Jan-Marie-Constantin Van Beers
Le Paravent, circa 1888
huile sur panneau d'acajou
32.3 x 23.7 cm.
12 3/4 x 9 3/8 in.
12 3/4 x 9 3/8 in.
Notre tableau justifie le qualificatif donné à Van Beers de « Meissonier des dames » (A. Shaw, Jan van Beers, Review ou reviews and wolds’work, mars 1894, p. 354). Ayant le goût du petit format et recherchant « les situations choquantes, cultivant (...) le paradoxe et l’anachronisme » (E. Bouvy, A propos d’art humoristique, Revue philomathique de Bordeaux, 1er novembre 1907, vol. 10, p. 525), l’artiste peint plusieurs Pierrette. Pour lui il ne s’agit pas d’un thème littéraire ou humble mais de montrer des personnages costumés. Il exécute un portrait de sa petite amie Georgette qui ressemble à notre Pierrette (collection particulière) avec le même costume et commande à l’atelier de Nadar des photographies de Madame Nery (Fig.1), comédienne des Bouffes parisiennes pour lui servir de modèle dont il s’agit sûrement ici. En mentionnant une autre Pierrette, le critique Pierre de Labrosse propose une définition de l’œuvre de Van Beers : « La fantaisie de ses figures repose sur [...] une connaissance exacte et non sans ironie des ficelles qui tirent les traits des pantins humains. Ce n’est pas dans le modelé des traits que Van Beers chercher le caractère de ses figures. [...] C’est le plus souvent le clin d’œil, l’arrête d’une bouche, la flexion d’un sourcil, rendus dans leur essentiel, qui décrivent l’effet, simple, élémentaire, mais aigu. C’est une plaisante exagération, et voilà tout. » (Jan Van Beers, La Revue illustrée, 1885, second semestre, p. 786).
Jan Van Beers nait à Lierre dans la province d’Anvers en 1852. Son père est un poète connu et Jan continue dans cette lignée d’artiste en devenant peintre. Il étudie à l’Académie d’Anvers et rapidement crée avec ses amis la « Van Beers Clique ». Van Beers veut très rapidement devenir célèbre. Il l’est tout d’abord, non par son œuvre, mais par son excentricité. Ce jeune artiste ne semble pas prendre les choses au sérieux. Un de ses grands amusements avec la « Van Beers Clique » est de se promener dans les rues, déguisé en femme. Un peu plus tard, il essaie de faire oublier son excentricité et de se faire reconnaître comme un vrai peintre. Il tente alors tous les styles et tous les sujets, peignant à la fois des tableaux historiques, des paysages et des miniatures. Les critiques considèrent que Van Beers n’arrive pas à trouver son propre style.
L’artiste s’installe à Paris en 1878 et travaille dans l’atelier de Alfred Stevens. A partir de 1879, il produit de nombreux petits tableaux de scènes de genre, presque des miniatures, exécutés avec une délicatesse et une précision extrême. Le succès est immédiat. Soir d’Eté, une toile qu’il expose au Salon de Paris de 1880 reçoit les louanges des critiques unanimes qui, en France comme en Belgique, vantent la finesse et l’élégance de sa touche. Van Beers se concentre principalement sur des scènes de la vie bourgeoise et des portraits d’élégantes jeunes femmes.
Il réalise ainsi en 1888 un portrait de Sarah Bernardt, aujourd’hui conservé aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (Fig.2).
Tout semble réussir à Van Beers, les critiques remarquent qu’aucun artiste ne peut surpasser cette finition de tableau. Mais au salon de Bruxelles en 1881, Van Beers est au cœur d’un scandale. Il y expose deux tableaux Lily et La Sirène et est attaqué par trois critiques lui reprochant d’avoir peint ces tableaux par-dessus une photographie. L’artiste ne serait donc qu’un retoucheur adroit. Van Beers propose à ces trois critiques de nommer un expert de leur choix. Si l’expert confirme leur accusation, il paiera les critiques pour chaque tableau (10000Fr pour Lily et 20000 Fr pour la Sirène). Dans le cas inverse, les critiques devront payer. Deux critiques se retirent sous le prétexte que l’expertise esquinterait le tableau mais le troisième reste sur sa position mais refuse la proposition du peintre. Il lui propose de s’enfermer le temps qu’il faudra pour refaire l’un des deux tableaux. Van Beers refuse.
Mais le 3 septembre 1881, un nouvel incident arrive, la Sirène est vandalisée, le visage de la femme est arraché. Rien ne s’oppose plus à l’expertise. Van Beers la fait faire par une commission qu’il recrute, celle-ci conclut que le peintre est un « honnête homme ». Le peintre se sent alors assez fort pour porter l’affaire en justice. Mais il perd son procès, non pas parce que son tableau n’est pas réel mais pour des histoires d’intérêt et d’argent.
