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Simeon Solomon, Persée, une certaine tentation, 1886

Simeon Solomon

Persée, une certaine tentation, 1886
aquarelle et craie sur papier
31.5 x 25.5 cm.
12 3/8 x 10 in.
Demande d'information
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Selon les traditions, Méduse est tantôt un monstre à l'aspect grotesque, tantôt une femme au charme fatal. La version la plus connue et la plus complète du mythe de Méduse est celle racontée par le poète Ovide dans les Métamorphoses. Ovide raconte comment la beauté de Méduse attire le dieu Poséidon, qui la viole dans un sanctuaire dédié à la déesse Athéna. La déesse, voyant son temple profané, décide de punir la jeune fille, victime ainsi deux fois des instincts des dieux, en transformant ses cheveux en affreux serpents et en lui donnant le pouvoir de pétrifier quiconque croiserait son regard. Reléguée dans un lieu étroit et désolé, Méduse est tuée par Persée, fils de Zeus et de Danaé, sur les ordres de Polydecte, le roi de Sérifos. Le roi cherche en réalité la mort du jeune demi-dieu afin d’obtenir l'amour de Danaé, sa mère. Mais Persée réussit sa mission en décapitant Méduse pendant son sommeil. La tête de Méduse conserva même après sa mort le pouvoir de pétrifier quiconque osait la regarder, et Persée utilisa cette arme meurtrière pour sauver Andromède et tuer Polydecte. Notre dessin n'est pas la représentation classique de Persée, qui voit le héros montrer avec fierté et mépris la tête hideuse et tranchée de Méduse. Simeon Solomon interprète le sujet de manière totalement différente : son Persée n'est pas arrogant mais pensif, ses yeux languissants contrastent avec le regard sombre de Méduse. L’influence italienne est ici très présente : le paysage montagneux derrière le héros rappelle les horizons clairs des peintures des primitifs italiens, le casque bleuâtre, avec ses reflets métalliques, rappelle le spectaculaire Persée en bronze de Benvenuto Cellini à Florence de la Loggia des Lanzi. Mais parmi toutes ces influences, la plus forte est celle de Botticelli, peintre adoré par les Préraphaélites et que Solomon semble lire avec le même regard que le poète Algeron Swinburn, qui louait précisément la grâce douloureuse de ses figures, ainsi que la coexistence des deux sexes dans les visages, ce que nous retrouvons dans ce Persée et cette Méduse. Le dessin est signé et daté "S.S. 1886", soit deux ans après l'entrée de l'artiste à la St. Giles Workhouse, à une époque où les œuvres de l'artiste sont collectionnées par un groupe d'intellectuels opposés à la morale sexuelle de l'époque victorienne, parmi lesquels on trouve Oscar Wilde. Comme le célèbre écrivain, il a lui aussi connu l'ostracisme social et le pilori d'un scandaleux procès pour homosexualité qui lui a coûté sa carrière et plusieurs amitiés. Le titre Perseus. A type of temptation peut être mieux compris à la lumière de cet événement de sa vie. Il semble faire allusion à un plaisir refusé, une tentation toujours présente avec un attrait fatal. Le dessin était la propriété du cousin de l'artiste Myer Salaman, qui l'avait aidé à supporter les frais juridiques de ce procès scandaleux. En 1905, le dessin est mentionné dans le catalogue d'une exposition consacrée à l'artiste à la Baillie Gallery de Londres (n° 25). Le dessin s'inscrit dans la production artistique des vingt dernières années du XIXe siècle, caractérisée par une série de portraits au goût botticellien et par le sujet classique allégorique, comme en témoigne Twilight, Pity and Deathdans les collections du Birmingham Museums [fig.1]. Né et élevé à Londres, Solomon est issu d'une importante famille juive de marchands, huitième et dernier enfant du couple Meyer Solomon et Kathe Levey. Il reçoit des leçons de peinture de son frère aîné vers 1850. En 1852, il commence à fréquenter la Carey's Art Academy. En 1857, en tant qu'étudiant à la Royal Academy Schools, Simeon est présenté par Dante Gabriel Rossetti à d'autres membres du cercle préraphaélite, notamment le poète Algernon Swinburne et le peintre Edward Burne-Jones. Sa