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Nicolas Colombel, Bacchanales autour de la statue de Bacchus, circa 1680-1690

Nicolas Colombel

Bacchanales autour de la statue de Bacchus, circa 1680-1690
huile sur toile
46 1/2 x 63 in
118 x 160 cm
Demande d'information
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C’est à Anthony Blunt suivi par Karen Chastagnol, auteure du catalogue de l’exposition au musée des beaux-arts de Rouen répertoriant l’ensemble des oeuvres de Nicolas Colombel que l’on doit la redécouverte de cet artiste longtemps considéré comme un suiveur de Nicolas Poussin. En effet, Colombel aime à reprendre les thématiques et les principes de composition privilégiés par le maître, comme en témoigne notre bacchanale. Mais l’oeuvre, loin de confiner Colombel à un simple imitateur, révèle dans sa volonté de transmettre l’idéal d’une manière passée, l’influence assumée à l’école de Bologne, ainsi que ses talents de coloriste. Après s’être formé dans l’atelier de Pierre de Sève à Paris, Colombel réalise la première partie de sa carrière à Rome où il s’établit de 1678 à 1693. N’appartenant pas à l’Académie royale de peinture et de sculpture, alors en conflit avec les institutions artistiques italiennes, il compte dès 1686 parmi les rares peintres reçus à l’Accademia di San Luca. Deux ans plus tôt, il avait été élu membre de la Congrégation des Virtusosi al Pantheon. Tout en répondant aux commandes de peintures à sujets religieux et mythologiques pour le cardinal Pietro Ottoboni, le président du parlement de Grenoble Nicolas Prunier de Saint-André ou la communauté des Jacobins de Paris, Colombel est nommé professeur à l’Accademia de 1688 à 1689. Il renouera avec cette activité d’enseignement après son retour en France en 1691. Sous le directorat de Pierre Mignard (1612-1695), il est le seul peintre reçu à l’Académie royale de peinture et de sculpture, en présentant un sujet d’histoire, Mars et Rhéa Silvia (fig. 1), le 6 mars 1694. Quelques dessins d’après le modèle vivant conservés à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts attestent de l’activité de professeur de l’Académie suite à sa nomination en juin 1705. Quant au corpus peint de Colombel, il se compose actuellement de cinquante-neuf peintures. Fig. 1 : Nicolas Colombel, Mars et Rhéa Silvia, huile sur toile, H. 145 ; L. 173 cm, P aris, Ecole nationale supérieure des beaux-arts, inv. MRA 102. La composition de cette bacchanale trahit l’influence de l’art de Nicolas Poussin, tout en illustrant parfaitement la manière de Colombel : grande lisibilité des figures qui résulte d’une facture lisse d’une part et d’une simplification des formes d’autre part. L’artiste répartit les personnages au premier plan, les sépare les uns par rapport aux autres puis cerne leurs contours à l’aide d’une ligne ferme et continue. Cette maîtrise du dessin associé à un contraste vif des ombres et des lumières concoure à donner un caractère sculptural aux personnages, dont la clarté des carnations s’oppose aux couleurs acidulées des drapés mouillées aux creux accusés. La systématisation des ombres portées n’est pas sans rappeler les recherches sur la lumière menées par Poussin, employant des maquettes inspirées de l’univers théâtral afin d’« éclairer » la scène illustrée. C’est sous une lumière uniforme et dans un paysage de forêt soigneusement mis en perspective que les personnages s’adonnent aux plaisirs du vin et de la chair. Particulièrement prisé des milieux érudits, la thématique des bacchanales favorise les licences charnelles. Comme l’Acis et Galathée de Poussin (fig. 2), Colombel reprend le motif du couple s’embrassant qu’il situe derrière le groupe de danseuses et des buveurs. Au premier plan, l’un d’eux est ramassé sur le sol, sous l’effet de l’ivresse qu’atteste l’outre renversée d’où plus aucune goutte ne s’écoule. Un enfant dépeint, non sans humour, lui tire la queue. Les poses sont fixées avec une minutie qui confine leur théâtralité à une exagération presque affectée. A l’exigence du choix d’un mode d’expression que développa Poussin dans ses peintures, bacchanales comprises, Colombel préfère céder à l’exubérance de son imagination savoureuse. Dans