de l’architecte Germain Boffrand et exécutés...
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Chef-d’œuvre de sculpture ornementale en bois doré de l’époque Régence, cette console aux sphinges appartient à un corpus restreint de meubles inspirés de dessins de l’architecte Germain Boffrand et exécutés pour la famille de Lorraine. Bien que le ou les commanditaires exacts de ces piètements fabuleux n’aient pas encore été formellement identifiés, il est néanmoins intéressant de retracer l’historique de ces pièces uniques et représentatives du goût à l’époque de la Régence.

De forme mouvementée en bois sculpté et doré, notre console est dotée d’une ceinture ornée de quadrillages sur lesquels se détachent des feuilles d’acanthe symétrisées, et décorée en son centre d’un important cartouche enserrant une tête antique féminine, reposant sur deux sphinges aux ailes largement déployées et portant un riche lambrequin, dont les bras reposent sur de fortes feuilles d’acanthe doublant des volutes en enroulement surmontant des pieds en forme de vrille et dont les pattes arrières reposent sur une entretoise ornée d’une coquille.

Les consoles d'époque Louis XIV conservées de nos jours sont plutôt rares et retrouver des exemplaires dotés de piétement si particulier l'est encore plus. En effet, par leur fragilité et leur style bien marqué, la plupart d'entre elles furent détruites ou tombèrent en déliquescence. Si même la Couronne s'était fait livrer un grand nombre de tables à piétements humains ou animaliers, voire formés de jarrets dans le style de Philippe Caffieri, force est de constater que peu ou prou sont arrivés jusqu’à nous.

Un modèle de Germain Boffrand pour le duc de Lorraine

C’est grâce aux études de Bruno Pons sur quelques dessins de consoles que le rapprochement a été fait avec l’œuvre du célèbre architecte Germain Boffrand. Ce dernier, collaborateur de Jules-Hardouin Mansart, est connu pour être le meilleur représentant du style Régence et avoir introduit l’art de la rocaille, comme en témoigne son œuvre de décoration des appartements de l’hôtel de Soubise à Paris (aujourd’hui, Archives nationales). Dans le cadre qui nous intéresse, il participa à la construction du château des ducs de Lorraine à Lunéville, à partir de 1709, avant de devenir deux ans plus tard Premier architecte du duc Léopold Ier. Pour le décor intérieur, il s’entoura de grands sculpteurs parisiens du temps comme François Dumont, Michel Lange ou Pierre Puel. Un dessin conservé à l’École des Beaux-Arts (inv. O. 1019) montre un projet de console à sphinges et têtes d’aigle portant des croix de Lorraine, attribué à Germain Boffrand. On retrouve ce modèle de console à têtes d’aigles dans des portraits gravés du duc et de la duchesse de Lorraine, autour de 1700 ce qui semble indiquer que les modèles de Boffrand ont bien été réalisés. Les chimères si particulières visibles sur le dessin préparatoire ont-elles aussi donné l’exemple pour des consoles réalisées, dont la nôtre. Elles n’occupent pas l’entretoise mais ont pris une ampleur nouvelle dans les nouveaux projets de consoles jusqu’à constituer les montants. Le lien direct entre nos sphinges et le dessin attribué à Boffrand est incontestable, et se retrouve dans une série de consoles réalisées pour le duc de Lorraine et/ou sa famille. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler l’influence des compositions de Jean Lepautre sur Germain Boffrand. Nous connaissons notamment une eau-forte tirée du Livre de miroirs, tables et guéridons par Lepautre représentant une singulière console à figures de sphinges d’une composition très proche (Musée des Beaux-Arts de Rennes, Inv. 794-1-5094).

Exposition : Germain Boffrand 1667-1754. L’aventure d’un architecte indépendant, Paris / Lunéville, 1986, p. 198, repr.

On peut également opérer un rapprochement avec un documents fort précieux, datant du milieu du règne de Louis XIV : un dessin à la sanguine de Charles Lebrun, montrant diverses études de pieds de table.

Charles Lebrun (1619-1690), premier peintre du Roi, directeur de la puissante Académie de peinture, avait également la charge de directeur de la Manufacture des Meubles de la Couronne, créée en 1667 et sise dans l'enceinte des Gobelins. A ce titre, il présida et participa activement à l'essor des arts décoratifs durant la première partie du règne de Louis XIV. Il supervisait ainsi toutes les créations du moment, infatigable novateur, maîtrisant avec autant de facilité les plus petits détails : l'entrée d'une serrure de porte ou le cadre d'un miroir, au côté des projets d'ensemble de grande envergure, comme le fameux mobi1ier d'argent de Louis XIV, les tentures composant 1'Histoire du Roi, tissées aux Gobelins, ou l'Escalier des Ambassadeurs à Versailles, malheureusement détruit, voir les plafonds les plus importants de l'époque, comme La Galerie d'Apollon au Louvre ou La grande galerie de Versailles.

Il n'est dès lors pas étonnant de retrouver chez ce peintre des plus talentueux des projets de tables extrêmement riches. Ceux-ci, exécutés à la sanguine et conservés au musée du Louvre (Comte de Salverte, Le Meuble français d'après les ornemanistes de 1660 à 1789, Paris, 1930, pl. IV), nous montrent, à la mode italienne, des piétements à figures humaines, notamment des bustes féminins ailés, des putti, mais aussi, fait rare, un modèle de piétement pourvu de sphinge aux ailes déployées, à rapprocher de notre console.

