Georges Jacob
Paire de bergères, Paris, époque Louis XVI, vers 1790
Acajou
H. 93 cm ; L. 66 cm ; P. 52 cm
H. 36 5/8 in ; W. 26 in ; D. 20 1/2 in
H. 36 5/8 in ; W. 26 in ; D. 20 1/2 in
Chaque bergère présente une ceinture rectiligne reposant sur deux pieds antérieurs légèrement fuselés et deux pieds postérieurs incurvés vers l'arrière « à l'étrusque ». Les montants latéraux du dossier sont...
Chaque bergère présente une ceinture rectiligne reposant sur deux pieds antérieurs légèrement fuselés et deux pieds postérieurs incurvés vers l'arrière « à l'étrusque ». Les montants latéraux du dossier sont en forme de consoles et ponctués d'un enroulement à leur partie supérieure. Deux imposantes sphinges ailées, richement sculptées en ronde-bosse, composent les accotoirs et supports d'accotoirs. D'une qualité extraordinaire, nos fauteuils figurent parmi les plus beaux exemples des premiers meubles de « l'égyptomanie » née sous le règne de Louis XVI.
L'aristocratie du XVIIIe siècle, en mal de voyages et d'exotisme, cherche à retrouver dans ses intérieurs les contrées lointaines. Parmi elles, l'Égypte des pharaons, à la frontière entre Orient et Antiquité classique, devient à la fin du siècle une importante source d'inspiration. Le goût pour l'Égypte naît dans les années 1770, alors que les regards se tournent vers l'Antiquité. Les artistes qui voyagent en Italie y découvrent des vestiges de cette civilisation, comme le temple d'Isis à Pompéi. Piranèse, surtout, s'inspire très tôt de l'Égypte antique, et publie dans ses Diversi maniere di adornare i cammini, en 1769, le décor qu'il a réalisé pour le café anglais, place d'Espagne à Rome, associant figurations de dieux égyptiens, hiéroglyphes et pharaons. Un des plus importants promoteurs de l'égyptomanie est Marie-Antoinette. Dès 1770, elle fait décorer le plafond de sa grande chambre au château de Versailles de sphinges ailées tenant les armes du royaume de France, sculptées par Antoine Rousseau (1710−1782). Sa passion discrète pour l'égyptomanie se retrouve au travers de son mobilier. La précieuse table à écrire réalisée par Adam Weisweiler en 1784 possède ainsi une ceinture ornée de deux sphinges ailées. Progressivement, les détails se font plus archéologiques : la paire de chenets livrée par Pierre-Philippe Thomire (1751−1843) pour la chambre à coucher de la reine à Versailles en 1786 représente ainsi deux sphinx, la tête coiffée du némès. On retrouve ce même élément sur le mobilier livré par Jean-Baptiste Claude Sené (1748−1803) deux ans plus tard pour le cabinet de toilette de la reine à Saint-Cloud. L'égyptomanie se renforce au tournant des années 1780–1790.
En 1781 Georges Jacob livre pour le cabinet de la méridienne de Marie-Antoinette une paire de fauteuils « à la reine » en hêtre sculpté et doré, et ornés de sphinges. Vers 1789–1790 il réalise pour le Grand Salon de la marquise de Marbeuf un mobilier composé de douze sièges. Les canapés et fauteuils meublants sont dotés d'une ornementation riche et monumentale : de grandes sphinges en ronde-bosse servent de support d'accotoir, leurs ailes s'étendant jusqu'au dossier. C'est probablement Jean-Démosthène Dugourc (1749−1825), dessinateur du roi, qui donne le modèle de ces sièges. Il intègre à ses dessins de nombreux éléments égyptiens, ensuite repris par ses contemporains. La campagne d'Égypte menée par le général Bonaparte de 1798 à 1801 stimule encore les créateurs parisiens, qui se rendent eux-mêmes là-bas, comme Vivant Denon, ou qui s'inspirent des œuvres rapportées en France, comme Charles Percier (1764−1838) et Pierre Fontaine (1762−1853). Leurs recueils de gravures trahissent l'égyptomanie ambiante.
Un fauteuil de Georges Jacob, tout à fait similaire à nos bergères, est conservé au Mobilier National (fauteuil d'époque Directoire, bois sculpté, d'un ensemble acheté à l'antiquaire Deveuve en 1863 par le Garde-Meuble impérial ; il a figuré dans l'appartement du général de Gaulle à Trianon-sous-Bois et y est retourné en 2016). Notre paire de bergères est reproduite dans l'ouvrage de S. de Ricci.
