Claude-Charles Saunier
Bureau à caissons et à gradin, Paris, époque Louis XVI, vers 1780
Bâti de chêne ; placages de bois de rose et d’amarante ; filets de buis ; bronze doré ; cuir
H. 112 cm ; L. 122,5 cm ; P. 50 cm
H. 44 1/8 in ; W. 48 1/4 in ; D. 19 5/8 in
H. 44 1/8 in ; W. 48 1/4 in ; D. 19 5/8 in
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Lumières », L’Estampille/l’Objet d’art, n° 373, octobre 2002, p. 70-82. De forme rigoureusement rectiligne et très architecturée, le bureau est composé de deux caissons latéraux enfermant chacun trois tiroirs de...
Lumières », L’Estampille/l’Objet d’art, n° 373, octobre 2002, p. 70-82.
De forme rigoureusement rectiligne et très architecturée, le bureau est composé de deux caissons latéraux enfermant chacun trois tiroirs de façade, et reposant sur quatre courts pieds en gaine ponctués de sabots de bronze moulurés et unis. Une seule serrure placée dans le tiroir central permet de verrouiller chaque caisson. Le bureau présente en ceinture trois autres tiroirs dont les fermetures individuelles sont dissimulées parmi les luxuriants rinceaux d’acanthe fleuronnés de bronze ornant leurs façades et formant une frise seulement interrompue, dans l’axe des pieds, par des ‘dés’ en léger ressaut décorés de quartefeuilles de bronze. Deux anneaux de tirage fixés sur la bordure moulurée de bronze cerclant le plateau, permettent d’actionner, vers l’utilisateur, une large tablette coulissante garnie d’un maroquin brun à liseré doré (voir ci-dessous). La partie centrale, entre les deux caissons, est fermée à son extrémité d’un panneau.
L’ensemble du meuble est plaqué de bois de rose et présente sur ses faces principales un décor à compartiments soulignés par des filets de buis et d’amarante et des encadrements feuillagés de bronze dont les angles incurvés abritent des rosaces. Des motifs de grecques caractérisent les bordures d’amarante des grands côtés du bureau dont les angles, en forme de pilastres en léger ressaut, sont ornés de compartiments oblongs bordés de filets spiralés de bronze.
Un imposant gradin de la largeur du meuble lui apporte toute sa singularité. Formé de trois caissons fermés de rideaux coulissants en bois de rose : il dissimule six tiroirs latéraux et des tablettes au centre. Le caisson central, plus large, est en léger retrait, flanqué de petits pilastres en diagonale ornés de chutes feuillagées. Deux autres pilastres identiques sont disposés de part et d’autre du gradin. Ce dernier est couronné d’une étroite ceinture enfermant trois tiroirs de façade et ornée d’une frise identique à celle du bureau. Une galerie ajourée borde ce gradin sur trois de ses côtés.
Si certains éléments structurels et le décor de ce bureau sont bien caractéristiques de l’œuvre de Claude-Charles Saunier - en particulier l’emploi de bois de rose de fil, les pieds en gaine, les frises arabesques de rinceaux d’acanthe et les chutes feuillagées ornant les petits pilastres du gradin – la forme du bureau apparaît en revanche complètement atypique. Le constat concerne non seulement la production de notre ébéniste mais également celles de ses confrères exerçant à la même époque à Paris. Les bureaux à gradin flanqués de caissons latéraux formant une niche au centre pour le placement des jambes - évocations directes des bureaux dits ‘Mazarins’ en vogue dans la seconde moitié du XVII e siècle – furent en effet extrêmement rares sous Louis XVI. Tout laisse à penser que ces meubles originaux firent en réalité l’objet de commandes spécifiques exécutées par des architectes et des ornemanistes de renom au profit de commanditaires aux idées bien définies. Cette hypothèse semble confirmée par un exceptionnel dessin de notre bureau aujourd’hui conservé à Paris, au musée des Arts décoratifs (voir ci-dessous).
Dessin anonyme. XVIIIe siècle. Paris, musée des Arts décoratifs (inv. 9242).
Ce dessin du XVIIIe siècle qui reflète notre meuble avec une remarquable exactitude - à l’exception de la galerie ajourée du gradin poursuivant sa course au deux tiers de la façade – fut vraisemblablement commandité par un marchand mercier ou par un client particulier à un ornemaniste resté malheureusement anonyme, puis confié dans un second temps à notre ébéniste pour exécution conforme. Il constitue à ce jour un très rare témoignage d’une pratique courante au XVIIIe siècle pour les meubles les plus luxueux.
*** Au moins deux bureaux de ce type furent exécutés par Saunier. Un second exemplaire fit en effet partie de la collection Espirito Santo vendue à Paris, en 1955 (voir ci-dessous ; vente à Paris, galerie Charpentier, Me Maurice Rheims, 14 juin 1955, lot n° 53).
Bureau provenant de l’ancienne collection Espirito Santo (vente à Paris, galerie Charpentier, Me Maurice Rheims, 14 juin 1955, lot n° 53).