première exposition a lieu à la Royal Academy en 1858. Solomon continue à exposer ses œuvres à la Royal Academy entre 1858 et 1872. En plus des peintures sur les sujets littéraires préférés de l'école préraphaélite, les sujets de Solomon comprennent souvent des scènes de la Bible hébraïque et des peintures de genre représentant la vie et les traditions juives. En 1873, sa carrière est interrompue lorsqu'il est arrêté dans des toilettes publiques à Londres et accusé d'actes homosexuels obscènes et de “sodomie tentée”. Il est condamné à dix-huit mois de travaux forcés en prison, mais sa peine est ultérieurement réduite à la liberté surveillée. Solomon s'est enfui en France mais est de nouveau arrêté en 1874, cette fois condamné à trois mois de prison. En 1885, il est admis dans une workhouse (une maison pour les pauvres où ceux qui le pouvaient devaient travailler), où il continue à produire des œuvres. Cependant, sa vie et son talent désormais ruinés par l'ostracisme social, Solomon tombe dans l'alcoolisme, ce qui aggrave encore sa situation. Vingt ans plus tard, en 1905, il décède de complications liées à l'alcoolisme. Il est enterré au cimetière juif de Willesden. Plusieurs de ses œuvres sont exposées en permanence au Victoria and Albert Museum ainsi qu’à la Leighton House. Une exposition importante, Love Revealed: Simeon Solomon & the Pre-Raphaelites, a eu lieu au Birmingham Museum & Art Gallery en 2006. D'un point de vue critique, Solomon, après l'appréciation initiale d'éminents critiques et esthètes tels que Walter Pater et Oscar Wilde, a subi un lent processus qui a presque conduit à un oubli total. Parmi les critiques modernes qui se sont consacrés à cet artiste, il convient de mentionner Mario Praz, Philippe Jullian et plus récemment Daniele Radini Tedeschi, qui a décrit l'art de Solomon comme tel : « Son style, plus maladif et symboliste que celui de ses collègues préraphaélites, brille de chromatismes les plus émaillés ; l'écume du blanc de plomb se fond dans l'ambre rosée, la palette oublie les pigments et accueille les onguents ».
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According to tradition, Medusa is sometimes portrayed as a grotesque monster and at other times as a woman with fatal charm. The most well-known and complete version of the Medusa myth is told by the poet Ovid in "Metamorphoses." Ovid recounts how the beauty of Medusa attracts the god Poseidon, who violates her in a sanctuary dedicated to the goddess Athena. The goddess, witnessing her temple desecrated, decides to punish the young girl, who becomes a victim twice over the instincts of the gods, by transforming her hair into hideous snakes and giving her the power to petrify anyone who meets her gaze. Banished to a narrow and desolate place, Medusa is killed by Perseus, the son of Zeus and Danaë, on the orders of Polydectes, the king of Seriphos. The king, in reality, seeks the death of the young demigod to win the love of Danaë, his mother. However, Perseus succeeds in his mission by beheading Medusa while she sleeps. Even after her death, Medusa's head retained the power to petrify anyone who dared to look at it, and Perseus used this deadly weapon to save Andromeda and kill Polydectes. Our drawing does not depict the classic representation of Perseus proudly and disdainfully displaying the gruesome and severed head of Medusa. Simeon Solomon interprets the subject in a completely different way: his Perseus is not arrogant but thoughtful, his languishing eyes contrasting with the dark gaze of Medusa. Italian influence is strongly present here: the mountainous landscape behind the hero recalls the clear horizons of paintings by Italian primitives, and the bluish helmet, with its metallic reflections, recalls Benvenuto Cellini's spectacular bronze Perseus in Florence's Loggia dei Lanzi. But among all these influences, the strongest is that of Botticelli, a painter adored by the Pre-Raphaelites, and Solomon seems to read him with the same gaze as the poet Algernon Swinburne, who precisely praised the painful grace of his