un même esprit, la robustesse des figures relève moins d’une référence à la statuaire antique que de l’élaboration d’un canon personnel à partir notamment des peintres bolonais. La raideur des figures évoque l’art du Dominiquin (1581-1641), tandis que les drapés artificiellement gonflés par le vent rappellent ceux de l’Albane (1578-1660), soit des références qu’assume pleinement Colombel jusque dans la facture lisse et précise de ses oeuvres. Au sujet de l’attrait des peintures de l’école bolonaise présente dans les collections royales auquel n’échappe ni Bon Boullongne par exemple, Karen Chastagnol mentionne à travers une citation du collectionneur et amateur Philippe de Chennevières combien notre peintre était considéré comme un tenant de la tradition classique « En 1721 [sic], il ne resta plus qu’un Colombel, peintre de Normandie, pour copier les Carrache ». Fig. 2 : Nicolas Poussin, Acis et Galatée, huile sur toile, H. 97 cm ; L. 135 cm, Dublin, National Gallery Pour son morceau d’agrément présenté le 28 février 1693 à l’Académie royale de peinture et de sculpture, Colombel avait fait le choix d’une bacchanale que mentionne Dubois de Saint-Gelais en 1717 : « Quelques tems après il se présenta à l’Académie, & il y montra de fort beaux morceaux qu’il avoit peint à Rome. Il y avoit entre autres une bacchanale & un tableau représentant le roi Candaule qui fait voir sa femme à son favori »4. Notre oeuvre date également de la période italienne de l’artiste comme l’animation de la composition et l’accentuation du clair-obscur incitent à le penser. Colombel était alors en concurrence avec le peintre nîmois Reynaud Levieux (1613-1699), dont les oeuvres se caractérisent par une facture soignée et une composition ordonnée qui se retrouvent également sous le pinceau de René- Antoine Houasse (1645-1710), mais il est le seul à accorder de l’importance au paysage. Le soin apporté dans l’illustration de la végétation, du tracé des formes des espèces choisies jusqu’aux nuances de marron et de vert modulées par la pose des lumières trahit une véritable sensibilité à la nature.
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We owe to Anthony Blunt and Karen Chastagnol, author of the catalog of the exhibition at the Museum of Fine Arts of Rouen listing all the works of Nicolas Colombel the rediscovery of this artist long considered a follower of Nicolas Poussin. Indeed, Colombel likes to take up the themes and principles of composition privileged by his master Nicolas Poussin (1594-1665), as our bacchanal testifies. But the work, far from confining Colombel to a mere imitator, reveals in his desire to transmit the ideal in a past manner, the influence assumed at the school of Bologna, as well as his colourist talents. After his training in the atelier of Pierre de Sève in Paris, Colombel realized the first part of his career in Rome where he settled from 1678 to 1693. Not belonging to the Royal Academy of Painting and Sculpture, then in conflict with the Italian artistic institutions, he counts from 1686 among the rare painters received at the Accademia di San Luca. Two years earlier, he had been elected a member of the Congregation of Virtusosi al Pantheon. While responding to orders for paintings with religious and mythological subjects for Cardinal Pietro Ottoboni, the president of the parliament of Grenoble Nicolas Prunier of Saint-André or the Jacobin community of Paris, Colombel was appointed professor at the Accademia from 1688 to 1689. He returned to France in 1691. Under the direction of Pierre Mignard (1612-1695), he was the only painter received at the Royal Academy of Painting and Sculpture, presenting a historical subject Mars and Rhea Silvia (fig.1) on March 6, 1694. Some drawings preserved at the Ecole Nationale Superieure des Beaux-Arts attest his activity as a professor at the Academy following his nomination in June 1705. As for the painted corpus of Colombel, it currently consists of fifty-nine paintings. Fig. 1 : Nicolas Colombel, Mars and Rhéa Silvia, oil on canvas, H. 145 ; W. 173 cm Paris, Ecole nationale supérieure des beaux-arts, inv. MRA 102. The composition of this bacchanale betrays the influence of the art