Par cette affaire il est intéressant de comprendre pourquoi la Sirène exposé à Pars un an auparavant n’avait alors créé aucun scandale alors qu’il n’en est pas de même à Bruxelles. Tout simplement parce que Van Beers est trop moderne pour l’école de Belgique. Ce scandale a toujours suivi Van Beers mais a aussi contribué à faire de lui un artiste célèbre et riche. Il séjourne à Fay aux Loges à la Reinerie. Il meurt en 1927 et est enterré au cimetière de Fay aux Loges Beaucoup de ses tableaux ont disparu, mais le musée du petit palais à Paris, musée des Beaux-Arts de Rouen ou le musée d’Anvers en conservent certains.
Our painting justifies the description given to Van Beers as "Meissonier des dames" (A. Shaw, Jan van Beers, Review or reviews and wolds'work, March 1894, p. 354). Having a taste for small format and seeking "shocking situations, cultivating (...) paradox and anachronism" (E. Bouvy, A propos d'art humoristique, Revue philomathique de Bordeaux, 1 November 1907, vol. 10, p. 525), the artist painted several Pierrettes. For him, it is not a literary or humble theme, but rather a question of showing transvestite characters. He painted a portrait of his girlfriend Georgette, who resembles our Pierrette (private collection) with the same costume, and commissioned Nadar's studio to take photographs of Madame Néri (Fig 1.), an actress at the Bouffes in Paris, to serve as a model, which is probably the case here. Mentioning another Pierrette, the critic Pierre de Labrosse offers a definition of Van Beers' work: "The fantasy of his figures is based on [...] an exact and not without irony knowledge of the strings that pull the features of human puppets. It is not in the modelling of the features that Van Beers seeks the character of his figures. [...] It is most often the wink of an eye, the line of a mouth, the bend of an eyebrow, rendered in their essentials, that describe the effect, simple, elementary, but acute. It is a pleasant exaggeration, and that is all. (Jan Van Beers, La Revue illustrée, 1885, second half, p. 786).
Jan Van Beers was born in Lier in the province of Antwerp in 1852. His father was a well-known poet and Jan continued this artistic line by becoming a painter. He studied at the Antwerp Academy and soon formed the "Van Beers Clique" with his friends.
Jan Van Beers wanted to become famous very quickly. He became famous not because of his work, but because of his eccentricity. This young artist did not seem to take things seriously. One of his great amusements with the 'Van Beers Clique' was to walk the streets dressed as a woman. Later on, he tried to forget his eccentricity and to be recognised as a real painter. He tried all styles and subjects, painting historical pictures, landscapes and miniatures. The critics considered that Van Beers could not find his own style.
The artist moved to Paris in 1878 and worked in the studio of Alfred Stevens. From 1879 onwards, he produced numerous small paintings of genre scenes, almost miniatures, executed with extreme delicacy and precision. His success was immediate. The painting "Soir d'Eté", which he exhibited at the Paris Salon in 1880, was unanimously praised by critics in France and Belgium for its finesse and elegance of touch. Van Beers concentrated mainly on scenes of bourgeois life and portraits of elegant young women. In 1888 he painted a portrait of Sarah Bernardt, now in the Royal Museums of Fine Arts of Belgium (Fig.2).
Everything seemed to work out for Van Beers, and the critics remarked that no artist could surpass the finish of his paintings. But at the Brussels Salon in 1881, Van Beers was at the centre of a scandal. He exhibited two paintings, 'Lily' and 'The Mermaid', and was attacked by three critics for having painted them over a photograph. Van Beers was therefore only a skilful retoucher. Van Beers suggested to the three critics that they appoint an expert of their choice. If the expert confirms their accusation, he will pay the critics for each painting (10,000 Fr for Lily and 20,000 Fr for the Siren). If not, the critics will have to pay. Two critics withdrew on the pretext that the expertise would damage the painting, but the third remained in his position but refused Van Beers' proposal. He offered to lock himself up for as long as it took to redo one of the two paintings. Van Beers refused. But on 3 September 1881, a new incident occurred: "The Mermaid" was vandalised and the woman's face was torn off. There was no longer anything to prevent the expertise. Van Beers had it done by a commission he had recruited, which concluded that Van Beers was an "honest man". The painter then felt strong enough to take the case to court. But he loses the case, not because his painting is not real but because of interest and money.
It is interesting to understand why 'The Mermaid', exhibited in Pars a year earlier, did not cause any scandal, whereas it did not in Brussels. Simply because Van Beers is too modern for the Belgian school. This scandal always followed Van Beers, but it also contributed to his becoming a famous and rich artist. Van Beers stayed in Fay aux Loges at the Reinerie. He died in 1927 and is buried in the Fay aux Loges cemetery. Many of his paintings have disappeared, but you can still admire some of them in the Musée du Petit Palais in Paris, the Musée des Beaux-Arts in Rouen and the Musée d'Anvers.