Georges Jacob (1739-1814)
Georges Jacob est assurément le plus célèbre de tous les menuisiers en sièges du XVIIIe siècle français. Né à Cheny en Bourgogne, le 6 juillet 1739, il perdit très jeune ses parents. Dès l'âge de seize ans, il décida de s'établir à Paris pour s'initier à la sculpture sur bois. Il œuvra alors comme compagnon chez le menuisier Louis Delanois, dont il subit nettement l'influence, et se spécialisa dès lors dans la fabrication des sièges. Grâce à l'appui de son maître, il obtint rapidement sa maîtrise qui fut enregistrée le 4 septembre 1765, et lui permit de s'établir sans prendre la succession d'un autre maître, pratique plutôt rare à l'époque. En 1767, il épousa Jeanne-Germaine Loyer, âgée de seize ans, et demeurant comme lui rue Beauregard, à Paris. Le couple s'installa peu après rue de Cléry, puis en 1775, définitivement rue Meslée. Ils eurent cinq enfants : trois fils et deux filles. L'aîné Georges II (1768-1803) et le cadet François-Honoré-Georges (1770-1841) devinrent tous deux menuisiers et ébénistes et secondèrent brillamment leur père dans son entreprise. Le benjamin, Louis, choisit une voie diamétralement opposée et entreprit de nombreux voyages. De 1773 à la Révolution, Georges Jacob ne cessa de travailler pour le Garde-Meuble de la Couronne, fournissant les principales résidences royales. À partir de 1781, il occupa diverses fonctions dans sa corporation des menuisiers-ébénistes. En 1788, il devint syndic-adjoint et devait passer syndic l'année suivante. Principal fournisseur de la cour et des princes, il fut inquiété pendant la période révolutionnaire. Dénoncé à plusieurs reprises au Comité de salut public, il bénéficia cependant de la protection du peintre David avec lequel, nous l'avons vu, il collabora, créant des meubles sur les dessins de ce dernier. Le 13 août 1796, âgé de cinquante-sept ans, il céda son fonds à ses deux fils qui créèrent alors la raison sociale JACOB FRÈRES. Leur père leur loua ses ateliers et continua à les conseiller. La mort de son fils aîné, en octobre 1803, incita Georges Jacob à reprendre une part plus active dans l'entreprise. Il s'associa avec François-Honoré-Georges, et créa une nouvelle société dénommée JACOB-DESMALTER ET Cie. Constituée pour neuf années, celle-ci ne fut pas renouvelée à son expiration le 23 octobre 1812. Elle fit faillite le 15 octobre de l'année suivante. Georges Jacob se retira à l'institution de Chaillot et mourut peu après le 5 juillet 1814.
(Source : Denise Ledoux-Lebard, Les ébénistes du XIXe siècle, 1795-1889. Leurs œuvres et leurs marques, Paris, 1984 (rééd. 2000), p. 267.)
L'aristocratie du XVIIIe siècle, en mal de voyages et d'exotisme, cherche à retrouver dans ses intérieurs les contrées lointaines. Parmi elles, l'Égypte des pharaons, à la frontière entre Orient et Antiquité classique, devient à la fin du siècle une importante source d'inspiration. Le goût pour l'Égypte naît dans les années 1770, alors que les regards se tournent vers l'Antiquité. Les artistes qui voyagent en Italie y découvrent des vestiges de cette civilisation, comme le temple d'Isis à Pompéi. Piranèse, surtout, s'inspire très tôt de l'Égypte antique, et publie dans ses Diversi maniere di adornare i cammini, en 1769, le décor qu'il a réalisé pour le café anglais, place d'Espagne à Rome, associant figurations de dieux égyptiens, hiéroglyphes et pharaons. Un des plus importants promoteurs de l'égyptomanie est Marie-Antoinette. Dès 1770, elle fait décorer le plafond de sa grande chambre au château de Versailles de sphinges ailées tenant les armes du royaume de France, sculptées par Antoine Rousseau (1710−1782). Sa passion discrète pour l'égyptomanie se retrouve au travers de son mobilier. La précieuse table à écrire réalisée par Adam Weisweiler en 1784 possède ainsi une ceinture ornée de deux sphinges ailées. Progressivement, les détails se font plus archéologiques : la paire de chenets livrée par Pierre-Philippe Thomire (1751−1843) pour la chambre à coucher de la reine à Versailles en 1786 représente ainsi deux sphinx, la tête coiffée du némès. On retrouve ce même élément sur le mobilier livré par Jean-Baptiste Claude Sené (1748−1803) deux ans plus tard pour le cabinet de toilette de la reine à Saint-Cloud. L'égyptomanie se renforce au tournant des années 1780–1790.