figures, as well as the coexistence of both sexes in faces, which we find in this Perseus and Medusa. The drawing is signed and dated "S.S. 1886," two years after the artist entered St. Giles Workhouse, at a time when the artist's works were collected by a group of intellectuals opposed to the sexual morality of the Victorian era, including Oscar Wilde. Like the famous writer, Solomon also experienced social ostracism and the notoriety of a scandalous trial for homosexuality that cost him his career and several friendships. The title "Perseus. A type of temptation" may be better understood in light of this event in his life. It seems to allude to a denied pleasure, a temptation always present with a fatal allure. The drawing was owned by the artist's cousin Myer Salaman, who had helped him bear the legal costs of this scandalous trial. In 1905, the drawing was mentioned in the catalog of an exhibition dedicated to the artist at the Baillie Gallery in London (no. 25). The drawing is part of the artistic production of the last twenty years of the 19th century, characterized by a series of portraits with a Botticellian taste and classical allegorical subjects, as evidenced by "Twilight, Pity, and Death" in the collections of the Birmingham Museums [fig.1]. Born and raised in London, Solomon comes from a prominent Jewish family of merchants, being the eighth and last child of Meyer Solomon and Kathe Levey. He receives painting lessons from his older brother around 1850. In 1852, he begins attending Carey's Art Academy. As a student at the Royal Academy Schools in 1857, Simeon is introduced by Dante Gabriel Rossetti to other members of the Pre-Raphaelite circle, including the poet Algernon Swinburne and the painter Edward Burne-Jones. His first exhibition takes place at the Royal Academy in 1858. Solomon continues to exhibit his works at the Royal Academy between 1858 and 1872. In addition to paintings on the favorite literary subjects of the Pre-Raphaelite school, Solomon's subjects often include scenes from the Hebrew Bible and genre paintings depicting Jewish life and traditions. In 1873, his career is interrupted when he is arrested in public toilets in London and charged with obscene homosexual acts and "attempted sodomy." He is sentenced to eighteen months of hard labor in prison, but his sentence is later reduced to supervised release. Solomon flees to France but is arrested again in 1874, this time sentenced to three months in prison. In 1885, he is admitted to a workhouse (a house for the poor where those who could work were required to do so), where he continues to produce art. However, his life and talent, now ruined by social ostracism, lead Solomon into alcoholism, further worsening his situation. Twenty years later, in 1905, he dies from complications related to alcoholism. He is buried in the Willesden Jewish Cemetery. Several of his works are permanently displayed at the Victoria and Albert Museum and the Leighton House. A significant exhibition, "Love Revealed: Simeon Solomon & the Pre-Raphaelites," took place at the Birmingham Museum & Art Gallery in 2006. From a critical perspective, Solomon, after initial appreciation from eminent critics and aesthetes such as Walter Pater and Oscar Wilde, underwent a slow process that almost led to total oblivion. Among modern critics dedicated to this artist, it is worth mentioning Mario Praz, Philippe Jullian, and more recently, Daniele Radini Tedeschi, who described Solomon's art as follows: "His style, more morbid and symbolist than that of his Pre-Raphaelite colleagues, shines with the most enameled chromatisms; the foam of lead white blends into rosy amber, the palette forgets pigments and welcomes ointments”.
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Provenance

Famille de l'artiste; Drawings from Britain and the Continent, Sotheby's, London, 10th July 1995, lot 245; The Seymour Stein Collection

Expositions

Paintings and Drawings by the Late Simeon Solomon, Baillie Gallery, Londres, 9 Dec. 1905, no. 25
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