Walter Sauer
Extase. Profil d'une jeune femme coiffée d'un chapeau orné d'un oiseau, 1919
Dessin au crayon et au pastel sur papier
36 x 32 cm.
14 1/8 x 12 5/8 in.
14 1/8 x 12 5/8 in.
« Walter Sauer est, avant tout, un amoureux de la forme et il
connaît parfaitement l’art du contour. Il a compris qu’une
pensée telle que la sienne, en se matérialisant, devait conserver
une rare simplicité et ne pouvait tolérer aucun excès […] Autour
des femmes qu’il dessine, il déploie désormais des accessoires
qui montrent clairement qu’elles vivent elles aussi dans la vie. »
- Alex Salkin in Walter Sauer , L’Art Belge, 30 avril 1922
Réalisé en 1919, ce dessin s’inscrit dans une série centrée sur le même motif : des profils
féminins raffinés coiffés de couvre chefs Art nouveau aux couleurs vives, thème que
Walter Sauer explore à un moment décisif de sa vie. Cette année là coïncide avec la
naissance de son fils Yvan, né de sa relation avec le modèle Mathilde Dressen. Sauer
passe les derniers mois de la grossesse de Mathilde en Provence, à Roquebrune Cap
Martin, où il éprouve un sentiment de bonheur fugace mais authentique, l’une des rares
parenthèses paisibles de leur vie commune. Durant cette période, il travaille avec une
intensité remarquable, représentant à plusieurs reprises sa compagne enceinte tout en
développant cette suite de femmes aux chapeaux, un groupe d’œuvres qu’il intitule
collectivement Extases.
La série reflète l’atmosphère de calme et de temps suspendu qui caractérise sa retraite
méridionale, baignée de lumière et adoucie par le climat méditerranéen. Les femmes
sont invariablement représentées les yeux clos et le menton légèrement relevé, leurs
expressions suggérant un abandon silencieux à la chaleur et à la lumière, comme si elles
recevaient la caresse du soleil sur leur visage. Le trait délicat de Sauer et la douceur des
physionomies contrastent avec la richesse imaginative des coiffes, souvent animées
d’oiseaux aux couleurs d’arc en ciel qui introduisent les principaux accents
chromatiques, repris uniquement par le rouge discret des lèvres.
Avant son installation dans le sud de la France, Sauer avait rencontré Céline Dangotte,
directrice de la maison de décoration L’Art Décoratif, dont la présence se révéla
culturellement significative pour l’artiste. Dangotte, féministe engagée et active dans les
cercles les plus progressistes de Bruxelles, incarnait un idéal moderne d’émancipation
féminine qui trouve une résonance subtile dans l’imaginaire de Sauer. Ce dessin
participe pleinement de cette vision, présentant une figure en équilibre entre rêverie
introspective et modernité assurée, où l’élégance devient le vecteur d’une vie intérieure
autant que d’une indépendance silencieuse.
Walter Sauer. Biographie
Walter Sauer naît à Bruxelles en 1889. Son père est professeur d’histoire de l’art et c’est
à la maison que Sauer découvre pour la première fois les artistes et leurs œuvres. Mais la
connaissance de l’histoire de l’art ne suffit pas au jeune garçon, qui possède l’âme d’un
artiste et passe de la théorie à la pratique, apprenant les rudiments du métier auprès de
son voisin, le sculpteur belge Victor Rousseau (1865 1954). En 1903, à l’âge de quatorze
ans, il entre à l’Académie des Beaux Arts de Bruxelles. Il y étudie la peinture décorative
avec Constant Montald (1862 1944) et remporte un prix de composition décorative. Alors
qu’il est encore étudiant à l’Académie, il rencontre par hasard l’antiquaire japonais
Murakami, qui l’initie à l’art des maîtres japonais. Pour Sauer, cette découverte ouvre la
voie à de nouvelles possibilités expressives. Il expérimente de nouvelles manières
d’employer la couleur, de composer l’image et attribue une valeur renouvelée à l’élégance
de la ligne. Pendant la Première Guerre mondiale, sa santé fragile l’empêche de
combattre et il reste chez lui pour affiner sa vision artistique. Il réalise des dessins
publicitaires et des gravures, et expose également au Salon annuel de La Libre
Esthétique en 1914 ainsi qu’au Salon triennal de Bruxelles.
Il acquiert rapidement une certaine réputation et bénéficie de deux expositions
personnelles, la première à Bruxelles en 1919 et la seconde à Gand en 1920. La figure
féminine devient le sujet privilégié de son œuvre, interprétée dans un registre symboliste
ou observée à travers les coutumes locales lors de ses voyages en Bretagne, en Espagne et
en Algérie. Parallèlement à ses recherches stylistiques, Sauer devient un virtuose de la
technique, modelant les corps au pastel et utilisant des feuilles d’argent et d’or pour
enrichir ses œuvres et obtenir de subtils effets visuels. Il expérimente également l’usage
de la cire sur les figures afin de conférer à la peau un aspect d’ivoire. Sa réputation
dépasse rapidement les frontières nationales et il participe à d’importantes
manifestations, telles que la première Exposition internationale des Arts décoratifs de
Milan à la Villa Reale de Monza en 1923 et l’Exposition internationale des Arts décoratifs
de Paris en 1925. L’année suivante, il est nommé professeur à l’École des Arts Industriels
et Décoratifs d’Ixelles. En 1927, il se rend en Algérie afin de réunir la documentation
nécessaire à une importante commande du banquier baron Allard, mais meurt
soudainement d’une intoxication alimentaire à l’hôpital Mustapha d’Alger.
"Walter Sauer is, above all, a lover of form and he knows perfectly the art of contour. He understood that a thought such as his, when materializing, had to retain a rare simplicity, and could not tolerate any excess […] Around the women he draws, he now spreads accessories that clearly show they also live in life."
- Alex Salkin in Walter Sauer, L'Art Belge, 30 april 1922
Realised in 1919, this drawing forms part of a series centred on the same motif: refined female profiles crowned with vividly coloured Art Nouveau headdresses, a theme Walter Sauer explored at a decisive moment in his life. That year coincided with the birth of his son Yvan, born from his relationship with the model Mathilde Dressen. Sauer spent the final months of Mathilde's pregnancy in Provence, in Roquebrune Cap Martin, where he encountered a fleeting yet authentic sense of happiness, one of the rare peaceful interludes in their shared life. During this period he worked with remarkable intensity, repeatedly portraying his pregnant companion while also developing this sequence of women with hats, a group of works he collectively titled Ecstasies.
The series reflects the atmosphere of calm and suspended time that characterised his southern retreat, immersed in sunlight and tempered by the gentle Mediterranean climate. The women are consistently depicted with closed eyes and slightly uplifted chins, their expressions suggesting a quiet abandonment to warmth and light, as if receiving the caress of the sun upon their faces. Sauer's delicate line and the softness of the physiognomies are set against the imaginative richness of the headdresses, often animated by rainbow coloured birds that introduce the principal chromatic accents, echoed only by the restrained red of the lips.