Ce bureau qui présente quelques différences avec le nôtre (chutes de feuillages de bronze sur les pilastres des caissons, filets de buis et d’amarante formant des grecques aux angles des rideaux fermant le gradin) fut reproduit à plusieurs reprises dans des ouvrages ou articles consacrés à Saunier ou au mobilier français d’une manière plus générale (voir Les ébénistes du XVIIIe siècle français (préface de Pierre Verlet), Collection Connaissance des Arts ‘Grands Artisans d’Autrefois’, Paris, 1963, p. 226, fig. 5 ; Pierre Kjellberg, ‘Saunier’, Connaissance des Arts, n° 205, mars 1969, p. 81, fig. 11 ; Pierre Kjellberg, Le mobilier français du XVIIIe siècle. Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, Paris, 1989, p. 774, fig. B ; Alexandre Pradère, Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, 1989, p. 367, repr.).
Claude-Charles Saunier, reçu maître le 31 juillet 1752, fut le plus illustre représentant d’une dynastie d’ébénistes parisiens du XVIIIe siècle, et compta parmi les meilleurs représentants du style Louis XVI.
Son style fondé pour l’essentiel sur la simplicité d’ornementation et la mise en valeur des placages s’affirma entre 1760 et 1774. Au cours de cette période, il exécuta des meubles caractérisés - comme on peut le constater sur notre bureau - par des lignes droites, parfaitement délimitées au moyen d’encadrements de bronze et de filets de bois ornés aux angles de rosaces et de motifs de grecques. Sa période la plus productive fut sans conteste l’époque de Louis XVI. Harmonie des proportions, discrétion des ornements de décor, haute qualité des matériaux et finesse des bronzes caractérisent une œuvre qui fut particulièrement variées, comprenant des commodes, des bonheurs-du-jour, des secrétaires, des meubles d’entre-deux, des encoignures, des consoles dessertes, des tables à jeux, etc.
Sa clientèle pour le moins prestigieuse témoigne de son succès et de la qualité de sa production. En 1787, François Henri, duc d’Harcourt, lieutenant général des armées du Roi en 1762, puis gouverneur du dauphin en 1786, se fit livrer un secrétaire en armoire estampillé Saunier par le marchand mercier Dominique Daguerre. Le comte de Narbonne, ministre de la guerre de Louis XVI compta également parmi ses clients, au même titre que plusieurs fermiers généraux d’importance comme Jean-Baptiste Roslin d’Ivry, ou encore des clients étrangers, notamment anglais, comme Lord et Lady Spencer. De par la qualité de ces commandes, Claude-Charles Saunier connut, dans les années 1780-1790, une renommée qui fit de lui l’un des plus grands ébénistes de la période Louis XVI.
Des meubles de Claude-Charles Saunier sont actuellement conservés à Paris (musée du Louvre ; musée Carnavalet ; musée Cognacq-Jay ; musée Nissim de Camondo) ; à Amsterdam (Rijksmuseum) ; à Munich (château de Nymphenburg) ; à New York (Metropolitan Museum of Art).
De forme rigoureusement rectiligne et très architecturée, le bureau est composé de deux caissons latéraux enfermant chacun trois tiroirs de façade, et reposant sur quatre courts pieds en gaine ponctués de sabots de bronze moulurés et unis. Une seule serrure placée dans le tiroir central permet de verrouiller chaque caisson. Le bureau présente en ceinture trois autres tiroirs dont les fermetures individuelles sont dissimulées parmi les luxuriants rinceaux d’acanthe fleuronnés de bronze ornant leurs façades et formant une frise seulement interrompue, dans l’axe des pieds, par des ‘dés’ en léger ressaut décorés de quartefeuilles de bronze. Deux anneaux de tirage fixés sur la bordure moulurée de bronze cerclant le plateau, permettent d’actionner, vers l’utilisateur, une large tablette coulissante garnie d’un maroquin brun à liseré doré (voir ci-dessous). La partie centrale, entre les deux caissons, est fermée à son extrémité d’un panneau.
L’ensemble du meuble est plaqué de bois de rose et présente sur ses faces principales un décor à compartiments soulignés par des filets de buis et d’amarante et des encadrements feuillagés de bronze dont les angles incurvés abritent des rosaces. Des motifs de grecques caractérisent les bordures d’amarante des grands côtés du bureau dont les angles, en forme de pilastres en léger ressaut, sont ornés de compartiments oblongs bordés de filets spiralés de bronze.
Un imposant gradin de la largeur du meuble lui apporte toute sa singularité. Formé de trois caissons fermés de rideaux coulissants en bois de rose : il dissimule six tiroirs latéraux et des tablettes au centre. Le caisson central, plus large, est en léger retrait, flanqué de petits pilastres en diagonale ornés de chutes feuillagées. Deux autres pilastres identiques sont disposés de part et d’autre du gradin. Ce dernier est couronné d’une étroite ceinture enfermant trois tiroirs de façade et ornée d’une frise identique à celle du bureau. Une galerie ajourée borde ce gradin sur trois de ses côtés.
