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Jusepe de Ribera, Un prophète, Naples, vers 1635
Jusepe de Ribera, Un prophète, Naples, vers 1635

Jusepe de Ribera

Un prophète, Naples, vers 1635
Huile sur toile
122 x 95 cm
48 x 37 3/8 in
Avec cadre : 141 x 112,5 cm
Demande d'information
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Le visage représenté offre une ressemblance frappante avec l'Héraclite de la collection Durazzo Pallavicini à Gênes. Vu la parenté stylistique, le tableau a dû être peint à la même période,...
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Le visage représenté offre une ressemblance frappante avec l'Héraclite de la collection Durazzo Pallavicini à Gênes. Vu la parenté stylistique, le tableau a dû être peint à la même période, vers 1635.

Ce tableau est apparu sur le marché de l'art chez Sotheby's New York le 30 janvier 2014, sous l'intitulé « Un philosophe », attribué à Jusepe de Ribera. Il était proposé par le High Museum of Art d'Atlanta, qui souhaitait financer de futures acquisitions. Après la vente, le nettoyage a fait réapparaître la signature et la date. La même composition, considérée comme l'original, présentée chez Sotheby's Paris le 3 novembre 2021, également comme un Philosophe, est restée invendue. Il apparaît aujourd'hui que le tableau de New York est bien l'original, tandis que celui présenté à Paris compte parmi les nombreuses copies ou œuvres d'atelier. Quant au sujet, il ne s'agit pas d'un philosophe mais d'un prophète.

Une œuvre autographe

Héritier du caravagisme, attaché à une humanité profonde et à un réalisme parfois cru, ce prophète se détache sur un fond sombre qui accentue sa monumentalité. Il tient dans ses mains un livre corné et abîmé ainsi qu'un linge blanc, et porte un ample manteau. La qualité picturale de la version new-yorkaise, notre tableau, plaide en faveur de son caractère autographe : elle se distingue par le rendu des drapés, par les jeux de lumière et d'ombre, en particulier sur le visage, qui dégagent une présence physique, et par la puissance expressive qui émane du visage, comme par la qualité du livre, des mains et du tissu, dont le blanc « foisonne de noir ».

La signature révélée lors de la restauration est un élément décisif pour la période napolitaine : les philosophes mendiants sont quasiment tous signés, les tableaux non signés se révélant plus souvent des œuvres d'atelier ou des copies. Dès 1984, Eric M. Zafran, dans la notice du musée d'Atlanta, évoquait la possibilité d'une figure religieuse. Il rapportait l'avis d'Oreste Ferrari, selon lequel la peinture du High Museum est d'une qualité remarquable, comparable aux deux tableaux de Ribera, l'Héraclite et le Démocrite du palais Durazzo Pallavicini à Gênes. Pourtant, ni Oreste Ferrari, ni Raffaello Causa, ni Nicola Spinosa n'ont tenu notre tableau pour un original de Ribera. Cette erreur s'explique vraisemblablement en partie par le fait que les deux chefs-d'œuvre génois, pourtant signés et datés de 1635, auxquels était comparé notre tableau, furent longtemps attribués à un obscur Maître du Christ au jardin de Pozzuoli.

L'estampe de Bernard Vaillant

La composition fut gravée en 1672 par Bernard Vaillant, probablement pour un propriétaire collectionneur ou marchand (voir E. Verhaak, Rijksmuseum Bulletin, 1986, 34, n° 4). Un exemplaire en manière noire (mezzotinto, 372 x 252 mm), conservé au Rijksprentenkabinet d'Amsterdam (inv. RP-P-1982-53), a été publié dans la Gazette des Beaux-Arts de juillet-août 1987 (n° 1422-1423, p. 18). Un autre exemplaire, signé et daté, se trouve au Herzog Anton Ulrich-Museum de Brunswick.

Copies

Outre la version présentée à Paris le 3 novembre 2021, plusieurs copies de la même composition sont passées en vente :
– Christie's, Londres, 29 mai 1992, lot 313 (huile sur toile, 53 x 44,2 cm, copie fragmentaire) ;
– Mme Paul Drey, New York, 1960 (huile sur toile, 20 x 17 pouces, copie fragmentaire représentant le livre et les deux mains ; une photographie se trouve à la Witt Library, Londres), vendue chez Christie's, Londres, le 29 mai 1992, lot 313, sous le titre « Les Épîtres de saint Pierre tenues par deux mains – un fragment » ;
– collection particulière, Bruxelles (voir E. M. Zafran, op. cit., p. 77 ; huile sur toile, copie avec variante : un visage différent) ;
– Bordeaux, 26 mars 1998 (huile sur toile, 118 x 90 cm, copie) ;
– collection particulière, Bruxelles (huile sur toile, 112 x 96 cm, copie) ;
– Sotheby's, Londres, 8 juillet 1999, lot 196, « Un philosophe grec tenant un livre » (huile sur toile, 118 x 92,2 cm), comme cercle de Jusepe de Ribera (copie) ;
– Sotheby's Olympia, Londres, 6 décembre 2005, lot 609 (invendu), puis 25 avril 2006, lot 329 (huile sur toile, 113 x 95,5 cm, non signée, copie du XVIIe siècle).