En 1781 Georges Jacob livre pour le cabinet de la méridienne de Marie-Antoinette une paire de fauteuils « à la reine » en hêtre sculpté et doré, et ornés de sphinges. Vers 1789–1790 il réalise pour le Grand Salon de la marquise de Marbeuf un mobilier composé de douze sièges. Les canapés et fauteuils meublants sont dotés d'une ornementation riche et monumentale : de grandes sphinges en ronde-bosse servent de support d'accotoir, leurs ailes s'étendant jusqu'au dossier. C'est probablement Jean-Démosthène Dugourc (1749−1825), dessinateur du roi, qui donne le modèle de ces sièges. Il intègre à ses dessins de nombreux éléments égyptiens, ensuite repris par ses contemporains. La campagne d'Égypte menée par le général Bonaparte de 1798 à 1801 stimule encore les créateurs parisiens, qui se rendent eux-mêmes là-bas, comme Vivant Denon, ou qui s'inspirent des œuvres rapportées en France, comme Charles Percier (1764−1838) et Pierre Fontaine (1762−1853). Leurs recueils de gravures trahissent l'égyptomanie ambiante.
Un fauteuil de Georges Jacob, tout à fait similaire à nos bergères, est conservé au Mobilier National (fauteuil d'époque Directoire, bois sculpté, d'un ensemble acheté à l'antiquaire Deveuve en 1863 par le Garde-Meuble impérial ; il a figuré dans l'appartement du général de Gaulle à Trianon-sous-Bois et y est retourné en 2016). Notre paire de bergères est reproduite dans l'ouvrage de S. de Ricci.
Georges Jacob (1739-1814)
Georges Jacob est assurément le plus célèbre de tous les menuisiers en sièges du XVIIIe siècle français. Né à Cheny en Bourgogne, le 6 juillet 1739, il perdit très jeune ses parents. Dès l'âge de seize ans, il décida de s'établir à Paris pour s'initier à la sculpture sur bois. Il œuvra alors comme compagnon chez le menuisier Louis Delanois, dont il subit nettement l'influence, et se spécialisa dès lors dans la fabrication des sièges. Grâce à l'appui de son maître, il obtint rapidement sa maîtrise qui fut enregistrée le 4 septembre 1765, et lui permit de s'établir sans prendre la succession d'un autre maître, pratique plutôt rare à l'époque. En 1767, il épousa Jeanne-Germaine Loyer, âgée de seize ans, et demeurant comme lui rue Beauregard, à Paris. Le couple s'installa peu après rue de Cléry, puis en 1775, définitivement rue Meslée. Ils eurent cinq enfants : trois fils et deux filles. L'aîné Georges II (1768-1803) et le cadet François-Honoré-Georges (1770-1841) devinrent tous deux menuisiers et ébénistes et secondèrent brillamment leur père dans son entreprise. Le benjamin, Louis, choisit une voie diamétralement opposée et entreprit de nombreux voyages. De 1773 à la Révolution, Georges Jacob ne cessa de travailler pour le Garde-Meuble de la Couronne, fournissant les principales résidences royales. À partir de 1781, il occupa diverses fonctions dans sa corporation des menuisiers-ébénistes. En 1788, il devint syndic-adjoint et devait passer syndic l'année suivante. Principal fournisseur de la cour et des princes, il fut inquiété pendant la période révolutionnaire. Dénoncé à plusieurs reprises au Comité de salut public, il bénéficia cependant de la protection du peintre David avec lequel, nous l'avons vu, il collabora, créant des meubles sur les dessins de ce dernier. Le 13 août 1796, âgé de cinquante-sept ans, il céda son fonds à ses deux fils qui créèrent alors la raison sociale JACOB FRÈRES. Leur père leur loua ses ateliers et continua à les conseiller. La mort de son fils aîné, en octobre 1803, incita Georges Jacob à reprendre une part plus active dans l'entreprise. Il s'associa avec François-Honoré-Georges, et créa une nouvelle société dénommée JACOB-DESMALTER ET Cie. Constituée pour neuf années, celle-ci ne fut pas renouvelée à son expiration le 23 octobre 1812. Elle fit faillite le 15 octobre de l'année suivante. Georges Jacob se retira à l'institution de Chaillot et mourut peu après le 5 juillet 1814.
(Source : Denise Ledoux-Lebard, Les ébénistes du XIXe siècle, 1795-1889. Leurs œuvres et leurs marques, Paris, 1984 (rééd. 2000), p. 267.)