Si certains éléments structurels et le décor de ce bureau sont bien caractéristiques de l’œuvre de Claude-Charles Saunier - en particulier l’emploi de bois de rose de fil, les pieds en gaine, les frises arabesques de rinceaux d’acanthe et les chutes feuillagées ornant les petits pilastres du gradin – la forme du bureau apparaît en revanche complètement atypique. Le constat concerne non seulement la production de notre ébéniste mais également celles de ses confrères exerçant à la même époque à Paris. Les bureaux à gradin flanqués de caissons latéraux formant une niche au centre pour le placement des jambes - évocations directes des bureaux dits ‘Mazarins’ en vogue dans la seconde moitié du XVII e siècle – furent en effet extrêmement rares sous Louis XVI. Tout laisse à penser que ces meubles originaux firent en réalité l’objet de commandes spécifiques exécutées par des architectes et des ornemanistes de renom au profit de commanditaires aux idées bien définies. Cette hypothèse semble confirmée par un exceptionnel dessin de notre bureau aujourd’hui conservé à Paris, au musée des Arts décoratifs (voir ci-dessous).
Dessin anonyme. XVIIIe siècle. Paris, musée des Arts décoratifs (inv. 9242).
Ce dessin du XVIIIe siècle qui reflète notre meuble avec une remarquable exactitude - à l’exception de la galerie ajourée du gradin poursuivant sa course au deux tiers de la façade – fut vraisemblablement commandité par un marchand mercier ou par un client particulier à un ornemaniste resté malheureusement anonyme, puis confié dans un second temps à notre ébéniste pour exécution conforme. Il constitue à ce jour un très rare témoignage d’une pratique courante au XVIIIe siècle pour les meubles les plus luxueux.
*** Au moins deux bureaux de ce type furent exécutés par Saunier. Un second exemplaire fit en effet partie de la collection Espirito Santo vendue à Paris, en 1955 (voir ci-dessous ; vente à Paris, galerie Charpentier, Me Maurice Rheims, 14 juin 1955, lot n° 53).
Bureau provenant de l’ancienne collection Espirito Santo (vente à Paris, galerie Charpentier, Me Maurice Rheims, 14 juin 1955, lot n° 53).
Ce bureau qui présente quelques différences avec le nôtre (chutes de feuillages de bronze sur les pilastres des caissons, filets de buis et d’amarante formant des grecques aux angles des rideaux fermant le gradin) fut reproduit à plusieurs reprises dans des ouvrages ou articles consacrés à Saunier ou au mobilier français d’une manière plus générale (voir Les ébénistes du XVIIIe siècle français (préface de Pierre Verlet), Collection Connaissance des Arts ‘Grands Artisans d’Autrefois’, Paris, 1963, p. 226, fig. 5 ; Pierre Kjellberg, ‘Saunier’, Connaissance des Arts, n° 205, mars 1969, p. 81, fig. 11 ; Pierre Kjellberg, Le mobilier français du XVIIIe siècle. Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, Paris, 1989, p. 774, fig. B ; Alexandre Pradère, Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, 1989, p. 367, repr.).
Claude-Charles Saunier, reçu maître le 31 juillet 1752, fut le plus illustre représentant d’une dynastie d’ébénistes parisiens du XVIIIe siècle, et compta parmi les meilleurs représentants du style Louis XVI.
Son style fondé pour l’essentiel sur la simplicité d’ornementation et la mise en valeur des placages s’affirma entre 1760 et 1774. Au cours de cette période, il exécuta des meubles caractérisés - comme on peut le constater sur notre bureau - par des lignes droites, parfaitement délimitées au moyen d’encadrements de bronze et de filets de bois ornés aux angles de rosaces et de motifs de grecques. Sa période la plus productive fut sans conteste l’époque de Louis XVI. Harmonie des proportions, discrétion des ornements de décor, haute qualité des matériaux et finesse des bronzes caractérisent une œuvre qui fut particulièrement variées, comprenant des commodes, des bonheurs-du-jour, des secrétaires, des meubles d’entre-deux, des encoignures, des consoles dessertes, des tables à jeux, etc.
Sa clientèle pour le moins prestigieuse témoigne de son succès et de la qualité de sa production. En 1787, François Henri, duc d’Harcourt, lieutenant général des armées du Roi en 1762, puis gouverneur du dauphin en 1786, se fit livrer un secrétaire en armoire estampillé Saunier par le marchand mercier Dominique Daguerre. Le comte de Narbonne, ministre de la guerre de Louis XVI compta également parmi ses clients, au même titre que plusieurs fermiers généraux d’importance comme Jean-Baptiste Roslin d’Ivry, ou encore des clients étrangers, notamment anglais, comme Lord et Lady Spencer. De par la qualité de ces commandes, Claude-Charles Saunier connut, dans les années 1780-1790, une renommée qui fit de lui l’un des plus grands ébénistes de la période Louis XVI.
Des meubles de Claude-Charles Saunier sont actuellement conservés à Paris (musée du Louvre ; musée Carnavalet ; musée Cognacq-Jay ; musée Nissim de Camondo) ; à Amsterdam (Rijksmuseum) ; à Munich (château de Nymphenburg) ; à New York (Metropolitan Museum of Art).