Les philosophes de Ribera

Les philosophes occupent une place privilégiée dans l'œuvre de Ribera, de sa période romaine jusqu'à la fin de sa carrière. Le nombre élevé de prototypes et de dérivations, comme l'incertitude de leur iconographie, rend leur identification difficile dans les inventaires anciens, où ils figurent le plus souvent sous des mentions sommaires : un Philosophe avec un compas, avec une mappemonde, etc. Pour Fitz Darby, l'incapacité à reconnaître leurs attributs aurait fait disparaître leur sens, et avec lui le nom du philosophe représenté. Il est plus vraisemblable que leur identité ait été délibérément laissée ouverte à l'interprétation. Ces figures, généralement vêtues de haillons, rencontrèrent d'emblée un immense succès et furent énormément copiées. Leur naturalisme sans concession, leur cadrage rapproché à mi-corps et leur éclairage violent renouvelaient le genre élaboré par le Caravage. Ribera cherchait à traduire un état d'âme, conférant à ses modèles, pris sur le vif, une épaisseur psychologique très éloignée des représentations stéréotypées des grands penseurs antiques. L'association de livres et de vieillards misérables a pu, à juste titre, être lue comme une inclination au stoïcisme : leur allure digne, proche de celle des prophètes, unissait philosophie antique et religion chrétienne.

Un prophète juif

Notre tableau illustre admirablement cette frontière incertaine entre philosophe, ermite, sage et prophète. Il est le plus souvent désigné comme un Philosophe ou un Philosophe grec, voire comme Origène. Il s'agit pourtant d'un prophète juif tenant le livre saint à travers un tissu ; trois éléments viennent notamment étayer cette interprétation :
– l'écriture : l'inscription sur la reliure semble imiter une écriture de droite à gauche ; lue dans ce sens, ses caractères évoquent des lettres hébraïques. En haut à gauche de la première page du livre, on trouve également du texte en hébreu ;
– le sens de l'ouvrage : la reliure se trouve du côté droit, comme il convient à un livre hébreu présenté au spectateur ;
– le linge rituel : la main gauche ne touche pas le livre directement, un pan de tissu recouvrant la paume. Cela correspond à la coutume juive interdisant de toucher un rouleau de la Torah à mains nues, règle issue du Talmud de Babylone et reprise par la législation religieuse ultérieure. Les premiers artistes chrétiens et byzantins la connaissaient, qui représentaient Moïse recevant les Tables de la Loi tenues par le bord de ses vêtements.
Ainsi, ce qui pourrait à première vue apparaître comme l'attribut banal d'un philosophe, un livre, prend ici une dimension religieuse beaucoup plus précise.

En conclusion

L'existence de ces gravures, la multiplicité des copies, la qualité de notre tableau, la présence d'une signature et d'une date, ainsi que les rapprochements stylistiques avec les philosophes de 1635 conservés à Gênes, démontrent qu'il s'agit du prototype autographe de Ribera, tandis que les autres versions connues relèvent de la copie ou de l'atelier. Le livre sacré, la manière dont il est tenu, l'écriture évoquant l'hébreu et la dignité austère du personnage conduisent à voir dans cette figure non pas un philosophe antique, mais un prophète juif, ce qui éclaire d'un jour nouveau une composition longtemps enfermée dans la catégorie, trop générale, des Philosophes de Ribera.
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Provenance

Collectionneur hollandais ou espagnol vivant dans les Pays-Bas du Nord, pour l'instant non identifié, avant 1672 (date à laquelle huit philosophes furent gravés « à la manière noire » par Bernard Vaillant) Possiblement Jean-Louis Babault ; peut-être sa vente, Paris, 14 février 1758, lot 367 (vendu 18 livres à Pierre Rémy) sous la description : « Joseph de Ribera – Un homme tenant un livre, vu de face jusqu'aux genoux ; peint sur toile. Quatre pieds de haut sur trois de large » (il pourrait fort bien s'agir de notre tableau, ou d'une version de celui-ci, car c'est la seule composition où le philosophe, tenant un livre et non en train de le lire, est vu entièrement de face) Possiblement Pierre Rémy, Paris Vente anonyme, Lucerne, Galerie Fischer, 6-7 juillet 1925, lot 261 (comme Ribera) J. Bulow Campbell (1870-1940), Atlanta Par héritage à sa fille, Virginia Orme Campbell (1906-1995), plus tard Mme Richard W. Courts Jr., Atlanta Légué par celle-ci à la J. Bulow Campbell Foundation, Atlanta Légué par cette dernière en 1981 au High Museum of Art, Atlanta (inv. 1981.113) Mis en vente par le musée (déclassé), Sotheby's, New York, 30 janvier 2014, lot 258 (comme attribué à Jusepe de Ribera)

Literature

E. M. Zafran, European Art in the High Museum of Art, Atlanta, 1984, p. 77, reproduit (comme suiveur de Jusepe de Ribera). E. Verhaak, « Filosofen naar Spaanse voorbeelden door Bernard Vaillant – Een oeuvre wordt uitgebreid », Rijksmuseum Bulletin, Amsterdam, 1986, 34, n° 4, p. 247, 249, 250 (ill. 5) et 255 (note 10). Gazette des Beaux-Arts, juillet-août 1987, n° 1422-1423, p. 18. N. Spinosa, Ribera. L'opera completa, Naples, 2006, sous le n° A91, p. 297 (reproduisant la version non signée présentée chez Sotheby's Paris le 3 novembre 2021). N. Spinosa, Ribera. La obra completa, Madrid, 2008, sous le n° A111, p. 370 (reproduisant la version non signée présentée chez Sotheby's Paris le 3 novembre 2021).
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