of Nicolas Poussin, while perfectly illustrating the way of Colombel: great legibility of the figures which results from a smooth structure on the one hand and a simplification of the forms of the other hand. The artist distributes the characters in the foreground, separates them from each other and then circumscribes their contours with a firm and continuous line. This mastery of drawing combined with a sharp contrast of shadows and lights helps to give a character to the sculptures, whose clear tones contrast with the acid colors of the wet draperies in the accused hollows. The systematization of shadows is reminiscent of Poussin's research on light, using models inspired by the theatrical universe in order to "illuminate" the illustrated scene. It is under a uniform light and in a landscape of forest carefully put in perspective that the characters devote themselves to the pleasures of the wine and the flesh. Particularly popular among scholarly circles, the theme of bacchanals favors carnal licenses. Like Acis and Galatee by Poussin (fig. 2), Colombel takes up the motif of the couple embracing that he places behind the group of dancers and drinkers. In the foreground, one of them is picked up on the ground, under the effect of the drunkenness evidenced by the wineskin, from which no more drops flow. A child depicted, not without humor, pulls his tail. The poses are fixed with a meticulousness which confines their theatricality to an almost affected exaggeration. To the exigency of the choice of a mode of expression that Poussin developed in his paintings, including bacchanals, Colombel preferred to yield to the exuberance of his savory imagination. In the same spirit, the robustness of the figures is less a reference to the ancient statuary than to the elaboration of a personal canon from Bolognese painters. The stiffness of the figures evokes the art of Dominiquin (1581-1641), while the drapery artificially inflated by the wind recall those of the Albane (1578-1660), references that Colombel fully assumes in the smooth and precise execution of his works. Regarding the attraction of the paintings of the Bolognese school in the royal collections, Karen Chastagnol mentions, through a quote from the collector and amateur Philippe de Chennevières, how our painter was considered a tenant of the classical tradition "In 1721 [sic], there remained only a Colombel, painter of Normandy, to copy the Carracci". Fig. 2 : Nicolas Poussin, Acis and Galatee, oil on canvas, H. 97 cm  ; W. 135 cm Dublin, National Gallery For his “morceau d'agrément” presented to the Académie royale de peinture et de sculpture on February 28, 1693, Colombel chose a bacchanal, which Dubois de Saint-Gelais mentions in 1717: "Some time later, he presented himself at the Académie, where he showed some of the most beautiful pieces he had painted in Rome. Among others, there was a bacchanal and a painting of King Candaule showing his wife to his favorite "4. Our work also dates from the artist's Italian period, as the liveliness of the composition and the accentuation of chiaroscuro suggest. Colombel was in competition with the Nîmes painter Reynaud Levieux (1613-1699), whose works are characterized by a meticulous craftsmanship and orderly composition that can also be found under the brush of René-Antoine Houasse (1645-1710), but he is the only one to give importance to landscape. The care taken in illustrating vegetation, from the shapes of the chosen species to the shades of brown and green modulated by the light, betrays a genuine sensitivity to nature.
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Provenance

peut-être collection l'Abbé, sa vente, Paris, 2 décembre 1765, n° 130 « un tableau représentant un Bacchanal peint par Colombel, sur toile, de 3 pieds 6 pouces de large, sur 4 pieds 6 pouces de haut, dans une bordure de bois sculptée, dorée » ; vente Finarte, Rome, 13 décembre 1989, n° 34 (anonyme français du XVIIe) ; acquis sur le marché de l'art italien en 1993 (Poussin) ; collection particulière suisse.

Expositions

Rouen, musée des beaux-arts, 2013, Nicolas Colombel vers 1644-1717, n° P.33
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