Un corpus de consoles en bois dorés à sphinges

Le dessin préparatoire de Boffrand a donné lieu à quelques évolutions et interprétations, visibles dans une série de consoles procédant du même type, avec ceinture à fond mosaïque, sphinges posées sur des pieds en toupie, entretoise à coquille… Aujourd’hui non localisée, mais autrefois à l’hôtel Masseran à Paris, nous connaissons une console plus profonde, à la ceinture plus chantournée, et dont le médaillon central est orné d’une croix de Lorraine. Elle était vraisemblablement destinée, avec son pendant, au grand cabinet de la duchesse au château de Lunéville. Elle était l’œuvre des sculpteurs parisiens Michel II Lange et Pierre Puel qui ont exécuté en 1716 et sous la conduite de Monsieur Boffrand des tables pour les nouveaux appartements du château (T. Franz dans La Sculpture en son château. Variations sur un art majeur, Château de Lunéville/Gand, 2021, p. 148), reproduite par Juliette Ballot dans Le décor intérieur au XVIIIe siècle à Paris et dans l’Ile-de-France, Paris, 1930, pl. V. et par Bruno Pons dans le catalogue de l’exposition Germain Boffrand, Paris 1986, pp.197-199.

Une console très proche de la nôtre, probablement commandée pour le château de Lunéville et provenant des collections de Gabrielle Chanel puis d’Hubert de Givenchy a été vendue chez Christie’s lors de l’importante vente de la collection de ce dernier :

D’après un modèle de Germain Boffrand (1667-1754), Console, époque Régence, vers 1710-1720, chêne mouluré, sculpté et doré, marbre des Flandres, 86 x 149 x 63 cm, anciennes collections Gabrielle Chanel et Hubert de Givenchy, vente Givenchy, Christie’s Paris, 14 juin 2022 On répertorie plusieurs autres exemplaires analogues : une console à dessus de marbre rouge de Flandres provenant de la collection de Mme de Béhague au château de Fleury. Une console à dessus de marbre portor de la succession de Mme Louis Guiraud, présentée en vente au Palais Galliera à Paris le 26 novembre 1975, lot 102, reproduite auparavant dans un article paru dans Connaissance des Arts (Anonyme, « Les consoles Louis XIV », Connaissance des Arts, n° 36, février 1955, p. 45). Une autre fit partie de l'importante rétrospective qui se tint au Musée des Arts décoratifs en 1960, intitulée Louis XIV Faste et Décors (cat. n° 106 et planche XXI). Elle fut reproduite ensuite par Louis Hautecoeur, de l'Institut, (voir Arts et Artisans de France au temps de Louis XIV, Paris, 1967, p., ill. 152).

Enfin, venant compléter ce corpus nous savons également qu’il existait des tables analogues chez le duc de Bourbon à Chantilly en 1709 dont deux tables de différents marbres, de cinq à six pieds de longueur sur leurs pieds de bois doré à sphinx, ainsi que des tables à griffons ; mais également une table à sphinx chez le duc d’Antin à Paris en 1736.

Le projet de table console par Boffrand ainsi que l’omniprésence des emblèmes de Lorraine laisse présumer une commande émanant du duc Léopold Ier de Lorraine et de son épouse la duchesse Elisabeth-Charlotte. Mais comme le rappelle Thierry Franz, à la suite de Bruno Pons, l’usage des éléments de l’héraldique lorraine (absents sur notre console) ne permet pas d’identifier le duc de Lorraine comme le seul commanditaire possible. Il est en effet possible que d’autres membres de la famille de Lorraine aient utilisé ces mêmes emblèmes, à commencer par le cousin du duc, Charles-Henri de Lorraine, prince de Vaudémont. Cela est d’autant plus probable que le prince de Vaudémont chargea l’architecte Germain Boffrand de rénover l’hôtel de Mayenne, qu’il habitait à Paris, entre 1707 et 1709, et que l’architecte contrôlait encore, en 1713, les mémoires du sculpteur Michel Lange pour du mobilier livré à cette adresse. Il ne serait donc pas déraisonnable que certaines consoles aient pu provenir du prince de Vaudémont à l’hôtel de Mayenne, ou bien encore au château de Commercy en Lorraine qu’il fit réaménager également dans ces années-là.

Quoi qu’il en soit, la provenance ‘famille de Lorraine’ semble évidente pour notre console et ses sœurs, bien qu’il reste difficile d’avancer des hypothèses plus étayées sur la provenance (parisienne ou lorraine) ou le commanditaire (duc Léopold de Lorraine, son épouse, le prince de Vaudémont…). La paternité à Germain Boffrand et l’entourage du sculpteur Michel Lange semble quant à elle très raisonnable pour ce chef-d’œuvre du mobilier et de la sculpture décorative

Anonyme, « Les consoles Louis XIV », Connaissance des Arts, n° 36, février 1955, p. 45.

Louis XIV Faste et Décors, cat. d’exposition, Paris, musée des Arts décoratifs, 1960, cat. n° 106 et pl. XXI.

| Fig. 6 : Console aux sphinges, Louis XIV Faste et Décors, Paris, musée des Arts décoratifs, 1960, cat. n° 106, pl. XXI.
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Provenance

Collection privée

Literature

Bibliographie : comparative | Calin Demetrescu, Le Style Louis XIV, Collection des Styles, Paris, 2002, p. 76. Anonyme, « Les consoles Louis XIV », Connaissance des Arts, n° 36, février 1955, p. 45. Louis XIV Faste et Décors, cat. d’exposition, Paris, musée des Arts décoratifs, 1960, cat. n° 106 et pl. XXI.
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